Lors du Realms Deep 2022, l’éditeur 3D REALMS, qui n’est plus à un échec commercial près, avait dévoilé un nouveau rétro-FPS, Phantom Fury. Suite directe d’Ion Fury, ce nouvel opus nous narre l’histoire de l’héroïne Shelly Harrison alias Bombshell, traversant les États-Unis pour sauver une fois de plus l’humanité. Initialement prévu courant 2023, le jeu est finalement reporté dû aux retours sur la démo sortie en septembre, qui annonçait déjà la couleur avec un gunplay à chier et des animations pas terminées. D’autant plus que la réputation peu flatteuse du couple 3D REALMS et Splipgate Ironworks n’a pas dû jouer en leur faveur. Finalement, en mars 2024 et probablement afin d’arrêter les frais, il est annoncé en grande pompe que le jeu sortira le 23 avril. À la rédac, nous avons eu la chance de mettre la main sur ce « chef d’œuvre » et autant vous dire de suite que le roadtrip vendu n’a pas été des plus agréables.

Genre : Rétro-FPS buggé et mal optimisé | Développeur : Slipgate Ironworks | Éditeur : 3D Realms | Plateforme : Steam | Prix : 24,99| Configuration recommandée : Intel Core i5-10600K, 16GB, NVIDIA GTX 1660 | Langues : interface et sous-titres en français | Date de sortie : 23/04/2024 | Durée de vie :  entre 10 et 15 heures en difficulté normale (plus court, si vous bourrinez)

Test réalisé sur la version Steam fournie par l’éditeur

Une histoire sans saveur avec plus d’interactivité

Dans Phantom Fury, il faut croire que l’on a pas le temps de tergiverser. À peine sortie de son coma, Shelly Harrison, équipée d’un bras robotique, sera missionnée par son général et une mystérieuse scientifique pour récupérer un mystérieux artefact nommé le Demon Core, tout en affrontant sur sa route une horde de mutants et de soldats. Comme d’habitude, l’intrigue proposée n’est pas des plus originales et je peux vous assurer que les retournements de situation que vous verrez venir à des kilomètres le seront encore moins. Si malgré tout, vous vous sentez un tant soit peu concerné, vous pourrez en apprendre davantage au travers d’échanges avec vos différents interlocuteurs, des textes à consulter sur des ordinateurs et du peu de cinématiques présentes dans le jeu. Ne comptez pas non plus sur un développement très poussé du personnage, même si un flashback lui est dédié.

Dès les premières minutes, qui feront office de tutoriel, vous apprendrez à consulter des ordinateurs et à appréhender votre environnement avec cette fameuse interactivité survendue par les devs. Ne vous inquiétez pas, il faudra bien tuer tuer tuer, mais ces PC vous permettront de déclencher des mécanismes, récupérer des codes d’accès et lire des pavés de textes inutiles. C’est tellement réaliste qu’il vous faudra cliquer sur sur le bouton « retour », apparaissant sur l’écran de l’appareil, pour revenir à la page précédente. Et si on se penche sur les autres éléments interactifs, on ne peut que constater que c’est très mal fichu et totalement inutile. Quel est l’intérêt de jouer avec les lumières de bureau, les tasses, les bloc-notes, le régulateur de la ventilation, les bornes d’arcades et autres ? Je n’ai pas franchement trouvé, sachant qu’il est possible à Shelly de ramasser automatiquement les munitions, les packs de soins ou de l’armure, sans avoir besoin d’interagir – paye ta cohérence. Et je vous explique pas la galère que c’est, dès qu’il faut ouvrir un casier pour récupérer des munitions en hauteur et que le curseur de la souris ne détecte pas l’élément. Mais en même temps, ce sera le cadet de vos soucis, vu ce qui vous attendra par la suite, car nous allons bientôt débuter notre voyage dans le monde merveilleux des incohérences et des bugs.

Un mauvais départ pour sauver le monde

Après un bug bloquant dans la première mission m’ayant fait redémarrer le jeu, j’ai pu constater que Shelly ne faisait pas preuve d’une rapidité et d’une agilité hors du commun, que ce soit dans ses déplacements ou le rechargement des armes. Par exemple, elle ne pourra grimper que sur les rebords prévus à cet effet, et vous trouverez parfois la situation bien stupide lorsque le personnage restera bloqué comme une conne devant un muret volontairement ignoré par les devs. J’ai également pu observer que Shelly pouvait échapper aux trois lois de Newton, notamment quand des ennemis la projetaient comme un frisbee de l’autre côté de la pièce, ou que son véhicule s’envolait suite à une prise en sandwich par des blindés adverses.

phantom fury route armes
Beaucoup d’armes, mais peu en valent la peine.

Pour les combats, Shelly dispose d’un arsenal plutôt varié, qu’il vous sera possible d’améliorer via un magasin. Pour la première amélioration, j’ai choisi le taser pour le pistolet, mais manque de bol, celui-ci est buggé. En effet, dès le niveau suivant, le taser pourtant bien présent sur l’arme ne fonctionnait pas, et j’ai du l’enlever et le remettre pour enfin le faire marcher. Mais en soi, le gameplay est plutôt pas mal. Le feeling est bon, à l’exemple du fusil à pompe ou du revolver, qui donnent une bonne sensation de puissance. Dommage que les armes ne se valent vraiment pas. Au final, vous n’en privilégierez que deux ou trois. Certaines ne servent franchement à rien, comme la scie à métaux. Par ailleurs, toutes ne sont pas améliorables, donnant l’impression que les devs ne sont pas allés jusqu’au bout de leurs idées. Les arbres de compétences du bras robotique et de la combinaison sont faussement généreux, avec des aptitudes dont on ne voit pas l’utilité. D’autre part, le fameux bras robotique est finalement très limité, car il ne fera pas de dégâts si votre adversaire est trop près, ni trop loin. Enfin, deux ou trois armes sont récupérées de l’ancien opus, pour marquer le clin d’œil et gonfler le nombre de vos pétoires.

Une difficulté en scie

Deux types d’adversaires vous mèneront la vie dure, les mutants et les soldats. Les premiers ne brilleront pas par leur intelligence, mais plutôt par leur nombre. Il ne feront que vous foncer dessus ou vous balancer tout ce qui leur tombe sous la main. De plus, la variété de mutants est très limitée et peu inspirée. Les deuxièmes se composeront de soldats de base et spéciaux : lourds et équipés de matériel tel que le camouflage optique, le minigun ou le lance-mousse. Tous deux ont un point commun, leur comportement complètement incohérent. Parfois les mutants réagissent à votre présence, parfois non, tandis que les humains semblent tous être hyperactifs et courent dans tous les sens. Certains auront tendance à vous contourner pour vous foncer sur le coin de la gueule, alors que d’autres iront se perdre à Pétaouchnok, au point de devoir aller les chercher vous-même. Mais ils font de sacrés dégâts, et vu que Shelly encaisse très mal, le game over ne tardera pas à pointer le bout de son nez.

En effet, la difficulté paraît mal équilibrée, ce qui, d’une part, rallonge artificiellement la durée du jeu, et d’autre part, rend certains passages très frustrants. Les tourelles sont un exemple parfait avec l’auto-lock, ou les vagues d’ennemis en continu vers les derniers niveaux. De plus, il faut souligner le manque variété dans les ennemis – sans doute le symptôme d’une sortie précipitée – avec le recyclage d’une sorte de boss intermédiaire dans les derniers niveaux. Pareil pour les deux premiers boss, tous deux des hélicoptères. Heureusement, vous affronterez également des robots et un mutant géant, pour varier un peu les plaisirs.

Accrochez vos ceintures pour un roadtrip très buggé…

Pour profiter de ce magnifique pays qu’est les États-Unis, vous aurez la chance de visiter des bases militaires, des laboratoires, une forêt, les fonds marins et une ville partiellement détruite, mais durant la nuit, de préférence. Les niveaux se composent essentiellement de couloirs et d’arènes ouvertes. Dans l’ensemble, la direction artistique est plutôt réussie en s’inspirant des productions des années 2000, mais n’est pas pour autant exemptée de défauts. Vous apprécierez une balade en 4×4 dans la forêt avec du clipping pour les arbres, ou les textures dans un laboratoire qui prennent tellement de temps à charger que je suis resté bloqué dedans. Et je n’ose évoquer le brouillard dans le niveau à Chicago, tellement épais qu’on y voit comme à travers une pelle, ou les fonds marins d’une obscurité complètement absurde.

Une liste de bugs non-exhaustive :

On  entend des soldats crier ou tirer après avoir été complétement vaporisés, des portes peuvent rester fermées jusqu’au rechargement d’une sauvegarde, vous pouvez avoir une chance de perdre toutes vos améliorations en relançant un niveau, des ennemis peuvent se retrouver bloqués dans les textures tout en vous mitraillant, des ennemis paralysés continuent d’avancer vers vous…

Durant votre expédition, vous progresserez de manière identique dans l’ensemble des niveaux, à savoir récupérer des cartes et des codes d’accès, poser du C4 et utiliser votre matraque électrique pour recharger un interrupteur. Il n’y a aucun indicateur d’objectif et de carte, il vous arrivera parfois de vous perdre car vous ne comprendrez pas où aller pour récupérer tel objet ou remplir telle tâche. Vous aurez la possibilité d’utiliser des véhicules aériens, sous-marins et terrestres. Ces passages sont très anecdotiques, tout en sachant que vous ne piloterez pas l’avion, ce qui est une sage décision de la part des devs, vu les commandes horribles des autres engins. Par contre, si vous rêviez d’être conducteur d’engin de travaux, vous pourrez, à deux reprises, soulever des rochers ou des véhicules pour vous ouvrir la voie.

Un jeu totalement gâché

Bien que tout ne soit pas à jeter, Phantom Fury fait partie des nombreux titres de 3D REALMS qui n’est pas passé par la case « contrôle qualité ». Au lieu de proposer de l’interactivité qui n’apporte rien de plus, il aurait été préférable de mettre l’accent sur la correction des trop nombreux bugs. Faute à une difficulté mal équilibrée et une IA inconstante, certains passages deviennent frustrants et bien que le gunplay soit correct, ça ne suffit pas à combler toutes les lacunes. Peut-être qu’un miraculeux patch viendra sauver les meubles, mais on n’y croit pas, et on ne vous conseille franchement pas de vous pencher sur ce jeu pour l’instant. Phantom Fury aurait pu être une bonne surprise sans pour autant être excellent, mais encore une fois, le duo 3D REALMS et Splipgate Ironworks ne semble pas avoir appris de ses erreurs.

Vous avez du mal à vous y retrouver dans le catalogue Steam ? Alors suivez le groupe de curation NoFrag pour vous aider à trier le bon grain de l’ivraie.

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11 Commentaires


  1. Hum j’étais sur le point de le prendre pour patienter avant la sortie de Selaco mais je vais attendre un peu du coup !
    J’espère que Selaco ne sera pas une déception aussi…
    Merci pour le test 🙂

  2. Merci pour le retour. On va espérer un patch salvateur., en espérant les devs à l’écoute.

  3. J’espère que Selaco ne sera pas une déception aussi…

    Ca risque pas, en tout cas pas du niveau de Phantom Fury. Toute façon, on se doutait que le jeu ne serait pas fini. La démo de l’an dernier était vraiment mauvaise et donnait l’impression d’un jeu encore en alpha. Forcément, en annonçant une sortie 7 mois après, ça sentait mauvais. Selaco a déjà fait ses preuves avec sa démo.

    On va espérer un patch salvateur.

    Faut pas s’attendre à ce que ça résolve les gros soucis du jeu. Il y aura peut être des patchs, mais ça m’étonnerait qu’on arrive à avoir une IA décente.

    Bref, merci pour ce sacrifice sur ce test. En tout cas, le jeu se faisait déjà défoncer hier par tous ceux qui avaient eu un accès anticipé, et ce de manière unanime.

  4. Au risque de ne pas rejoindre l’avis général, je trouve que l’effort proposé pour capturer la vibe des années 2000, Half-Life et Sin en tête, est à saluer !
    Après quelques heures de découvertes (ce jeu est sorti à 17h!), je ne suis ni gêné par les bugs (rares) ni perturbé par le feedback des flingues (rien à voir avec la démo toute pourrie). Tout au contraire, je m’éclate et je le trouve beau, fun et intelligent.
    Pour 22.5€ c’est carrément du bon FPS retro comme on en voit rarement !
    Testez avant de commenter !

  5. Je vais lui laisser une chance, mais plus tard, quand il aura (je l’espère) atteint une certaine maturité.

    Et je pense même que c’est le genre de jeu qui va finir dans un bundle…

    Est aussi sorti « Jawbreaker », et les avis sont plutôt positifs pour l’instant, donc quitte à choisir…

  6. J’ai pas entendu qu’ils aient réussi à sauver Kingpin ou Graven avec des patchs, faut probablement pas attendre de miracle.

    Je tique aussi sur leur réaction de merde aux critiques, dire que les joueurs ont pas compris le jeu ou que les reviewers sont des idiots.

    Y’a toujours le risque d’une catastrophe avec Selaco, mais ça semble peu probable, ça a l’air plutôt très prometteur (ceci dit ça pourrait aussi être trop prometteur, être très bien mais tout de même en dessous des attentes)

  7. C’est dommage. Globalement les environnements ont l’air plutôt réussis, notamment les quelques extérieurs, les intérieurs étant parfois très génériques ; c’est un étrange mélange de half life 2 et de fornite. Les armes.ont du punch, punch renforcé par ces superbes cris de douleur des ennemis ; ils ont très très mal et c’est un aspect trop souvent sous-travaillé dans les FPS depuis de nombreuses années. Là il y a un bon panel de cris et de grognements. En regardant quelques passages de la vidéo, on constate effectivement que la.navigation n’est pas très claire et que certains.temps morts, notamment lors des interactions avec les PC, sont suceptibles de gâcher l’expérience. Je pense.pour ma part que cest au mieux un achat dans un bundle.

  8. C’est un jeu auquel je trouve dommage que ça soit comme ça.
    Je ne pense pas qu’il va être merdique, mais je pense qu’il est au mieux OK
    Pourtant l’interactivité c’est chouette, mais j’aurais bien voulu que balancer des objets puisse servir d’avantage au jeu.
    3D Realms, c’est bien, mais Slipgate c’est franchement pas top et tout le monde semble s’accorder dessus…

  9. J’ai fini par avoir le jeu, et franchement pas trop déçu, je me suis plutot amusé dessus.
    Le jeu malgré les patchs a encore pas mal de bugs, même si beaucoup de choses ont du être corrigés.

    Coté armes certaines améliorations n’ajoutent pas de tir secondaire et ne change que le principal, aussi certaines armes manquent de mode alternatif… c’est un peu dommage car les armes sont pas mal en général et certaines fonctionnalités pouvaient être ajoutées sans forcément qu’elles soient complexes (genre un mode rafale sur le fusil à 3 coups par ex)

    Pour moi ce jeu c’est un FPS de 1998, on prend Blood 2, SiN et HL, on ajoute une touche moderne; on mélange et ça donne phantom fury…

    Le pire c’est que certaines armes on s’en sert que très peu car on ne les as que sur la fin du jeu. Genre le magnum qui est un super pistolet.
    la tête du boss aussi avec ses effets gravitationnels….

    Le level design est plutôt bien avec des secrets et tout, par contre il y a aussi beaucoup trop de murs invisibles. Sinon j’aime bien les interactions avec les PCs ça me rappelle des jeux comme SiN, DooM 3 ou Deus Ex, Le coup de la pelleteuse j’aime bien par contre c’est sous exploité, j’aurais aimé que l’on puisse s’en servir pour péter la gueule à nos ennemis ce qui aurait rendu le tout plus fun.
    Je pense que certaines interactions aurait pu rendre le jeu plus fun si seulement ce n’était pas qu’une énigme à résoudre.

    Un jeu sympa qui aurait mérité d’être vraiment terminé car là c’est un jeu que je voulais adorer, sauf qu’il est au mieux juste sympathique et que je pense que des jeux comme phantom fury ça manque (surtout que bon j’ai aimé SiN et que ce jeu lui emprunte énormément)

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