Ah Novalogic… Mais si, souvenez-vous, la splendide série des Delta Force, synonyme de ricanements quasiment à chaque nouvel épisode. Tout auréolés de leur médiocrité et de leur sens du jeu insipide, figurez-vous qu’ils ont eu l’ambition de venir se battre sur le même terrain que les plus gros FPS multi à véhicules du moment. On s’attendait forcément à un ratage presque aussi catastrophique que l’inachevé Söldner. Et bien mal nous en a pris, car Novalogic a finalement été touché par la grâce.

[–SUITE–] Un jeu Novalogic ? Allons un peu de sérieux…

Joint Operations : Typhoon Rising est donc la toute dernière itération de la déjà longue série d’ego-shooters de Novalogic. Il fait suite à Black Hawk Down, et son add-on Team Sabre, corrects visuellement (il était temps) mais disposant d’une campagne solo plombée par une I.A à la rue, et d’un gameplay multi-joueurs en net progrès mais sans véritables saveur et intérêt face à la concurrence. Vis-à-vis de cette médiocre parenté, Joint Ops garde quelques bases techniques – tel le « vieux » moteur de Commanche 4, maintenant bien rodé mais encore amélioré – et surtout il se radicalise : ici, à l’exception d’un tutorial un peu rébarbatif mais loin d’être inutile, il n’y a pas de campagne solo ; il n’est question QUE de jeu multi-joueurs, et surtout, à grande échelle.

Joint Ops met en scène un conflit imaginaire et contemporain, opposant des forces rebelles à une coalition internationale (les Joint Ops), le tout se passant dans l’archipel de la République d’Indonésie. A l’instar de BF Vietnam, votre environnement sera donc composé de rizières, villages, et bunkers, de jungles plus ou moins denses et d’îles au relief accidenté bordées par la mer. Le rapprochement avec BF Vietnam est d’autant plus tentant que Joint Ops partage avec celui-ci pas mal de points communs : un grand nombre de véhicules, sur de grandes maps, avec des classes de personnage (gunner, sniper, medic, engineer, etc.), et plusieurs modes de jeu multi dont le principal, Advance & Secure, est un mix du Conquest de BF et du Onslaught d’UT2004. Basé sur le contrôle de zone, l’objectif est de capturer le QG ennemi en passant d’abord par des points intermédiaire, qu’il faudra contrôler pour en faire des points de respawn, avant l’assaut final sur la base ennemie.

Un vrai FPS pour les hommes, pas un bal de pilotes en exhibition.

Seulement voilà, cette apparente ressemblance est trompeuse. Car avant tout, Joint Ops se veut beaucoup plus orienté « pur FPS » et combats d’infanterie que la série des Battlefield. Autant les BF privilégient l’utilisation et les combats de véhicules, au détriment d’un mode FPS approximatif aux sensations perfectibles, autant Joint Ops revendique clairement un gameplay avant tout basé sur le déploiement et les combats de soldats. A la façon de la plupart des FPS tactiques, votre précision est fonction de votre posture, vous permettant d’abattre des ennemis à une centaine de mètres avec un fusil automatique, alors que quelques balles ou une explosion trop proche suffisent pour entraîner la mort, lorsque ce n’est pas un expéditif headshot. La balistique est tout à fait correcte, en particulier du côté des snipers qui peuvent (et doivent) régler la hausse de leur arme selon la distance de la cible, et anticiper la course d’un ennemi turbulent pour espérer l’éliminer à de longues distances.

D’autre part, et contrairement à la série Battlefield, les véhicules, bien que nombreux et variés, ont d’abord – voire uniquement – une vocation de transport, avec une maniabilité et des physiques assez simplistes. Même pourvus de mitrailleuses lourdes, ils ne sont que très peu prévus pour l’affrontement. Mais attention, quand on parle de transport dans Joint Ops, on ne fait pas semblant : ici, au delà des classiques Jeeps, camions ou hélicoptères, il est possible de piloter de gros engins (aéroglisseur, Chinook) pouvant embarquer plusieurs autres véhicules, embarquant eux-mêmes jusqu’à huit soldats. Certains débarquements prennent alors une dimension épique.

Un FPS multi au format XXL.

Or, le tout est admirablement servi par une vingtaine de grandes maps, suffisamment variées pour fournir des expériences bien différentes, et conçues pour valoriser les bonnes tactiques et l’optimisation de l’utilisation des véhicules. En fait, ces maps sont surtout conçues pour héberger ce qui constitue un des tours de force du jeu, et qui doit faire rêver les fanboys de Söldner : il est possible à 150 joueurs de s’affronter sur une partie, le tout avec un netcode et une stabilité déconcertants de qualité et de propreté. Et là, je ne parle pas de promesses de développeurs ou de théorie. Il s’agit bien d’une réalité ; et parfois, il faut bien le reconnaître, d’une « triste » réalité, car il est finalement bien difficile d’avoir 150 joueurs motivés et désirant construire un assaut. Malgré tout, et contrairement à la population hétéroclite qu’on peut notamment rencontrer sur les serveurs de démo, la population des joueurs de Joint Ops est relativement mure vis-à-vis du jeu. Alors, oui, il y a du boulet ; oui il y a du lamer ; mais ça reste marginal par rapport au nombre de joueurs présents.

Bien que Joint Ops nécessite quelques parties pour bien appréhender tout ce qui s’y passe et exploiter correctement toutes ses fonctionnalités, l’ensemble des mécanismes du jeu a été plutôt bien pensé. Le tout résulte en un jeu bien équilibré, dépourvu de défauts majeurs, et particulièrement addictif dès lors que vous avez compris ces mécanismes et que vous commencez à développer un bon teamplay. Car Joint Ops n’est clairement pas conçu pour les loups solitaires. A moins que votre truc soit de jouer un sniper solo et le frag isolé, il vous faudra compter sur vos coéquipiers, et les aider, pour espérer capturer un point de respawn, le tenir, et envisager l’assaut sur le QG ennemi. Du reste, après les premières minutes de jeu consistant à rusher et à se déployer sur les premières zone à contrôler, l’essentiel d’une partie équilibrée se passe sur 2 ou 3 points chauds, qu’il faut attaquer et défendre, avec des batailles localisées mettant en jeu une bonne trentaine de soldats plus ou moins exposés et cachés dans la jungle, mais repérables par le bruit qu’ils font, les balles traçantes, ou encore l’emprunte radar qu’ils laissent s’ils ouvrent le feu. Ce dernier point est particulièrement utile pour se débarrasser des snipers misérables trouvant intelligent de venir faire du spawn kill en continu.

Avec le support des mortiers des ingénieurs qui attendent que vous leur désigniez une cible, l’aide des médecins qui peuvent vous soigner et surtout vous ressusciter sur le champ de bataille (si vous n’êtes pas mort trop brutalement), et en espérant que vos snipers couvrent bien la zone, vous serez en mesure de capturer et tenir des positions, tout en éprouvant une sensation finalement assez rare sur ce type de FPS : le plaisir d’avoir du jeu construit, donnant presque le sentiment d’une bonne organisation, et ce même sur des serveurs publics. Incroyable.

D’ailleurs, pour faciliter et promouvoir le jeu organisé, Joint Ops met en place plusieurs mécanismes. D’une part, le système de scoring ne se contente pas d’attribuer des points aux frags réalisés : des points seront évidemment donnés si vous participez à la capture d’une zone, mais vous serez également récompensés en ressuscitant ou même en transportant des coéquipiers. D’autre part, Joint Ops propose un système de gestion d’escouades : vous sélectionnez et recrutez des joueurs de l’équipe, et s’ils acceptent de vous rejoindre, vous pouvez alors créer des sous-groupes et assigner des ordres distincts, discuter (en texte) sur un canal privé, et indiquer des points de passage sur la carte qu’ils partagent avec vous. Ainsi donc, depuis la simple progression en binôme jusqu’à la petite escouade de joueurs organisés et contrôlés par un joueur assumant le rôle de commandant, tout est là pour mettre en avant le teamplay, et développer ainsi le plaisir de jeu.

Enfin, si vous en avez assez des grosses parties, que vous voulez essayer autre chose que la capture de zones, ou encore que vous voulez travailler des tactiques avec des coéquipiers, sachez que le jeu propose également les basiques deathmatch et king of the hill (un assaut à objectif unique), mais surtout un mode coopératif qui devrait en ravir plus d’un.

La technique.

Abordons enfin le jeu d’un point de vue purement technique. Comme dit précédemment, Joint Ops utilise le moteur éprouvé de Commanche 4, constamment amélioré et permettant ici d’obtenir un résultat fort sympathique. Car si le look graphique se contente d’être correct, sinon suffisant (on n’est pas du tout au niveau des jungles de Far Cry, mais plus proche de BF Vietnam), le tour de force vient surtout de la grande profondeur de champs, combinée aux paysages accidentés et riches en végétation. Ajoutez à cela une gestion des cycles jour/nuit très bien implémentée, permettant pendant une même partie d’évoluer aussi bien au clair de lune que sous un soleil de plomb, puis soupoudrez d’une centaine de joueurs et de véhicules en tous genres qui s’étripent sur le champs de bataille, et vous obtenez au final un jeu au rendu global très convainquant… mais également exigeant en ressources. Testé sur une config à base de [email protected],2 Ghz / 1 Go dual channel / Radeon 9700pro, le jeu tourne tout juste correctement la plupart du temps, en 1024 avec une bonne partie des options au max. Néanmoins, sur certaines zones, et avec cette configuration, le jeu peut ralentir quelque peu (rien de dramatique, mais en multi, c’est vite gênant), nécessitant alors d’être plus raisonnable sur les options graphiques. Comme d’habitude, il est vivement conseillé d’essayer la démo avant d’investir, car pour un jeu exclusivement multi, il serait dommage qu’un PC un peu juste vous empêche de joueur dans de bonnes conditions. Ca serait d’autant plus agaçant qu’à côté de ça, le moteur sonore joue parfaitement son rôle, et devient un allié très important lorsqu’il faut débusquer un ennemi, et le netcode fait des miracles en se faisant totalement oublier.

Enfin, sachez que l’accès aux parties Internet se fait via un portail – NovaWorld – qui, sans être la catastrophe d’Ubi.com, est loin d’être parfait. Le browser intégré n’est pas des plus pratiques, mais permet néanmoins de retrouver facilement des coéquipiers par filtre. Le plus gros problème d’un tel portail est le fait qu’il représente un point de passage obligé, un single point of failure. Et c’est ainsi que pendant près de 48 heures, les joueurs de Joint Ops ont du se passer de parties Internet uniquement parce que NovaWorld était en maintenance. Fâcheux. A côté de çà, le jeu intègre Punkbuster de façon tout à fait transparente, et gère les files d’attente pour entrer sur un serveur surpeuplé, ce qui est bien pratique.

Tout simplement l’un des meilleurs FPS multi du moment

Contre toute attente, Joint Operations est, avec Far Cry, l’autre bonne surprise de cette année FPS. Se concentrant exclusivement sur le jeu multi-joueurs, et s’appuyant sur de solides bases techniques lui permettant de faire évoluer 150 joueurs sur des champs de bataille chargés, il bénéficie d’un gameplay travaillé, équilibré, et dépourvu de gros défauts. Privilégiant l’infanterie et le jeu tactique, et moins porté sur les véhicules que son faux frère BF Vietnam, Joint Ops s’approche plus d’un Ghost Recon enrichi et surtout à très grande échelle, et s’impose sans aucun doute comme l’un des tous meilleurs ego-shooters multi-joueurs du moment. Par conséquent, à moins que vous soyez allergique au genre « FPS tactique », ou que votre machine ne vous permette pas de profiter pleinement de ce titre exigeant, il y a très peu de chances pour que Joint Ops vous déçoive. L’appréhender demande un peu de temps, mais vous aurez un excellent retour et de belles heures de plaisir de jeu, que peu de titres de ce genre sont en mesure de procurer.

Les plus :

  • Un jeu bien fini et très stable
  • 150 joueurs, sans problème !
  • Le netcode qui fait bien son boulot en toutes circonstances
  • Un gameplay riche, travaillé et équilibré
  • Un jeu qui favorise et valorise le teamplay

Les moins :

  • Le jeu aurait mérité une plus grande richesse dans les environnements parcourus
  • 150 joueurs, c’est bien, mais il arrive que ça tourne au chaos
  • L’interface un peu austère.
  • NovaWorld, on s’en passerait bien.
  • Nécessite un PC correct, voire musclé, pour bien en profiter

Le mot de Ttask : Best BF-like Ever.

Malgré quelques ressemblances (grandes cartes, mode de jeu AAS proche du Conquest, véhicules), Joint Ops est très différent de Battlefield (1942 ou Vietnam). Par rapport à cette série, les combats, bien plus axés sur l’infanterie et plus précis grace à un excellent netcode couplé à un moteur qui a bien vieilli, sont souvent moins dispersés, même en début de partie. La prise d’un point est donc plus difficile et longue, la prudence dans les mouvements devenant indispensable. Par ailleurs, un joueur ne peut absolument pas renverser le cours d’une partie tout seul, en allant capturer un point éloigné du champ de bataille. La progression se fait plutôt sous forne d’escouades de 6 ou 7 joueurs qui, avec une bonne entente et coordination, peuvent être très efficaces. Le teamplay est beaucoup plus important dans JO que dans Battlefield, où c’est surtout la stratégie d’ensemble d’une équipe qui détermine l’issue d’une partie.

Disposant d’un gameplay pêchu et très riche, Joint Ops représente une des grosses surprises de 2004. Résolument plus axé sur l’infanterie que Battlefield 1942/Vietnam et le catastrophique Söldner, le jeu propose des affrontements intenses mais précis, au dynamisme renforcé par de très bonnes sensations de tir et un netcode solide. Le plaisir qu’on prend à jouer dans une escouade bien organisée est immense, meme si le jeu présente des défauts au niveau de l’interface ou de l’équilibrage des classes. C’est pour l’instant mon jeu de l’année.

L’avis de niCO :

Depuis Tribes, je n’avais jamais retrouvé de FPS capable de me faire passer une nuit entière à jouer sur des serveurs publics. La conception du jeu entraîne sans cesse des situations magiques : assis à quatre dans un zodiac, vous longez la côte sous le soleil couchant en vous prenant pour un navy seal. Entassé à huit dans un Black Hawk, vous devenez de la chair à canon attendant avec angoisse le moment où vous vous jetterez en dehors de l’hélico pour plonger dans le chaos. Aux commandes d’un Little Bird, vous prenez en chasse un Chinook ennemi que vous faites exploser au-dessus de l’océan, tuant d’un coup une dizaine d’adversaires.

Tout comme Counter Strike, Joint Ops est souvent frustrant à cause de la bêtise des autres joueurs et de la facilité avec laquelle on tombe sous les balles. Mais tout comme dans Counter Strike, on a toujours envie de revenir au jeu pour revivre l’un de ces instants magiques où, pour quelques secondes, on ressent cette grisante sensation de surpuissance.

Les tests des pros :