Être indépendant, c’est vraiment quelque chose de génial. On peut prendre tous les risques que les méchants éditeurs nous refuseraient, aller à fond dans l’originalité, viser un public averti et tout ce genre de choses, enfin en gros libérer toute sa créativité pour concevoir le jeu auquel on a vraiment envie de jouer.

Mais on peut aussi se contenter de faire du shoot gras, fade et sans inspiration comme le prouve avec brio Ritual.[–SUITE–]

Un mod Half-Life 2

L’intrigue se met en place en quelques secondes : une miss aux gros seins veut contrôler le monde à l’aide d’une vile drogue et Blade, accompagné d’une miss à la poitrine légèrement plus raisonnable, veut l’en empêcher. Bon, vous aurez compris qu’en fait on s’en fout complètement et que SiN se jouera avec un flingue plutôt qu’un cerveau : une fois l’introduction passée on n’y prètera plus attention. Ce que l’on remarquera aisément en revanche, ce sont les longs et nombreux temps de chargements qui parsèment l’aventure, hérités de Half-Life 2. Techniquement, Source oblige, les deux jeux sont très proches mais les graphistes sont loins d’être aussi talentueux que ceux de VALVe et du coup le rendu global est moins classieux. On appréciera juste des modèles de personnages corrects et une palette de couleurs assez chaleureuse pas déplaisante.

SiN: Emergence, c’est de l’humour fin et drôlement efficace.

SiN 1, c’était un FPS couillu et qui proposait quelques originalités intéressantes : une certaine interaction avec l’environnement, quelques armes rigolotes, une gestion réussie des niveaux d’armures, etc. Bon, oubliez vite tout ça car dans cette suite, on se contente vraiment du minimum. Trois flingues, des dizaines d’ennemis tous identiques dans des niveaux où les interactions possibles sont en gros similaires à celles d’un Half-Life 2 (le gravity gun en moins) et c’est tout. La seule chose qui a été conservée, c’est le rythme soutenu de l’action, qui ne faiblit que rarement. On ne s’emmerde pas à résoudre des énigmes idiotes ou à élaborer de quelconques tactiques d’approche : on fonce et on tue. Les sensations sont assez bonnes, pour ce qui est des armes comme des déplacements, et on s’amuse bien les premières heures avant de déplorer le manque d’ambition.

Déjà vu

Ce qui est très fort avec SiN: Emergence, c’est qu’en cinq heures à peu près tous les clichés des FPS seront passés en revue :

  • des séquences de railshooting
  • des niveaux peuplés de bidons et de caisses
  • des puzzle idiots basés sur les physiques
  • un coéquipier invincible géré par l’IA
  • des phases de plate-forme sur des tuyaux
  • un level design constamment linéaire
  • des spawns d’ennemis dans votre dos

On notera juste un effort pour écarter les séquences d’infiltration et de sniping. Ah, on me signale à l’instant que c’est surtout parce que l’IA est trop conne pour gérer les premières et que les trois armes présentes n’autorisent pas les secondes. En gros, tout ce que vous aurez l’occasion de faire dans ce premier épisode, vous l’aurez probablement déjà fait dans des dizaines d’autres jeux : n’attendez ni originalité ni inspiration.

SiN: Emergence, c’est aussi un level design novateur de grande qualité

Inintelligence artificielle

Ni aboutissement d’ailleurs, car si on s’amuse bien la première heure, on se lasse très vite du gameplay qui ne se renouvelle jamais. Avec trois armes et dix ennemis différents, on ne pouvait pas vraiment s’attendre à autre chose en fait. La seule chose qui pourra bouleverser le déroulement du jeu, c’est la difficulté formidablement mal réglée. En gros, la première moitié du jeu sera une promenade de santé et la seconde une horreur. Prétentieux comme pas deux, j’ai poussé le curseur à fond, et passé le huitième niveau j’étais obligé d’abuser des nombreux bugs d’IA et de hitboxes pour continuer à avancer, pourrissant complètement le rythme du jeu. Quand un jeu propose du challenge, c’est cool, mais là tout de même ça devient un peu ridicule, d’autant plus qu’il est impossible d’ajuster le niveau de difficulté en cours de partie autrement qu’avec le système de nivellement tant vanté par Ritual. Bon, ne vous attendez vraiment pas à des merveilles concernant son fonctionnement, il souffre de sérieux problèmes de conception qui le rendent en pratique totalement absurde.

SiN: Emergence, c’est aussi des énigmes intelligentes et astucieuses avec le moteur physique.

Mais SiN: Emergence, c’est surtout 20$ pour un mod solo.

Ni inspiré ni spécialement fun, SiN: Emergence ne marquera pas grand monde. C’est même l’un des meilleurs représentant du jeu-kleenex : on avance, on tue, on avance et on tue pendant quelques heures puis on désinstalle et hop, oublié pour toujours. Les armes, les ennemis, les niveaux, … tout a déjà été aperçu un peu partout dans la concurrence et est ici assemblé sans grande réussite, ce qui donne vraiment l’impression de jouer à un map-pack amateur pour Half-Life 2 auquel on aurait retiré toutes les petites fantaisies. Et ça, même pour 20$ ça fait un peu mal au cul.