Heathen est un FPS inspiré de L’île du Docteur Moreau, roman bien connu de H. G. Wells, proposant une aventure exclusivement solo. Il est développé par Frog Factory, pas celui-ci, mais celui-là, sur le CryEngine 3.8 et édité par The Box Studio. L’épisode 1 est en early access depuis décembre, voici nos impressions.

Il était une fois, Far Cry : Moreau’s Island Edition…

Un  rapide topo sur l’histoire : un industriel et un biologiste trouvent un archipel sur lequel le fameux docteur Moreau a créé ses monstres et ils décident, tout naturellement, de continuer son travail. 20 ans et des centaines de bêtes créées plus tard, les esclaves échappent à leurs maîtres et commencent à tuer tous les êtres humains. Le joueur incarne une de ces bestioles, il va nous falloir explorer les lieux tout en survivant aux autres bêtes, souvent belliqueuses, ainsi qu’aux humains survivants. On est donc une bête humanoïde qui grâce à ses pouces opposables peut utiliser divers objets : cartes, boussole, armes, soins mais aussi sortir les griffes pour donner des coups, courir à quatre pattes ou encore sauter plus haut. Plus tard une torche, une lampe frontale et un masque à gaz seront aussi de la partie. Ça fait une bonne palette de possibilités offerte au joueur.

… qui rencontra Metro 1915

Si le setup d’îles tropicals fait immédiatement penser à Far Cry premier du nom, au bout d’un certain temps, l’expérience prend une autre tournure et le joueur averti se rendra vite compte que Heathen lorgne bien plus du côté de Metro 2033.

Dans ces qualités d’abord, car en premier lieu Heathen a un putain de charme. Le jeu n’est pas beau, en fait il ressemble à Metro graphiquement. Il faut dire que la jungle luxuriante baignée de soleil on commence à en avoir un peu soupé. Ici l’ambiance, très largement dépressive, pousse plutôt à l’exploration prudente voir craintive, comme dans le métro russe. Les teintes majoritairement marron rappellent aussi cet environnement. Les armes : arbalète, fusil à canon scié, Winchester, fusils à verrous, sont toutes très lentes et même si le jeu offre une progression assez douce – beaucoup d’explorations au début, plus d’ennemis ensuite – il vous faudra bien calculer vos approches sous peine de mourir en trois coups en difficulté normal, cinq en facile.

Ajouter à ça qu’il faut 1/2 heure pour recharger une arme, les combats vous demanderont souvent d’utiliser le kiting (reculer en tirant) voir même d’abuser des faiblesses de l’IA. Oui, l’IA est aussi la même que dans Metro, les ennemis ne vous voient parfois pas alors qu’ils passent à côté de vous, par contre, ils vous repéreront à 100 mètres dans la jungle. Leur précision décroît avec la distance ou si vous bougez, mais de près, vous prendrez balles sur balles dans le buffet. Les décors sont faits majoritairement de constructions en bois délabrées et l’IA trouvera systématiquement le moyen de profiter des trous dans les murs, ce qui conduit à bien souvent ne pas savoir qui vous tire dessus et d’où ça vient (Crescent Camp c’est à toi que je pense). L’infiltration est possible dans certains endroits mais souffre du syndrome de « si le dev l’a pas prévu tu vas en chier ». Ça demandera donc de la patience aux plus persévérants d’entre vous ou alors de vraiment connaître le jeu par cœur. Enfin, certains combats peuvent être esquivés purement et simplement en fuyant comme un lâche ou en passant sans vous faire repérer.

Prochain arrêt : Green Hill Station

Le HUD peut être désactivé, pour notre plus grand bonheur, mais la mauvaise nouvelle c’est que cela retire aussi l’affichage des objectifs ainsi que les marqueurs servant à savoir avec quoi interagir. Je vous déconseille donc de faire votre premier run comme ça (ne faites pas les mêmes erreurs que moi) : vous trouverez moins d’objets et certains passages seront tout bonnement infaisables, entrer dans le temple par exemple. Il faut reconnaître cependant que les développeurs – qui sont deux français – ont extrêmement bien pensé leur level design et qu’il est même relativement superflu de se servir de la boussole.

Les cartes indiquent les points d’intérêts en cours et si les îles paraissent gigantesques, elles ne peuvent être parcouru que dans un sens. Ainsi, même si vous vous retrouvez à faire beaucoup d’explorations et d’aller-retour, vous saurez toujours où vous rendre. Sur ce plan, Heathen regorge de petites trouvailles qui contribuent vraiment à l’ambiance : les tours accessibles seulement en mode « bête », certaines alarmes destructibles ou encore la possibilité de mettre un point sur la carte dont la direction sera visible en sortant votre boussole. Ce qui est un vrai bon compromis à mon sens entre : un marqueur de direction toujours visible et aucune aide du tout. Même les points de sauvegardes sont des autels auxquels on prie en tenant une statuette du docteur Moreau.

Un Metro 2033 développé par 2 personnes ?

Techniquement, le jeu est déjà daté : la distance de vue est ridicule et il manque pas mal d’options (le réglage du FOV ou la possibilité de lean), les combats et déplacements sont assez raides, mais le principal est là et c’est quand même plaisant. Un large panel d’ennemis, du challenge, une bonne durée de vie – comptez environ 5h pour boucler les 2 chapitres disponibles – un cadre qui n’est pas d’une originalité folle, mais bien réalisé et surtout une vraie cohérence au niveau de l’univers. Enfin, les développeurs sont très réactifs et semblent avides de retours ce qui est toujours bon signe.

L’early access de Heathen Episode 1 : Sons Of The Law, coûte 15$ sur Steam et le prix est, à mon avis, justifié. Ils récompensent deux devs qui savent visiblement ce qu’ils font et qui ne se reposent pas sur leurs lauriers. Il prend aussi en compte l’aspect non-fini (voire bancal) toujours bien présent. Les mises à jour continuent à rythme régulier, rendant vos sauvegardes tout aussi régulièrement inutilisables. Pas de doutes, il reste du boulot et des choses à dire, je ne vous ai pas parlé du son, mais je préfère laisser le travail avancer, car pour l’instant Heathen va dans la bonne direction.

6 Commentaires


  1. Les jeux dont personne ne parle, c’est pas obligatoirement de la merde. Par contre la semaine dernière on a eu Thief Simulator, dont beaucoup de monde a parlé alors que c’est de la merde. Donc j’imagine que ça annule.

  2. Cette preview me conforte d’attendre la version finale afin d’en profiter à fond. Clairement un des jeux indés que j’attends le plus cette année.

  3. Pour ma part la D.A d’un autre âge, l’IA en roue libre et la progression ultra balisée m’ont fait arrêté de jouer en attendant une vraie grosse MàJ.
    Puis ces chauves souris aux ailes coupantes, ils fument des grenouilles les devs ?

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