Que coute un site comme NoFrag ? Combien de millions l’équipe ramasse par mois ? La publicité rapporte quelle somme d’argent ? Pourquoi y’a-t-il de plus en plus de news affiliées ? Quel a été le chiffre d’affaire 2015 de la société qui édite NoFrag ? Quel est le bénéfice ? Que va-t-il se passer en 2016 ?

Il parait que c’est tabou de parler des finances d’un site internet. Pour nous, il est encore plus inconcevable de garder un public qui nous suit dans un flou artistique et d’entretenir les idées reçues, les préjugés ou les rumeurs. Nous avons donc décidé de tout étaler sur la place publique, histoire que vous ayez une vue d’ensemble sur la réalité des finances du site et de son équipe. Certains s’en doutaient, d’autres seront surpris, l’essentiel est de vous donner des clés pour comprendre la situation de NoFrag en 2015 et son avenir en 2016.
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Depuis 2004, NoFrag était édité par NoCorp, une société (SARL) montée afin de percevoir légalement l’argent de la publicité présente sur le site, mais aussi de l’affiliation (bons plans Amazon, Green Man Gaming, etc). Fin février 2015, NoFrag changeait de propriétaires et nous, la nouvelle équipe, avons décidé de ne pas reprendre la société NoCorp. A la place, nous avons adopté un statut juridique allégé : l’auto-entreprise. Un an plus tard, voici l’état des finances de NoFrag :

Coté revenus, la publicité du site est gérée par Culture G, qui prend 40% de commission du total des revenus. Pour l’affiliation c’est plus compliqué puisque nous traitons avec différents acteurs, mais principalement Amazon et Gamesplanet. Amazon offre entre 3,5% et 12% de commission selon le produit acheté via des liens affiliés (le plus souvent 3,5%, qui correspond aux jeux vidéo, matériel informatique, électronique etc) et Gamesplanet offre 5% pour tous les jeux vendus.

Niveau dépenses, les taxes de l’auto-entreprise s’élèvent à 23% du chiffre d’affaire total (il n’y a pas de concept de « bénéfices » avec ce statut). Les indemnisations correspondent aux dépenses effectuées par l’ensemble de l’équipe afin de contribuer à NoFrag (jeux achetés, déplacements pour réunions/rencontres, salons…). Le budget de la Gamescom 2015 rentre normalement dans la partie indemnisation mais nous l’avons représenté ici pour donner une idée du coût d’un tel salon, pour quatre personnes. Le serveur qui fait tourner NoFrag coute quant à lui 113,96 € par mois.

Une partie de la somme restante servira donc pour la Gamescom 2016 et le reste pour un projet secret sur le site. Chut. Comme vous pouvez le voir, NoFrag n’est pas vraiment une affaire florissante. Par le passé, la situation était relativement meilleure :

On peut le constater, la crise de la publicité sur internet est réelle et affecte assez durement les finances de NoFrag depuis 2011. Le graphique ne remonte qu’à 2010, mais les revenus de la publicité entre 2006 et 2009 sont similaires à l’année 2011 et le chiffre d’affaire de NoCorp durant cette tranche est d’ailleurs compris entre 20 000 € et 35 000 € par an (quasiment que de la publicité). Ces chiffres peuvent sembler corrects mais il faut encore tenir compte des spécificités d’une SARL et de ses coûts : en enlevant les charges (sur salaires ou dividendes), l’impôt sur les sociétés et le comptable payé tous les mois, il ne restait même pas de quoi payer une seule personne au SMIC toute l’année. Au final, si la situation financière de NoFrag était meilleure il y a quelques années, elle n’a jamais suffi à entretenir une équipe de rédaction. C’était uniquement un complément pour un vrai salaire.

Aujourd’hui, on ne parle même plus de complément pour l’équipe puisque la quasi-totalité des revenus de NoFrag sert à maintenir en vie le site lui-même. Jusqu’en 2014, les revenus de la publicité seule arrivaient à payer les frais fixes de NoFrag. En 2015, nous sommes à la limite de cet équilibre et en 2016, la publicité ne suffira probablement plus. Il faut désormais trouver d’autres solutions pour pouvoir payer le minimum de ce que coute NoFrag au quotidien et c’est pour cette raison que vous voyez de plus en plus de news affiliées qui n’ont parfois rien à voir avec les FPS. Le Black Friday et Metal Gear Solid V sont de bons exemples de choses qui marchent. Voici un graphique qui récapitule l’ensemble des gains liés à l’affiliation depuis que NoFrag s’y est mis :

Ce n’est pas très explicite dans le graphique parce que l’ancienne équipe n’avait presque pas fait d’affiliation en 2014, mais la méthode a également subit une crise concernant la vente de jeux vidéo. Il y a quelques années, on pouvait encore acheter des jeux en dollars et ainsi bénéficier d’un taux de change très avantageux. Depuis 2014, tous les revendeurs se sont mis à la page et proposent un équilibrage des prix, sans compter le fait que le dollar est remonté au niveau de l’euro. La montée en puissance du marché gris a également eu un impact assez prononcé sur les ventes affiliées. Pourtant, nous pensons que l’affiliation est une manne financière assez conséquente, nous avons donc développé le système sur NoFrag en 2015. Les résultats sont assez encourageants et nous permettent de pouvoir financer tous les postes de dépenses autres que les charges fixes du site, en ayant même un léger bénéfice à la fin de l’année.

Vous comprenez maintenant que gérer NoFrag, c’est non seulement un gros travail rédactionnel mais également financier, depuis que la situation s’est grandement détériorée en 2014. L’auto-entreprise a été un choix de rapidité et de « stress test » en vue du chiffre d’affaire 2015 : l’objectif pour 2016 est donc dans un premier temps de changer de statut juridique. EURL ? Association 1901 ? Retour à la SARL/SAS ? On verra en fin d’année. Côté finances, nous allons continuer l’affiliation et même augmenter la fréquence de publication des news affiliées pour avoir une plus grosse trésorerie. Pour la publicité en revanche, il n’y a pas grand-chose à faire. A part se situer sur du native advertising (news sponsorisée), la pub ne rapporte plus rien. Et en plus c’est chiant pour vous, surtout sur mobile où vous gagnez de temps en temps UN IPHONE 6 CE N’EST PAS UNE BLAGUE CLIQUEZ ICI VOTRE VIE EN DEPEND.

On réfléchit aussi à d’autres manières de gagner des sous et on lorgne désormais du côté du financement participatif : un Tipeee/Patreon pour que la communauté soutienne le site mensuellement ? Un Kickstarter/Ulule pour une somme one-shot ? Cette solution vous permettrait déjà de participer au site à hauteur de ce que chacun estime juste et selon la somme récoltée, de carrément supprimer la pub qui devient bien trop envahissante pour vous et compliquée à gérer pour nous par rapport aux revenus générés. N’hésitez d’ailleurs pas à réagir et nous faire part de votre vision sur un futur financement participatif, sur les news affiliées ou les différents statuts juridiques possibles.


Voilà, vous savez tout. Attention, n’allez pas croire que NoFrag a absolument besoin d’argent pour continuer. C’est bien plus un problème humain que financier. En réalité, NoFrag a uniquement besoin de 140,17 € par mois pour être fonctionnel (1682,04 € par an), soit la location du serveur et les taxes de la société. Tout ce qui est généré au-dessus de cette somme fonctionne comme une sorte de « bonus moral » pour l’équipe qui gère NoFrag. Aller à la Gamescom en utilisant les revenus du site au lieu de nos propres sous, c’est plaisant. Acheter « gratuitement » des jeux pour les tester, c’est plaisant. Réunir de temps en temps l’équipe dans un bar pour se voir en vrai avec l’argent dé aboné de NoFrag, c’est plaisant. C’est cette accessibilité et cette liberté financière qui maintient pour moitié un moral et qui nous donne la force de continuer, l’autre moitié étant les retours de la communauté. Malheureusement, la passion est un moteur mais pas une fin en soi. Arthur, Noddus et moi-même avons tous un travail et si le soir une deuxième journée de boulot n’amène rien de plus qu’une sortie sympa en Allemagne une fois par an ou une vingtaine de jeux gratuits, il est très probable que la motivation finisse par nous lâcher, à l’image des anciens qui ont monté et fait vivre NoFrag pendant 15 ans.

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Surnommé « Nico GI-Joe » à la rédaction, Kip est le doyen du groupe. Après avoir passé un an de sa vie à creuser des igloos à mains nues sur le Mont Blanc en tant que chasseur alpin dans l’Armée de Terre, il s’est rendu compte qu’utiliser un FAMAS dans la vraie vie, c’est quand même bien plus compliqué que dans les jeux vidéo. Aujourd’hui, il a donc plaqué femmes et enfants pour vivre en ermite sur Dwarf Fortress et jouer à Elite : Dangerous sur les toits de Paris. C’est un peu notre papa, qui nous baby-sitte et nous fouette quand il faut bosser.