Sur le papier, Blade Shadow propose un boitier permettant de vous connecter à un PC hébergé dans le Cloud afin de jouer sans lag ni détérioration de l’image. Est-ce possible ? Il faut savoir que les précédentes offres de Cloud Gaming se sont toutes lamentablement vautrées à cause de la latence induite par l’éloignement des serveurs, de la compression de l’image ou du framerate dégueulasse. Même en local, les solutions permettant de streamer votre PC sur votre TV ne permettent pas de jouer dans des conditions idéales. Que ce soit le Steam Link ou la Nvidia Shield, ces petits boitiers ajoutent 40 à 80ms de latence.

Pourtant, les journalistes qui ont essayé Shadow sont unanimes. Selon eux, il est presque impossible de deviner qu’on ne joue pas sur un PC en local. Mais quand on leur demande s’ils ont essayé de mesurer la latence, c’est silence radio. Il faut se contenter de leur ressenti, ou du discours du boss de Shadow à base de « latence inférieur à 6ms » ou de « delta de latence négative ». Après avoir harcelé un peu tout le monde sur Twitter, j’ai fini par me faire inviter chez Shadow où je me suis pointé avec mon pote Divide et sa caméra 120FPS pour réaliser nous-mêmes des mesures. Résultat :

La suite de l’article décrit notre méthodologie et explique comment interpréter cette première mesure réalisée sur une bêta dans des conditions un peu particulières : [–SUITE–]

Méthodologie

Pour parvenir à ce chiffre de 29ms, nous avons lancé Overwatch, puis nous avons mesuré le temps écoulé entre le moment où nous cliquons, et l’apparition du flash de l’arme. Sur mon PC en local, il faut en moyenne 48ms avant que le flingue de McCree fasse feu à l’écran. Sur le boitier Shadow ce délais est de 77ms. On peut donc en conclure qu’en moyenne, l’utilisation de Shadow rajoute un délai de 29ms en comparaison à un PC local.

Pour réaliser nos mesures, nous avons tout simplement filmé la souris et l’écran en même temps à l’aide d’une caméra 120FPS. En réalité, cette dernière tournait à 117,153FPS pour être précis. Puis nous avons compté le nombre de frames en repassant la vidéo image par image. La méthode peut sembler rudimentaire, mais les mesures obtenues sont pourtant relativement précises :


Conditions de test

Le PC et le Shadow affichaient tous les deux du 1080p en 144Hz sur des écrans destinés aux joueurs. Première surprise : nous ne pensions pas que le Shadow pourrait monter en 144Hz. Il est par contre limité à 60Hz en 4K.

Dans les deux configurations, Overwatch était en mode plein écran, avec la VSync désactivé et le Triple Buffering réglé sur OFF. Par contre, mon PC faisait tourner le jeu à 400 images par seconde avec les détails réglés au minimum, alors que le Shadow était réglé avec les détails au maximum et affichait donc plutôt 120 images par seconde ce qui a dû le pénaliser un peu lors des tests.

Sur le PC, nous avons utilisé une souris Roccat Savu avec un polling rate réglé à 500Hz. Sur le Shadow, nous avions à notre disposition une ROG Gladius dont le polling rate peut monter à 2000Hz. Je sais que ma Savu possède un input lag inférieur à 10ms, et je suppose que la ROG Gladius est également une excellente souris, mais c’est néanmoins un élément qui a pu influencer les mesures dans un sens ou dans l’autre.

Mon écran est un ASUS VG278HE ajoutant 10ms d’input lag selon les mesures de TFTCentral. Je n’ai malheureusement pas noté le modèle de l’écran sur lequel nous avons testé Shadow.

Enfin, la qualité de la compression H264 de Shadow était réglée en « low », mais ne vous fiez pas à cet adjectif : il était très difficile de discerner les artefacts causés par la compression. Pour ne pas dire impossible, sauf sur une image à l’arrêt. En réglant la qualité de la compression sur « high », Divide avait beau coller son nez à l’écran 65″ où tournait un jeu en 4K, de grosses gouttes de sueur ont perlé sur son front avant qu’il réussisse à discerner un fourmiller dans un feuillage, ou un dégradé un peu délavé sur un nuage. Bref, pour notre mesure, la qualité de la compression était réglée en « low », mais l’image était néanmoins d’excellente qualité. Nous vous montrerons des captures comparatives dès que ce sera possible.

Je crois me souvenir que le serveur Shadow était situé dans un data center en région parisienne auquel nous étions connectés via une liaison fibre FTTH. Je n’ai pas lancé de ping, mais les locaux de Shadow étant situé sur Paris, j’imagine que la latence réseau devait être de 1 à 2ms.


Un ping sur ma connexion fibre Orange FTTH parisienne

Pour faire un test plus fiable, il aurait fallu réaliser nos mesures avec la même souris, le même écran, et des framerates équivalents dans le jeu. Si Shadow me prête un accès bêta en janvier, je referais une batterie de tests plus rigoureux et plus précis, et j’en profiterai pour comparer avec la latence sur ma TV, de mon vidéo projecteur, et également avec ma Nvidia Shield permettant de streamer mon PC en local vers mes différents écrans.

Interprétation du résultat

Selon nos premières mesures, le Shadow ajoute environ 29ms d’input lag. Il existe un petit programme permettant de mesurer votre sensibilité à la latence (merci kal). En l’essayant, j’ai eu beaucoup de mal à discerner une différence de 29ms, mais j’y suis tout de même parvenu dans 88% des cas. Avec 29ms, on frôle donc la limite de la perception humaine et il n’est pas étonnant que certains PGM invités par Shadow se soient parfois trompés quand on leur a fait un test en aveugle sur Street Fighter en leur demandant de distinguer le PC local du boitier Shadow. Pour vous donner d’autres ordres d’idées, voici l’input lag rajouté par divers systèmes :

  • Si vous jouez en plein écran et que vous activez la VSync, vous ajoutez environ 60ms d’input lag (c’est une moyenne, en réalité ça dépend de votre framerate, du jeu, etc.)
  • Un Steam Link connecté sur votre réseau local à l’aide d’un câble ethernet ajoute environ 40 à 50ms
  • Passer du mode Full Screen (Vsync off) à Borderless Windowed (Vsync géré par Windows) ajoute environ 30ms
  • Les meilleures TV en mode gaming ajoutent environ 20ms
  • Une souris gamer peur ajouter jusqu’à 15ms
  • Un bon écran gamer ajoute 4 à 10ms
  • Une connexion fibre FTTH de Paris à Paris ajoute environ 2ms

Tous ces chiffres sont des moyennes, car les mesures varient selon les jeux, la méthodologie utilisée, etc. Je vous invite à suivre les liens que j’ai donnée ci-dessus si vous souhaitez vérifier mes sources et discuter ces chiffres.

Selon nos premières mesures, l’input lag rajouté par Shadow est donc équivalent au fait de passer d’un mode plein écran à un mode fenêtré sans bordure. Il faudra que nous confirmions avec des mesures plus rigoureuses sur un boîtier prêté par Shadow, mais pour l’instant il faut bien admettre que ces premières mesures sont impressionnantes et confirment les impressions des autres journalistes.

L’offre Shadow

Le service Shadow entrera en bêta semi-privée à la fin du mois. Si tout se passe bien, le lancement officiel aura lieu en mars 2017. Pour 30€ par mois, vous aurez accès à une machine Windows 10 vierge hébergée sur un Xeon 2Ghz (turbo 2.7Ghz, trois cœurs par joueur), une GeForce 1070, 12Go de RAM et un SSD de 256Go. Nous n’avons pas benchmarké le framerate, mais sur un jeu gourmand en CPU comme Battlefield 1, nous n’avons pas vu de ralentissements. Là encore, il faudra confirmer ces premières impressions par des tests plus poussés et des mesures. D’autre part, le matériel sera régulièrement mis à jour, il est donc probable que les GeForce 1070 soient remplacées par la nouvelle gamme de Nvidia d’ici fin 2017.

Shadow vous envoie également un boitier sur lequel vous connecterez votre écran, vos périphériques USB et votre réseau. Pendant que nous étions sur place, nous avons aussi eu droit à une démo sans boitier, à travers une application Android lancée directement d’une SmartTV, puis d’une tablette. Nous avons ainsi pu jouer à Titanfall 2 au pad sur un écran 65 pouces, puis switcher vers la tablette Android. Plutôt cool. Il sera également possible de lancer une application similaire sur votre propre PC et, j’imagine, sur un Mac, mais tout ceci est encore en bêta.

Il est donc possible que Shadow propose plus tard des offres un peu moins chères sans boitier. Si leur offre actuelle se base sur un boitier, c’est qu’ils veulent contrôler au maximum toute la chaîne, du client jusqu’au serveur, afin qu’aucun joueur ne subisse une mauvaise expérience à cause d’une SmartTV moisie ou d’un PC des années 90. C’est aussi pour cette raison que Shadow propose uniquement le service aux possesseurs de la fibre : afin d’éviter les mauvais retours de personne possédant une connexion ADSL peu performante. Mais rien ne vous empêche d’y souscrire si vous êtes en ADSL, et il est probable qu’au fil du temps l’offre Shadow supporte officiellement d’ADSL en indiquant avec précision les caractéristiques de la ligne recommandées.

Si le lancement cartonne, on peut également imaginer des offres premium avec des CPU/GPU plus rapides, mais là je m’avance un peu et seul l’avenir nous dira si j’ai raison ! En attendant, je vous donne rendez-vous d’ici un ou deux mois pour des mesures un peu plus rigoureuses dès que Shadow m’aura fait parvenir un boitier de test. En attendant, vous pouvez faire un tour sur le site officiel de Shadow et jeter un œil à leur FAQ.