Plus le temps passe, plus les jeux d’id Software se font attendre. Depuis la sortie de Doom 3, Rage s’est fait désirer durant sept longues années. C’est le premier titre d’id Software à s’écarter des sentiers battus du FPS : il y a des missions secondaires, des véhicules, des dialogues et de l’artisanat.

Plus important encore, pour la première fois de son existence, id Software a conçu le jeu afin qu’il soit parfaitement adapté aux consoles. id Software considère qu’il s’agit de son titre le plus ambitieux et le plus abouti, mais je ne suis pas sûr que les joueurs partagent cette opinion : [–SUITE–]

Les méfaits du portage d’un jeu console sur PC

Sur PC, la sortie fut pour le moins tumultueuse. Première problème, et non des moindres, AMD n’a pas distribué les drivers convenus et, lors de sa sortie, Rage était quasiment injouable sur tous les systèmes équipés de cartes graphiques ATI. Certains joueurs se plaignent encore de problème, mais la situation s’est tout de même rapidement arrangée.

Le deuxième pépin incombe uniquement aux choix techniques d’id Software : le moteur graphique utilise une texture géante, la fameuse megatexture, qui est chargée en temps réel au fur et à mesure de vos déplacements. Malheureusement, avec le paramétrage par défaut du jeu, le streaming est trop lent et il suffit de tourner la tête rapidement pour se retrouver face une image floue qui nécessite quelques dixième de secondes pour s’affiner.

Cette limitation est liée à la faible quantité de mémoire disponible sur les consoles de jeu. Le jeu étant conçu pour ces dernières, le streaming des textures y est quasiment invisible étant donné la faible vitesse de rotation d’un gamepad. Mais sur un PC équipé d’un GPU bourré de mémoire vidéo et d’une souris capable de faire un 180° en un clin d’œil, non seulement le problème n’est pas justifiable, mais il est surtout très voyant.

Là encore, la situation s’est améliorée avec l’arrivée du premier patch permettant de régler la taille du cache associé aux textures. En effet, il faut savoir qu’à sa sortie sur PC, Rage ne proposait strictement aucune option graphique : une fois la définition de votre écran réglée, le jeu ajustait automatiquement les détails pour vous proposer un framerate de 60 images par seconde quelque soit votre hardware. L’intention était louable, mais le résultat n’était pas convaincant. id Software a commencé à corriger le tir, mais il faudra sans doute encore un ou deux patchs pour permettre aux powerusers d’exploiter pleinement la puissance de leur matériel.

Pour en finir sur l’aspect technique, on regrettera également l’impossibilité de régler la souris et le FOV à partir du jeu : il faut bidouiller les fichiers de configuration ou les options de lancement pour désactiver l’accélération et le smoothing de la souris ou élargir le champ de vision du joueur.

Beau, mais flou

Bien qu’elle pèse plus de 20Go, la version PC affiche des textures qui manquent cruellement de finesse. Le jeu a été conçu pour afficher de grands espaces dont chaque mètre carré est unique : au lieu de plaquer une texture se répétant à l’infinie, le moteur affiche une seule megatexture. Le problème, c’est que cette texture géante nécessite une taille colossale et il a donc été nécessaire de la compresser pour que les consoles puissent l’exploiter.

Il en résulte un rendu qui diffère totalement de celui des autres jeux et qui risque de choquer de nombreux joueurs: dans les FPS traditionnels, lorsque vous avez une vision d’ensemble d’un large environnement, votre œil détecte rapidement les textures qui se répètent et qui perdent en détails avec la distance. Dans Rage c’est exactement l’inverse : plus le décor est éloigné, plus il semble détaillé. Par contre, si vous vous approchez d’un élément, au lieu de voir ses textures s’affiner, vous vous rendrez compte qu’elles sont plutôt grossières.

C’est un peu comme si vous compariez une photo basse définition d’un paysage réel avec un screenshot haute définition d’un jeu vidéo. Tant que vous ne collez pas votre nez dessus, la photo semble beaucoup plus détaillée que le screenshot, car chaque centimètre carré qui la constitue est parfaitement unique. Mais si vous commencez à zoomer, alors vous vous rendez compte que la photo est floue comparativement au screenshot haute définition.

C’est pour cette raison que les paysages de Rage sont d’une beauté à couper le souffle, alors qu’ils sont constitués de textures qui bavent lorsqu’on s’en rapproche d’un peu trop près. Ca ne poserait aucun problème si Rage se déroulait uniquement en extérieur, mais ce n’est malheureusement pas le cas, car en dehors des passages en véhicules, vous passez la plupart de votre temps dans des environnements exigus. Au final, on a l’impression que le moteur a été réglé en fonction des grands paysages extérieurs, alors que la majorité de l’aventure se déroule en intérieur.

Rage est donc à la fois beau et laid, car il est tout aussi facile de prendre des screenshots splendides en extérieur où les vastes environnements fourmillent de détails, que des captures d’écran hideuses en intérieur où l’on ne voit qu’une poignée de textures grossières. Si l’impression globale dépend des goûts de chacun, la qualité de la direction artistique devrait faire l’unanimité : l’univers est riche, original et parfaitement homogène. On a parfois l’impression de se promener dans de véritables peintures. L’un des derniers niveaux, où vous rencontrerez une tribu de néo-indiens, fera certainement date dans l’histoire des FPS tellement il est à tomber par terre. Ce n’est pas une coïncidence s’il se déroule essentiellement en extérieur, car c’est là où la megatexture bénéficie pleinement de tous ses avantages.

Et la beauté intérieure dans tout ça ?

Il faut une vingtaine d’heure pour terminer le jeu à 100%, une quinzaine pour faire toutes les missions et seulement sept ou huit pour boucler la trame principale. Cette dernière est constituée d’une trentaine de missions de 10 à 12 minutes. La structure du jeu se résume ainsi :

Dans une ville faisant office de HUB, vous passez cinq minutes à discuter avec les PNJ pour acheter du matériel et obtenir un objectif. Vous sortez ensuite de la ville pour rejoindre l’extérieur qui fait également office de HUB, sauf que cette fois-ci vous vous déplacez en voiture. Comptez deux minutes pour affronter une poignée de véhicules ennemis et arriver sur les lieux de la mission. Cette dernière constitue le cœur du gameplay, mais ne dure malheureusement qu’une douzaine de minutes. Vous retournez ensuite à la ville (2 minutes), puis cherchez les PNJ qui vous indiqueront l’objectif suivant.

Ce cycle de 20 minutes, que vous répéterez une trentaine de fois, est donc constitué de 24% de dialogues, 19% de conduite et seulement 57% de FPS. Les missions principales qui articulent la campagne solo s’enchainent de façon parfaitement linéaire. Pour avoir une vue d’ensemble complète du jeu, il y faut ajouter tout ce qui est optionnel : les courses de voiture, mais également les missions secondaires qui se déroulent sur les mêmes maps que les objectifs principaux, à la différence que vous les parcourez dans le sens opposé et avec d’autres ennemis.

Le jeu est donc rythmé, mais probablement trop lentement. Avec seulement 57% de FPS, l’action semble trop diluée, surtout lors de la première partie du jeu où on passe beaucoup de temps à découvrir les différents HUB, à faire des courses de voitures et à améliorer son équipement, au dépend des phases de FPS.

Vidéo de Nooky

Manque de challenge

Là où ça pose vraiment problème, surtout pour les fans de simulateurs de meurtres, c’est que ces 43% de temps passés à faire autre chose que du FPS manquent d’intérêt. Si la direction artistique est phénoménale, on ne peut pas en dire autant de l’histoire manichéenne qui manque de maturité et ne laisse aucune place à l’imagination. De plus, il n’est pas très judicieux de consacrer autant de temps aux PNJ et aux dialogues, alors que le héros est muet et qu’on ne lui propose jamais le moindre choix.

Les passages en ville nous permettent également de faire du commerce et de bricoler un peu notre matériel, mais là encore ça n’apporte rien au gameplay, car le jeu est mal réglé : même en difficulté maximale, vous aurez toujours de quoi vous payer des tonnes de munition, de grenades et de medikits. Le temps passé à faire de l’artisanat et du commerce n’a qu’une influence très marginale sur vos chances de survie. Autrement dit : il est sans conséquence donc, d’une certaine façon, sans intérêt.

Le multi propose neuf missions coopératives et un mode de jeu compétitif avec des véhicules. Le coop se boucle en 2h chrono et se déroule sur les mêmes cartes que le solo. Il n’y a aucun intérêt à y rejouer une fois terminé. Le multi avec les véhicules intéressera peut-être les fans du genre, mais ce n’est vraiment pas notre tasse de thé.

Et puis il y a les passages en véhicules qui occupent tout de même 20% du jeu. Moi qui ne joue quasiment jamais à des jeux de voitures, j’ai trouvé que le gameplay manquait de profondeur, c’est vous dire à quel point il est basique. Là encore, vous pouvez appuyer tout le temps sur l’accélérateur et conduire n’importe comment, ce n’est pas ça qui vous empêchera de vous en tirer vivant et d’atteindre le lieu où débute votre mission. Là encore, il n’y a pas vraiment d’enjeu et on a un peu l’impression de perdre son temps. Heureusement, ces trajets ne durent qu’une ou deux minutes à chaque fois et vous n’êtes pas obligé de participer aux courses automobiles organisées dans les villes.

Restent les 57% de FPS qui nous rappellent pourquoi on aime les jeux d’id Software : les niveaux sont linéaires, mais les combats sont tout de même très agréables. Ca bouge vite, on peut même faire du strafe-jump et les armes ont la pêche. Comme dans tous les jeux d’id, la plupart des ennemis viennent vous chercher au corps à corps et posent donc une véritable menace qu’il est difficile d’éviter. Le hic cette fois-ci, c’est que le jeu est beaucoup trop facile. En difficulté maximale, vous ne mourrez pas plus d’une dizaine de fois. Si vous merdez, vous pouvez facilement reculer et vous mettre à couvert pour bénéficier de l’auto-régénération. Et même si vous avez foncé tête baissée au milieu d’un groupe d’ennemi, le défibrillateur implanté dans votre cage thoracique vous ramènera à la vie tout en électrocutant les adversaires situés aux alentours. Ce défibrillateur se recharge en dix minutes, mais le jeu est tellement facile que ça ne pose pas le moindre problème, surtout que vous pouvez sauver votre partie à n’importe quel moment.

C’est là le principal défaut du jeu : les PNJ ne vous laissent aucun choix et vous pouvez conduire comme un nœud, dilapider votre argent et combattre n’importe comment, ça n’a finalement que peu d’incidence sur vos chances de survie et vous réussirez à atteindre la fin de la campagne dans tous les cas. Rage est conçu de telle façon qu’il est difficile de perdre, ce qui a tendance à faire passer le skill du joueur en arrière plan. Or, le skill, c’est la façon dont vous jouez, et un jeu où la façon dont vous jouez n’est pas mise en avant est tel une coquille vide.

Certes, il est divertissant de découvrir l’univers, de bousiller quelques monstres et de conduire comme un malade au milieu de décors à tomber par terre, mais il manque à Rage ce petit truc qui prend aux tripes, qui fait monter l’adrénaline et qui donne une âme au jeu : du challenge, de la difficulté, car un FPS c’est avant tout un combat et on ne tire aucun plaisir d’une bataille dans laquelle on n’a pas à lutter.

Une plaisante balade

Rage propose une aventure dans un univers superbe où chaque paysage semble avoir été peint à la main. Les graphismes sont moins impressionnants en intérieur, mais dans l’ensemble il est difficile de rester indifférent à la direction artistique. Le jeu est un mélange des genres : on dialogue avec des PNJ, on participe à des combats motorisés et on passe 60% de son temps à combattre des monstres dans la plus pure tradition des FPS d’id Software.

Là où le bât blesse, c’est que l’aventure fait plus figure de promenade, car même en difficulté Nightmare, le jeu ne parvient jamais à proposer un challenge digne de ce nom et les actions du joueurs ne sont pas assez mises en avant. Rage est plaisant, mais pas passionnant.