Je ne sais même pas comment introduire ce que je vais dire sur Get Even. Je voulais faire un truc sur quelqu’un qui répond « c’est fait exprès » a chaque fois qu’on pointe les défauts d’une de ces œuvres, mais ça ne se focalise que sur un des aspects du jeu, et je n’aime pas commencer par quelque chose d’anecdotique. Que faire alors, quand ce à quoi vous jouez est si bordélique que vous n’arrivez pas à trouver de point de départ adéquat ? Vous feintez.

Un jeu éparpillé par petits bouts, façon Puzzle

Le jeu du studio polonais, créateur de NecroVision, est un FPS qui mélange des phases d’actions à des moments semblables à un jeu d’aventure. On y incarne Cole Black, un homme amnésique et qui essaye de se rappeler les événements qui entourent le kidnapping d’une jeune femme. Il utilise pour cela un appareil nommé Pandora, sorte de casque à réalité virtuelle qui permet d’explorer les souvenirs. La structure du jeu est un ensemble de séquences décousues qui, une fois mises ensemble, sont censées former un tout cohérent. C’est une sorte de polar technologique, entre les films Memento et Source Code, avec un peu du jeu Condemned dans son déroulement.

Cette narration hachée est une chose difficile à maîtriser. Au-delà de ce côté « technologie de la mémoire » qui moi me fatigue depuis longtemps, les événements sont présenté avec des trous, pour que le mystère reste entier. C’est comme si quelqu’un vous racontait une histoire en faisant exprès d’omettre les passages les plus importants, nécessaires à la compréhension globale, pour tous les dire à la fin. Tout est confus et semble artificiel, entre les différentes réalités qui s’emboîtent les unes dans les autres, les passages où le narrateur vit des souvenirs d’autres personnes, les noms et les voix qui se mélangent, les twists attendus et qui tombent à plat, l’histoire de Get Even est trop brouillonne pour être intéressante. Et même si on s’applique à remettre tout dans l’ordre, qu’on comprend ce qui s’est passé, on se rend compte que cette volonté de faire un puzzle temporel a créé un monstre de scénario sans queue ni tête.

Pandora l’exploratrice

On a l’impression que The Farm 51 a voulu mettre toutes les idées qui lui passaient par la tête pour en faire un jeu (que j’ai fini en 5 heures). C’est un jeu d’aventure, on enquête, lit des notes, des extraits de journaux, des rapports médicaux, de polices, on écoute des séquences audio, on résout des énigmes ridicules à base de disjoncteur à réenclencher. On dispose d’un téléphone multi fonction avec vision UV, infrarouge, scanner pour trouver des indices. Ces séquences sont au final très linéaires malgré l’environnement à l’aspect un peu labyrinthique. On est condamné à aller là où il faut aller, guidé par des portes ouvertes au bon moment, nous menant vers la suite de l’aventure et le moment où on va se plonger dans un souvenir. C’est un poil plus interactif qu’un walking simulator.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et en plus c’est moche
Il est difficile de trouver des qualités à Get Even. Même les décors sont ratés. Tout est marron et sans originalité. Les quelques effets « ouuuhhhh technologie » liés au casque Pandora apportent un peu de lumière, mais rien de révolutionnaire. L’ambiance visuelle est banale et sans saveur.

C’est aussi un FPS. Ces phases sont probablement ce qu’il y a de pire dans Get Even. Équipé d’un Cornergun (similaire au CornerShot israélien), vous avez le choix entre l’infiltration et le canardage, sachant que la première option est préconisée par le créateur du Pandora, qui vous guide tout au long du jeu. Sauf que les ennemis ont une IA déplorable. Sauf que c’est fait exprès, nous dit notre guide, en effet, le Pandora n’est pas assez puissant pour simuler des comportements humains réalistes. C’est une excuse amusante, mais ça ne change pas le fait que ça rend le jeu très naze. De toute façon, on comprend vite que la menace de perturbation de la simulation si on se met à tuer tout le monde est vide et on passe ces tristes moments d’action à transpercer les têtes immobiles de nos adversaires à l’aide de notre arme surpuissante, plutôt que de s’embêter à éviter les cônes de visions visibles sur notre carte.

Rhythm and Loose

Parcourir et interagir avec l’univers de Get Even est aussi quelque chose d’agaçant. On n’a plus accès au téléphone quand on court, et on doit sans cesse jongler entre les diverses applications et nos armes. À noter qu’on ne peut aussi pas sauter. PArlons enfin de l’idée stupide du Cornergun. Il nous rend invincible, vu qu’on peut tirer depuis une couverture, et nous oblige à voir le jeu à travers l’écran du téléphone, qui nous montre ce que filme la caméra sous le canon. Jouer à Get Even c’est parfois endosser le rôle de quelqu’un qui semble jouer sur son téléphone plutôt que de faire face à la réalité, comme un adolescent dépressif. Il n’y a rien d’amusant dans Get Even, aucune sensation, aucune tension, aucun besoin de réflexion.

Malgré tout, avant que la première phase d’action ne détruise tout espoir, j’ai cru un moment avoir devant moi un jeu intéressant, et ça grâce à la bande originale d’Olivier Derivière (il a aussi fait celle de Remember Me et de quelques jeux pour Spiders), intégrée à l’environnement. Le souffle agité du héros devient littéralement une mélodie saccadée, un bruit d’horloge au ralenti hante chaque moment du jeu, un passage où on est face à un ennemi dérangé est rythmé par des psalmodies musicales, des rires qui se mélangent et deviennent des percussions. Jouer avec un bon casque est parfois un vrai bonheur et c’est ce qui m’a fait tenir. Rajoutons aussi que les acteurs qui ont doublé le jeu sont tous très convaincants, même si la copie qu’on leur a demandée de rendre est pas mal clichée, surtout celle du héros. Quand on s’appelle Cole Black de toute façon hein.

 

C’est bon pour les oreilles

Get Even est un jeu trop ambitieux. Il ressemble à ces premiers romans où l’auteur veut absolument mettre toutes ces idées brillantes. Le tout est trop confus pour être plaisant et le manque de rythme empêche toute joie de s’installer. Ce qui est triste c’est que la bande-son remarquable ne peut être vraiment appréciée qu’en y jouant. Au pire il vous reste l’option de regarder quelqu’un s’ennuyer à votre place, histoire de pouvoir faire l’expérience du travail d’Olivier Derivière.

 

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Docteur en philosophie et arrogant personnage cultivé, il use de mots compliqués que seul ton grand-père qui s’endort devant des Chiffres et des Lettres connaît. Pedrodactyl dit à qui veut l’entendre qu’il est un joueur asocial et solitaire de S.T.A.L.K.E.R. ou DOOM mais il ne trompe personne, on sait tous qu’il cherche à passer pro sur Paladins.