Chaque année, en automne, c’est la même rengaine, le Call of Duty nouveau est de sortie. Chaque année, c’est la même promesse : “le nouvel opus sera une véritable révolution”. Chaque année (ou presque), NoFrag est là pour vous révéler que la révolution annoncée n’en est pas vraiment une. 2019 ne dérogera pas à la règle.

Révisionnisme et patriotisme

Le mode solo commence avec une cinématique qui claque et qui met tout de suite dans l’ambiance. Profitez-en, c’est le meilleur moment de la campagne. Le joueur est ensuite immédiatement balancé dans du Call of Duty tout ce qu’il y a de plus classique : les niveaux sont linéaires, les scripts s’enchaînent, les fusillades sont molles, l’IA est débile. Les rares tentatives de varier le gameplay sont risibles : mention spéciale à la mission qui vous demande d’escorter un civil dans un bâtiment rempli d’ennemis en lui donnant des ordres à travers une caméra de surveillance. Le tout ne dure heureusement qu’une demi-douzaine d’heures.

Des armes incendiaires dans une fabrique de gaz toxique. Chapeau les russes!

La cinématique d’introduction avec ses promesses de réalisme et de terrorisme est rapidement oubliée pour céder la place à un pamphlet “America First” dénué de toute subtilité. Les méchants terroristes avec leurs armes chimiques, les insurgés locaux aux allégeances changeantes, le général russe qui envahit et met à sac un pays entier pendant vingt ans sans que sa hiérarchie ne lève le petit doigt, les gentils Américains qui arrivent pour nettoyer tout ce merdier. Tout y est, et ce ne sont pas les quelques références éparses à des événements réels (l’assaut sur le repaire de Ben Laden, la prise d’otages de l’ambassade américaine de Téhéran) qui amélioreront le scénario, bien au contraire. Ce dernier se permet même de pencher dangereusement du côté du révisionnisme historique, en faisant porter la responsabilité de l’Autoroute de la Mort à la méchante armée russe qui, décidément, n’en finit pas de massacrer des civils. Également, la scène de water-boarding est particulièrement nauséabonde par ses implications : il suffit de bouger sa souris et de matraquer un bouton pour résister avec succès à une séance de torture.

Nos confrères de Gamespot ont pu discuter de tous ces aspects de la campagne avec un des développeurs d’Infinity Ward : la vidéo est disponible par ici si le sujet vous intéresse.

Le retour des killstreaks saignants

Le crossplay est de mise. Vous allez adorer pwner les joueurs manette.

Comme d’habitude, la substantifique moelle d’un Call of Duty réside dans son mode multijoueur. Par rapport au précédent opus (BO4), quelques changements notables sont à relever. La régénération automatique de la santé est de la partie. Le TTK (ou Time To Kill) a été sensiblement réduit : quatre ou cinq balles suffisent à tuer un adversaire, on se rapproche du Modern Warfare de 2007. Paradoxalement, le jeu conserve une vitesse et un rythme réduits ; il est fortement déconseillé de sprinter à tout va et de compter sur ses réflexes, car passer de la course à la visée demande un délai qui se révèle souvent décisif. L’avantage va quasi-systématiquement au joueur qui voit l’adversaire et qui tire en premier. Rajoutez à cela la possibilité de lean sur n’importe quel muret et la spatialisation des sons et vous vous retrouvez avec un gameplay favorisant une certaine retenue dans les déplacements : ne foncez pas dans le tas, l’ennemi vous entend et vous attend. Ne courez pas a découvert, vous vous ferez flinguer en pleine course. Usez et abusez des grenades étourdissantes, et ouvrez vos oreilles.

Call of Duty 16: Modern Warfare voit également la disparition des classes et de leurs capacités spécifiques, ainsi que le retour des killstreaks et de la création de vos propres loadouts. À ce propos, il est désormais possible de changer d’équipement en pleine partie, ce qui apporte une flexibilité bienvenue pour la composition des équipes. La progression du joueur au sein du mode multi permet de débloquer au fur et à mesure la trentaine d’armes disponibles. Cela semble peu de prime abord, mais ce que le jeu perd en quantité, il le regagne en profondeur : chaque arme possède sa propre barre d’expérience dont l’avancée permet de déverrouiller une quantité absurde d’accessoires, de viseurs, de pointeurs lasers et d’améliorations. Le comportement d’une même pétoire pourra donc changer du tout au tout. Le FAL, par exemple, est à la base un fusil semi-automatique, mais l’ajout d’un certain accessoire lui confère la capacité de tirer une rafale de trois coups. Les armes, par ailleurs, ont peu de recul et donnent, comme d’habitude, l’impression de tirer avec un pistolet Nerf.

On est à la limite du gunporn.

C’est beau mais c’est loin

Call of Duty 16: Modern Warfare n’est pas une tuerie graphique, loin s’en faut. Derrière quelques effets visuels cache-misère et de jolies ombres et lumières se cachent des textures plutôt quelconques et des décors complètement statiques. Tout n’est pas à jeter cependant : les armes sont joliment modélisées et les animations ont fait l’objet d’une attention particulière. Les rechargements des pétoires ne donnent plus l’impression d’être une simple animation accélérée, le niveau de détail est très proche de ce que l’on peut voir dans Killing Floor 2, par exemple. Un coup de fusil à pompe dans le bide et voyez le cadavre de votre victime s’envoler proprement avant de retomber au sol.

Chaque partie multi commence par une petite séquence montrant l’arrivée des soldats sur le champ de bataille

Plus globalement, le jeu reste visuellement parfaitement clair et lisible. Cela est dû en grande partie à l’optimisation réussie et à la possibilité de paramétrer de nombreuses options graphiques et de jouabilité. Virez-moi la profondeur de champ et le motion blur, désactivez le mouse smoothing, réglez la sensibilité de la souris à votre guise et profitez d’un jeu aux antipodes d’un portage PC bâclé. Tout est accessible dans les menus du jeu, pas besoin d’éditer d’obscurs fichiers .cfg pour limiter le taux de rafraîchissement ou augmenter le champ de vision. Rien que pour ça, merci Infinity Ward. Petit chagrin personnel : le peu d’options concernant l’anti-aliasing, mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir dans la vie.

Escarmouche dans les Douches du Goulag

Les modes de jeu habituels répondent tous présent.

  • Match à mort en équipe, du très classique.
  • Domination est une variante du mode Conquête de Battlefield, avec trois points à capturer.
  • Recherche et destruction s’inspire de Counter-Strike : deux bomb sites, une équipe avec  du C4, pas de réapparition durant la manche.
  • Quartiers généraux, un genre de King of the Hill : un point à capturer apparaît aléatoirement sur la carte, l’équipe qui le contrôle gagne des points mais ne peut pas réapparaître.
  • Cyber attaque, dans lequel une bombe se trouvant au milieu de la carte doit être déposée sur la base ennemie. Pas de réapparition, mais possibilité de réanimer ses alliés tombés durant la manche.

Chacune des dix maps disponibles s’adapte parfaitement au mode de jeu choisi. Certaines d’entre elles sont même relativement vastes (Aniyah Palace, Azhir Cave, Rammaza). Elles restent toutes cependant très convenues et n’offrent que peu de surprises, avec très peu de verticalité. Le gameplay, de toute manière, n’offre pas les possibilités de déplacement de certains des jeux précédents. On peut escalader certains murs et sauter de toit en toit sur les maps les plus denses, mais c’est tout.

Le dieu de la guerre surveillant son territoire

Les deux modes qui se démarquent réellement sont Guerre Terrestre et Escarmouche. Passons rapidement sur Guerre Terrestre : une copie éhontée de Battlefield en moins bien avec de grandes maps, une demi-douzaine de points à capturer, des véhicules et un système de squad respawn. Un foutoir généralisé, pas forcément mauvais, mais certainement pas inoubliable.

Escarmouche, en revanche, mérite que l’on s’y intéresse plus en détail. Deux équipes de deux joueurs chacune, pas de respawn, des maps minuscules qui se prêtent parfaitement à l’exercice et des manches qui s’enchaînent sans temps mort, ne durant parfois qu’une poignée de secondes. L’équipement (armes principale et secondaire, grenades, perks) est choisi aléatoirement mais partagé entre les deux équipes et renouvelé après deux rounds. C’est rapide, on n’a pas le temps de s’ennuyer et les défaites sont rapidement oubliées à chaque nouvelle manche.

On ne change pas une recette qui marche

“Comme d’habitude”. C’est l’expression qui revient le plus souvent lorsque l’on joue à Call of Duty 16: Modern Warfare. On retrouve dans ce nouvel opus toute l’essence de la série : une campagne solo parfaitement dispensable en plus d’être particulièrement nauséabonde et un mode multijoueur efficace, prenant, mais qui ne réinvente pas la roue. Nous sommes ici en terrain conquis, et ce ne sont pas les (rares) innovations de gameplay qui feront dire le contraire. Si vous aviez apprécié le Modern Warfare de 2007, vous apprécierez le Modern Warfare de 2019. C’est du more of the same, mais ça n’en fait pas pour autant un mauvais jeu. Un nouveau Callof, en somme. Ni plus, ni moins.

Test réalisé sur la version commerciale du jeu

Call of Duty 16: Modern Warfare est disponible pour 53 euros sur PC via Gamesplanet (-10% par rapport au prix Battle.net), ainsi que sur PlayStation 4 et Xbox One.

15 Commentaires


  1. “Paradoxalement, le jeu conserve une vitesse et un rythme réduits ; il est fortement déconseillé de sprinter à tout va et de compter sur ses réflexes”

    Ah … C’est tout a fait l’inverse de la méta actuelle.

  2. C’est incroyable sérieux. Il bouge presque pas la main, il doit avoir une sensibilité ultra haute.

  3. D’après la vidéo, je suis bien heureux de ne plus jouer à ce genre de jeu, le mec a un cheat ce n’est pas humain. Faut arrêter de croire n’importe quoi les gens. La concentration nécéssaire à être aussi précis et réactif avec une régularité de ce niveau ça cache quelque chose.

  4. Nate est ancien joueur pro. Il est juste très bon. La majorité des joueurs n’ont pas ses réflexes.

  5. C’était la mode sur battlefield 4 de tirer en flickshot car 0 recoil. Après à savoir si ceux qui le font le mieux ne sont pas aider par un no recoil et/ou cheat

  6. >

    C’est dingue de voir le cheat partout, je veux bien qu’il y a eu des histoires chelou en compétition et en stream ces dernières années, mais suffit de se rappeler des .demo qu’on telechargeait à l’époque pour mater les matchs pro (idtech), les réflexes et flickshot étaient ouf et pourtant c’était des demo vérifiés.
    Perso j’ai encore en adoration des demo de gros matchs de Cod 1 et 2 ou les mecs au rifle font des trucs de l’espace et ça parrait cohérent parce qu’au bout d’un certains niveau de jeu on sort soit même des trucs comme ça.
    Malgré l’échec de Shootmania j’ai adoré et j’y ai joué jusqu’à la mort parce que justement une fois les moves encapés et une connaissance des maps de la rotation du moment, tu pouvait sortir trois flickshots de malade pendant une manche d’attaque et te faire “applaudir” par ton équipe.
    Ou même si on repense aux vidéos de Nooky sur MW2.

    (J’ai pas regardé la vidéo)

  7. Sans trop pouvoir défendre le jeu, j’ai aimé le nettoyage de l’immeuble de nuit. (j’me rappelle plus le nom de la mission) C’était putain de jouissif et trop court !
    Sinon, le coté “god bless america” dans un Kolof, ça vous choque sérieusement ?
    On a toujours dessouder du russkof, du Bosh et du bou… (oups) de l’afghan. ça m’aurait même étonné de voir une alternative.

  8. Deux choses,

    – On peut pas courir sur les murs (Merci Infinity ward)
    – Le net-code (pou avoir toucher a un peu près tout) n’est absolument pas pourri.

    Comparé a “cé ès gow 64Tickrate eco boost ++” quand on tire dans MW sa touche hein

  9. >

    Oui c’est choquant, surtout en 2019, car le jeu se prend très au sérieux. (meurtre d’enfants, attentat sur des civils, torture physique et psychologique) et la plupart des événements dans le jeu font écho à la réalité.

    Sans vouloir faire de la polémique, on sait avec le recul que les états-unis sont en grandes parties responsables des problèmes dans les pays ou ils interviennent (iran,irak, afghanistan) et la plupart des cellules dites “terroristes” on été financé directement par eux (avant d’en perdre le contrôle).

    Dans le jeu, les soldats russes sont dépeints comme des Nazis de 2nd guerre mondiale (pendaison, massacre de civils, arme chimique) qui ont armées des terroristes pour s’en prendre aux États-Unis. C’était pas aussi caricatural dans modern warfare 1 et 2.

    Si j’étais russe, je me sentirais profondément insulté…

  10. Electronike > Il est à 8 de sensi pour 800 dpi, soit 21cm / 360 ( et 2 sur apex, soit 26 cm / 360 ), donc sensi haute certe mais pas injouable.

  11. >Umm, utiliser juste 800DPI et devoir faire 21-26cm pour faire un 360 j’appel plutôt ça une sensibilité TRÈS BASSE qui requiert de bouger le bras de gauche à droite continuellement et de repositionner fréquemment la souris, pas ce que je préfère. Puis ce n’est jamais une bonne chose de jouer avec un DPI aussi bas tel que mentionné par la référence du net en matière de souris. Il le dit à la fin par exemple de cette page (CLARIFICATION NOTE: All mice are jerky at 400 and 800 DPI, not just this one.)
    http://www.rocketjumpninja.com/logitech-g305-review/

    Je joue à 3000 mais avec un in-game sens dépendamment du jeu, entre 0.40 et 1.0? Sur une Logitech GPW.

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