Depuis la diffusion de la série Chernobyl, la Zone est la nouvelle destination à la mode. Pour la visiter sans finir complètement irradié comme le premier influenceur attardé venu, The Farm 51 (Necrovision, Painkiller HD, World War 3) vous propose d’y faire un tour avec Chernobylite, un étonnant mélange de FPS et d’éléments de survival, de RPG et de jeu d’horreur. Un projet ambitieux assez casse-gueule dont l’arrivée en accès anticipé cette semaine nous a permis de savoir ce qu’il a vraiment dans le ventre.

Tchernobyl mon amour

À la suite d’hallucinations visuelles et auditives, l’ancien ingénieur soviétique Igor part chercher sa dulcinée Tatyana, disparue 30 ans plus tôt lors de la catastrophe de Tchernobyl. Accompagné par deux stalkers, il se rend en plein cœur des ruines afin de ramasser de la Tchernobylite, un minerai permettant d’utiliser une incroyable invention de son cru créant des passages à travers l’espace. Attaqués par un mystérieux Black Stalker aux pouvoirs surpuissants, Igor et son coéquipier survivant trouvent refuge dans un bâtiment délabré, qui devient de fait leur QG. Non seulement notre protagoniste va continuer son investigation pour retrouver Tatyana, mais il devra de plus affronter des forces armées ayant investis les lieux et mettre au clair des mystères surnaturels. Le scénario offre un mélange de survivalisme post-apocalyptique, de complotisme (KGB, CIA et expériences secrètes sont de la partie) et de surréalisme onirique créant une ambiance très particulière et, il faut le dire, assez originale. Parsemée de manifestations fantasmagoriques et d’hallucinations, l’aventure de Chernobylite tend vers une atmosphère angoissante où se mélangent rêves et réalité, laissant planer des doutes sur la santé mentale de notre héros qui va jusqu’à discuter avec des poupées visiblement possédées.

Après une introduction scriptée posant les bases du scénario, le joueur se trouve donc dans le Refuge. Celui-ci sert en réalité de hub : on peut y construire sa base d’opération à travers un système similaire à celui de Fallout 4, dialoguer avec ses compagnons d’armes et recevoir des quêtes via une radio, fabriquer du matériel, suivre l’avancement de l’investigation mais aussi sélectionner sa prochaine expédition via une vue aérienne de la Zone. Pour le moment, seuls 4 niveaux sont explorables et exploitables. L’aventure est sectionnée en jours, une expédition représentant une journée – certaines missions ont un temps limité pour être accomplies et il faut parfois faire des choix ou envoyer vos coéquipiers les remplir à votre place (avec plus ou moins de succès). Il existe deux types de missions : celles à objectifs scénarisés et celles, dites d’exploration, dans lesquelles vous visitez librement une zone à la recherche de ressources ou d’une rencontre fortuite. Une fois en jeu, vous vous retrouvez sur une carte de taille moyenne que vous pouvez arpenter comme bon vous semble – dans les limites imposées par les zones radioactives et les éléments de décors, évidemment.

Selon le jour et la carte sur laquelle vous êtes, des événements et des PNJ secondaires pourront être rencontrés et même recrutés. Bien sûr, des ennemis para-militaires patrouillent aussi dans la Zone et il faudra faire preuve de discrétion afin de vous en débarrasser ou de les éviter. En effet, les adversaires font mal, les kits de soin sont peu nombreux et un affrontement contre plusieurs soldats en simultanée tournera souvent en votre défaveur. Les rencontres avec d’autres personnages et la façon d’accomplir certains objectifs sont l’occasion de faire des choix pouvant avoir des conséquences dramatiques sur le déroulement du scénario. Les PNJ apportent d’ailleurs à l’ambiance bizarre de Chernobylite : entre le fan de hardtek en jogging, le vieux fou mangeur de rat, l’ancien membre de la bratva amateur de parkour et l’autoproclamé agent secret un peu gauche, la galerie de personnage est haute en couleur et crée une sorte de décalage assez intriguant.

Il est important de noter que le jeu tient intégralement le joueur par la main : des marqueurs d’objectifs indiquent à tous moments les endroits où il faut se rendre, y compris lors des événements inopinés, tandis qu’un système de scan permet de ne pas avoir à chercher soi-même les composants de craft dont on a besoin. Même l’échec n’y est pas vraiment punitif car mourir vous renvoie simplement dans le hub – vous perdez une journée et la possibilité d’accomplir votre mission, certes, mais votre partie peut continuer.

Les développeurs ont choisi de reproduire la Zone à l’aide de la photogrammétrie et de la lasergrammétrie. Ces deux méthodes, déjà utilisées sur le précédent effort du studio (Get Even), permettent en gros de scanner un lieu bien réel et de le reproduire ensuite sur ordinateur. Ici, le résultat est particulièrement réussi avec des lieux et des bâtiments réalistes et convaincants. Les effets météo apportent beaucoup à l’ambiance, les arbres bougent sous le vent tandis que la lumière passe à travers la végétation de manière assez crédible. À condition qu’on ne s’approche pas trop, le jeu est plutôt joli pour un projet de cet envergure et offre la meilleure reproduction de la Zone jamais vue dans un jeu vidéo.

L’atome de toutes les peurs

Néanmoins, Chernobylite est en phase d’accès anticipé assez précoce et il est impossible de ne pas s’en rendre compte. Déjà, l’optimisation n’est pas au niveau : ça rame régulièrement, notamment lorsque les conditions climatiques s’énervent. De manière générale, si le tout début du jeu tourne plutôt bien, on se retrouve face à d’énormes chutes de framerate dès qu’on commence à avancer dans l’aventure. On aperçoit parfois des décors apparaître devant nous à quelques mètres de distance, tandis que les animations rigides des autres personnages semblent sortir d’un autre âge. Le jeu est également constellé de bugs, des plus anodins – comme des ressources planant à deux mètres du sol – à certains beaucoup plus problématiques, allant jusqu’à rendre impossible l’accomplissement d’un objectif scénarisé majeur. Même les sous-titres (qui ont le mérite d’exister en français) ont souvent des ratés, se chevauchant ou n’affichant pas le bon nom d’interlocuteur, tandis que les voix et sons disparaissent parfois dans le néant sans qu’on sache trop pourquoi. J’insiste vraiment sur ce point : à l’heure actuelle, Chernobylite peut très vite devenir un chemin de croix.

Au-delà de l’aspect technique, plusieurs facettes de Chernobylite restent en chantier. Par exemple, la phase de construction est pour le moment dénuée de profondeur et la plupart des objets fabriqués ne fonctionnent pas, comme ces armoires ne permettant pas de stocker quoi que ce soit ou ces jardins ne pouvant être cultivés. L’intérêt de fabriquer un QG confortable en y ajoutant des canapés, des télés et de la décoration pour son équipe n’est pas vraiment clair : je ne suis même pas sûr qu’il y ait un véritable impact sur le gameplay pour le moment. L’interface, regroupant inventaire, map et fiches de personnages, est particulièrement ratée et peu intuitive. Plus grave encore, les combats sont eux aussi à côté de la plaque, la faute à l’intelligence artificielle des ennemis complètement à la ramasse et à un gunfeel aux abonnés absents. Des affrontements peu plaisants et qu’on expédiera finalement en exploitant au mieux l’absence de matière grise des adversaires. Tout ce qui touche à la survie est aussi bizarrement équilibré : si les premiers jours peuvent s’avérer compliqués au niveau des ressources, on obtient très vite des quantités astronomiques de munitions et de matériel en tout genre. Dès lors, on ne se pose plus la moindre question et on se contente d’avancer dans le scénario en oubliant complètement l’aspect survival du jeu.

Si il est impossible de passer à côté de ses défauts, il ne faut pas oublier que Chernobylite est en plein Early Access et qu’il y restera pendant encore environ un an, les développeurs annonçant une durée d’accès anticipé allant de 10 à 14 mois. Il y a donc encore du temps pour polir le jeu, corriger ses imperfections et en faire une véritable réussite. Pour le moment, il s’agit d’un jeu original, ambitieux et au potentiel fort mais encore trop brut pour qu’on puisse vraiment prendre un grand plaisir à y jouer. On vous conseille donc d’attendre avant de craquer pour lui et, avec un peu de chance, vous pourrez faire le tour de la Zone et profiter de son ambiance si particulière dans de bonnes conditions d’ici fin 2020. En attendant, vous pouvez découvrir ci-dessous treize minutes de gameplay, avec son lot de bugs et de chutes de framerate, enregistrées sur une partie assez avancée :

Chernobylite est disponible en accès anticipé sur Steam pour 25€ soit le prix d’une réplique de masque à gaz soviétique.
Preview effectuée sur une version commerciale du jeu.

10 Commentaires


  1. En tout cas, ça a l’air plutôt beau et réaliste, point de vue environnement; merci pour la vidéo.

  2. Tu ne parles pas du tout du gameplay. Qu’en est-il des phases de shoot ? On peut tenter de infiltration ou ce n’est pas la peine d’essayer ?

  3. Shep Je parle bien du gameplay, je précise même qu’il vaut mieux faire preuve de discrétion pour éliminer les ennemis que de les attaquer de front. Pour le moment, ça reste basique : il s’agit de repérer les lieux et la ronde des gardes puis de se faufiler derrière les adversaires lorsqu’ils sont isolés pour leur péter la nuque.

    Quant aux phases de shoot :
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  4. Je retiens surtout l’ambiance qui m’a l’air bien sympa et le voice acting qui est vraiment génial dans la langue de Tolstoï

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    My bad, quand j’ai lu ton article, j’ai du rater ce passage… Quel con.

    Ok, du coup, pour moi ça n’a pas l’air terrible du tout… Dommage ça fait longtemps qu’on a pas eu un bon jeu dans la Zone.

  6. Il reste encore pas mal de trucs négatifs quand même. L’IA à l’air assez naze, et la map semble petite (du moins celle montrée dans la vidéo).

    Vraiment dommage que ce ne soit pas un open world d’ailleurs, parce que graphiquement c’est plutôt sympathique. Les éclairages et le fait que les environnements soit scannés donnent un certain cachet à l’ensemble, et je ne cracherais pas sur un ersatz de S.T.A.L.K.E.R. en attendant le 2.

    Par contre faut espérer qu’on puisse désactiver les aides et autres sons intrusifs (comme le scan du compteur Geiger), rien de tel pour péter l’immersion et renforcer encore ce coté linéaire qui semble trop prononcé. Sinon les passages dans l’espèce de dimension verte là, ça ne me donne pas du tout envie (ça me rappelle les rêves dans Max Payne 1 je crois, bref ça fait très remplissage).

    Malgré tout je garde quand même un œil dessus pour plus tard, en espérant avoir une bonne surprise à l’arrivée.

  7. Haha le mec en combi – masque à gaz qui fait du squat, l’immersion est totale.

    J’aime beaucoup l’idée d’avoir des compagnons à envoyer en mission pendant qu’on fait notre taf, à la This War of Mine.

  8. L’ambiance semble vraiment top. Par contre les combats moins et le système pour trouver les objets bof.

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