Vous aimez Lovecraft ? Lovecraft c’est la base. Faire un jeu d’horreur et ne pas s’être inspiré de Lovecraft c’est vraiment n’avoir rien compris. Nous par exemple, chez Rock Pocket Games, on vous propose un jeu d’horreur sur mars édité par Funcom, avec du Lovecraft dedans. C’est ça l’ingrédient secret qui fait que c’est génial ! Ça fait peur parce que c’est SUBTIL, c’est l’essence même de l’œuvre de Lovecraft. On vous a parlé de notre amour pour Lovecraft ?

Mais puisqu’on vous dit que c’est Lovecraft !

Dans Moons of Madness, vous êtes Shane, un ingénieur chargé de la maintenance d’une station martienne installée là pour enquêter sur un signal non humain. Pour joindre l’utile à l’agréable, la compagnie Oroshi a également exporté là-bas ses activités les plus en manque de liberté. De plus, ils ont choisi l’équipe la plus talentueuse, mais également la plus névropathe possible. Très rapidement, d’étranges évènements vont venir faire de cette expédition martienne une plongée dans la folie…

Malheureusement, les ficelles lovecraftiennes, qui auraient pu sauver un scénario cousu de fil blanc sont utilisées avec une épouvantable grossièreté. On ne trouve rien de l’angoisse latente, de l’inconnu chimérique qui écrase l’esprit, de la folie qui abjure le réel pour y superposer la vision d’une vérité au-delà de l’humain. Moons of Madness utilise Lovecraft comme un outil borné. Il y pioche tel et tel concept et les transpose de manière brute à des instants précis, faisant fi de toute subtilité. Au final, les moments les plus réussis sont ceux où il ne se passe rien. Pour vous dire : je suis une véritable flipette, je marche à fond dans les scénarios d’angoisse, aussi nuls soient-ils. Je suis un client rêvé pour ce genre de titre. Pourtant je n’ai pas eu peur une seule fois. Pas une minute de sentiment d’étrangeté, pas un instant de questionnement ou d’incrédulité. J’ai traversé Moons of Madness comme un mauvais rêve, mais pas ceux qui font peur : ceux qui ennuient.

Un jeu découpé en deux.

Les passages sur mars sont parfois amusants, notamment pendant la première moitié du jeu durant laquelle Moons of Madness fanfaronne. C’est la foire aux screenshots et aux panoramas. C’est joli et ça pose bien l’ambiance d’expédition semi officielle sur une terra incognita. La planète rouge et les fragments de bases isolés les uns des autres sont un terrain de jeu vraiment chouette pour résoudre les énigmes de niveau CE1 qu’on nous proposera. Cela permet aussi de créer, parfois, un sentiment d’isolation et de claustrophobie qui donne lieu aux quelques moments de fulgurance du jeu, néanmoins gâchés par les apparitions et les illusions mal mises en scènes. On ne se sent jamais en danger ou en proie à des événements qui nous dépassent, ce qui est pourtant le principe d’un scénario d’horreur fantastique. L’univers des rêves, dans lesquels Shane est régulièrement plongé pour affronter ses cauchemars, est une sacré purge : ambiance plate, horreur à zéro, design faiblement inspiré. Quoi qu’il en soit, que ce soit sur Mars ou dans les mondes oniriques, il n’y a aucune place pour le mystère : tout est expliqué, tout est évident, tout est vu et revu.

Je ne suis pas le Grand Ancien que vous croyez.

Moons of Madness ne peut pas nier son pédigrée de walking sim. On passe son temps à marcher/courir sur le rail de l’histoire, en interagissant avec quelques objets, pour débloquer le couloir suivant. Le protagoniste est une véritable enclume et les déplacements sont horribles de lenteur. Il y a quelques phases de courses-poursuites scénarisées, dans lesquelles des créatures apparemment codées pour rester totalement immobiles en dehors des QTE (qui ne solliciteront que votre clic droit, rassurez-vous…), tentent de nous faire peur. On passe également beaucoup de temps à lire et écouter les dialogues nébuleux qui cherchent à singer l’incompréhensible pour nous plonger dans l’univers des grands anciens. On sent que le jeu est pétri de bonnes intentions et veut nous proposer plus qu’une simple promenade, mais les mécaniques qu’il utilise sont maladroitement insérées et ne sont finalement rien de plus que des gimmicks au milieu d’un grand tour de manège. Dommage.

Shub Niggurath, éjaculateur précoce

Bien que visuellement beau, Moons of Madness en montre trop, trop vite, trop fort. Il ne nous laisse jamais le moindre doute sur le fait que Shane n’est pas réellement en danger, et puise dans le mythe de Lovecraft avec la délicatesse d’une pelleteuse à godets. Malgré des instants intéressants, qui restent trop ponctuels, Moons of Madness est surtout sauvé par sa courte durée (dix heures max), ce qui permet de le finir rapidement avant que la moutarde de la frustration ne nous monte trop au nez.

Vous pouvez trouver Moons of Madness sur Steam, actuellement à -20% soit 19.99€

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