Vous l’avez lu un peu partout : lors d’un procès contre Steam, l’association de consommateurs UFC – Que Choisir a fait reconnaître le droit de revendre ses jeux dématérialisés par le Tribunal de Grande Instance de Paris. Steam n’autorisant en aucun cas la revente de jeux, Que Choisir considérait que la différence de traitement entre contenu numérique et physique n’avait pas lieu d’être et avait donc assigné l’entreprise américaine en justice en 2015. Quatre ans plus tard, le jugement indique que Valve « ne peut plus s’opposer à la revente de cette copie (ou exemplaire) même si l’achat initial est réalisé par voie de téléchargement (…) ». Autrement dit, Valve va devoir autoriser la revente de jeux sur Steam.

L’association avait en outre relevé de nombreuses clauses de l’Accord de souscription Steam qu’elle estimait illégales et le juge a donné raison à Que Choisir pour quatorze d’entre elles. Par exemple, le fait que Valve conserve les fonds du porte-monnaie Steam après que l’utilisateur quitte la plateforme ou que l’entreprise se dédouane complètement en cas de dommage occasionné par l’utilisation de contenu en version Bêta. D’après la décision du tribunal, Valve aurait donc trois mois pour se mettre au pas.

Alors tout est bien qui finit bien, les consommateurs ont gagné et vous pourrez dès demain revendre l’intégralité des 700 titres qui composent votre bibliothèque et que vous n’avez, en grande partie, jamais touchés… ? Pas vraiment, non. Il faut en réalité apporter plusieurs précisions et nuances à cette annonce :

Premièrement, Valve a fait appel de la décision du tribunal. Cela signifie que la décision du premier juge n’aura aucun effet jusqu’à ce qu’un second jugement soit rendu. Le siège social de Valve étant situé aux Etats-Unis, le délai sera d’autant plus long. Donc, quoi qu’il en soit, pour le moment la situation ne changera pas et vous n’êtes pas prêts de pouvoir vous débarrasser de tous ces jeux inutiles qui encombrent votre compte Steam.

Deuxièmement, la décision rendue par le Tribunal de Grande Instance, si elle est respectée, n’impactera pas uniquement le consommateur. Valve, d’une part, devra effectivement repenser sa plateforme pour intégrer un système de revente et là, nous sommes dans le flou total. Contrairement aux jeux sur supports physiques, les éditions numériques ne voient pas leur état se dégrader avec le temps : qu’il s’agisse d’un jeu acheté hier ou il y a six mois, il reste sensiblement le même et fonctionnera de la même façon. Il n’y a dès lors aucun intérêt à acheter un jeu dématérialisé neuf alors que l’exacte copie de ce titre est disponible “d’occasion” moins chère. C’est donc tout le business model de Steam qui s’écroulerait, ce qui obligerait le commerçant à trouver un moyen d’y trouver son compte. En l’absence de précision du tribunal, on peut, par exemple, se demander ce qui empêcherait Valve de mettre en place un système de revente uniquement via le porte-monnaie Steam – l’argent réel arriverait donc tout de même dans la poche de Valve – ou encore une taxe Steam s’élevant à 99% du prix du jeu d’occasion, ce qui rendrait inintéressant le fait de revendre un titre.

D’autre part, si les Game As A Service et autres jeux multijoueurs, conçus pour accrocher les joueurs et leur vendre des objets in-game via des micro-transactions ne seront pas trop atteints, on peut supposer que les jeux solos et ceux créés par les développeurs indépendants pâtiront d’un système de revente d’occasion. Ce type de jeux ayant généralement une durée de vie limitée, rien n’empêchera de faire transiter une seule clé à travers 50 propriétaires différents, chacun terminant l’aventure avant de revendre le jeu au suivant, le tout sans que l’éditeur/développeur ne touche le moindre centime sur les transactions… Le manque à gagner serait énorme et, d’ores et déjà, on peut voir des développeurs indé se plaindre de la décision du tribunal :

Alors quelles conclusions tirer de cette affaire ? Pour être honnête, pour l’instant on ne sait pas trop. La décision actuelle du tribunal pourrait très bien être rendue caduque par le jugement en appel, tandis qu’on a aucune idée de ce que pourrait proposer Steam comme système pour faire appliquer la loi. Quant aux développeurs et éditeurs, il est bien entendu impossible de savoir les conséquences qu’aurait une ouverture à la revente de jeux démat’. Enfin, notons que si Steam est effectivement condamné, la jurisprudence voudrait que tous les stores soient concernés : Epic Games Store, Uplay, Gog, Playstation Store, Microsoft Store mais aussi Google Play et App store, entre autres…

48 Commentaires


  1. Je ne comprends pas les gens qui font une différence entre les copies physique et les copies digitales..
    Aujourd’hui un JV en version boite c’est un CD pour éviter le téléchargement et un code d’activation (sur steam/origin/uplay etc..) à usage unique, non ? C’est devenu extrêmement rare les jeux qui peuvent fonctionner uniquement à partir du CD…
    Donc le marché de l’occasion dans le JV est quasiment inexistant aujourd’hui..

    Une solution ça pourrait être de faire une différence entre jeu d’occasion et jeu de première main lors des mises à jour.
    Par exemple, mr. X achète un jeu dans la boutique Steam, code neuf jamais utilisé. Il a accès aux mises à jours dès qu’elles sortent.
    Mr. Y achète le jeu sur steam également, de première main (code neuf). Il a accès aux mises à jour, et il joue jusqu’à la version 1.54. S’il veut vendre son jeu sur steam, l’acheteur aura accès à la version 1.54 et devra payer pour faire les mises à jour. Dans un jeu en ligne ça serait rentable (à cause de l’incompatibilité entre les versions) et pour un jeu solo ça obligerait les devs à mettre du contenu qui donnerait suffisamment envie à l’acheteur pour passer à la caisse. Ou alors à mettre des bugs pour forcer l’achat des maj 🙁
    Si on fixe une valeur arbitraire au prix des Maj (disons 5€ pour avoir le droit de faire les maj) ça permettrait de rendre moins rentable le process “achater-jouer-vendre une fois fini” car on ne rentrerait pas dans ses frais (il faudra enlever 5€ au prix de vente du neuf et à nouveau baisser les prix pour concurrencer les autres occasions).

    Sinon (et c’est le plus probable), on va avoir le droit à un marché entièrement composé de location de jeu au niveau uplay et ea. Ces éditeurs peuvent le faire car ils possèdent les jeux sur leur plateforme.
    Sur steam c’est plus compliqué car valve ne possède que très peu de licence parmis les jeux qu’ils proposent dans leur magasin. Donc je pense que pour revendre un jeu sur steam il y aura une taxe de “droit de vente” abusive, ce qui permettra à steam et surtout à l’éditeur de s’y retrouver financièrement.

  2. Si la revente se fait uniquement avec un montant limité sur les portefeuilles steam, en plus d’une taxe de revente pour les dev/éditeur/steam et que cet argent reste uniquement pour l’achat de jeux neufs, c’est de l’argent potentiellement réinjecté dans le catalogue steam, du coup win win pour les pauvres et les dev, un peu comme les reventes de cartes et autres chapeaux steam (qui m’ont permis de m’acheter des jeux). Depuis le temps, je comprend toujours pas pourquoi steam n’a toujours pas proposé ça. Après, il est possible qu’un article de loi m’échappe sur le sujet.

  3. Tu as manqué la partie de l’article où l’argent du portefeuille Steam doit pouvoir être récupéré en argent réel 🙂

  4. >

    Clairement pas, c’est ce vers quoi se dirige le média. Et ça va allé de plus en plus vite.
    La partie physique du média pourrait alors devenir un objet de collection, affiché fièrement à côté d’un mur de vinyles (encore que, j’ai l’impression que le vinyle est revenu à la mode … mais c’est peut être un biais -ask DrLoser- ).
    Se pose par contre effectivement la question de la conservation du média d’un point de vue purement “conservation de bien/média”. Mais certains organisent travaillent dessus depuis un moment).

    >

    Le problème n’étant pas de savoir si il rapporte ou non, mais de savoir à qui il rapportera.

  5. J’ai l’impression que le vinyl est revenu à la mode au même moment où le CD est devenu obsolète. Le Vinyl a été remplacé par les cassettes. Les cassettes par des CD. Les CD par le digital. Il n’y avait plus d’objet… Or, certaines personnes aiment les objets. Comme le digital explosait les autres supports d’un point de vue technique et audio, seule la beauté de l’objet comptait, donc on a choisi le vinyl.

  6. Wow, perso je trouve l’idée plutôt idiote. Si tu peux acheter un jeu et le revendre ensuite quasiment au même prix (je vois pas pourquoi un jeu démat d’occasion serait beaucoup moins cher qu’un jeu démat neuf), alors ça veut simplement dire que tu peux jouer à n’importe quel jeu quasiment gratuitement, il y aurait certainement des taxes à la revente, donc un récupère pas tout l’argent, mais voilà, ça reviendrais plus ou moins comme si tous les jeux étaient en permanence à -80% (si la taxe = 20% du prix au pif). Mais ça, ce serait dans le cas où les promo steam n’existaient pas. En réalité il y a plein de périodes où on peut acheter des jeux pas cher, ce qui ferait complètement chuter les prix des jeux d’occasion. Donc imaginons un jeu neuf à 40$, mais pendant les promo il est à 10$, donc sur le marché de l’occase, hors promo il serait autour des 10$ aussi (avec le prix qui monte doucement jusqu’à la prochaine promo).
    Donc bon, déjà qui vas acheter un jeu à 40$ quand il est à 10$ sur le market ? Personne à part les ignorants. Mais ensuite voilà, t’as fini de jouer à ton jeu à 10$, alors tu décide de le revendre, tu touches 8$ et tu donne 2$ en taxes. Résultat, tu n’as payé que 2$ pour ton jeu au lieu des 40$, mais le problème c’est que ce seraient pas juste quelques rares futés qui ferai ça parce qu’ils connaissent des combines obscures, c’est tout le monde ! En plus, sur les transaction du marché steam, la moitié de la taxe revient à valve, ça ne ferait que 1$ pour les devs !
    D’un autre côté, on peut se dire que jouer pour si peu cher pourrait faire s’intéresser plein de gens qui n’aurait pas acheter à 40$ ou 10$, mais ça m’étonnerais que ça suffise.
    Alors certes, il faut bien que des copies neuves soit initialement vendues, mais même dès la sortie du jeu il y aurait déjà des jeux d’occase sur le marché pour quelque centimes de moins.
    Bref, j’ai écrit un pavé inutile que personne ne vas lire, mais si ce que je pense est correct, un tel système n’es juste pas possible ! Valve vas juste être obligé de jouer sur les mots et de trouver une solution alternative pour calmer ces plaignants.

  7. >

    J’ajouterais qu’autour de moi la plupart des personnes qui ont des vyniles c’est pour faire du scratch à la base, ce que les autres supports ne proposaient pas (s’amuser de façon analogique avec le médium)

  8. >

    Moi je suis resté au CD pour des questions de place et de matos !
    Mais sinon, je pense que tu as raison en effet.
    C’est d’autant plus valable dans les styles réputés “pour passionnés”, comme le Metal pour citer celui que je connais.

  9. Ma blague était peut-être un peu trop tirée par les cheveux :

    a) Vinyl = son pas terrible
    b) Vinyl = objet réservé aux passionnés (de métal ou autre…)
    c) Lieu commun : “la passion rend aveugle”

    a & b & c => blague : “elle rend aussi sourd”

  10. Ah mais y’aura pas mal de spécialiste du son qui te soutiendront que le vinyl a un meilleur son que tout autre support !
    C’est pour ça que je comprenais pas !

  11. Tiens, pour revenir au sujet, je pense que le doc a raison : c’est très mauvais comme loi…

    Par contre, je me souviens quand le démat est apparu, on se disait “ah super, pas de boîte, pas de stockage, les prix vont baisser !!” et en fait, aujourd’hui nous voilà dans la situation ubuesque où un jeu démat est plus cher qu’un jeu physique !!

    Du coup, c’est le retour de bâton là, à force de nous prendre pour des cons, faut pas s’étonner qu’une asso de consommateur monte au créneau.
    Si à la base un jeu démat était 50% moins cher qu’un jeu physique, on pourrait facilement expliquer qu’on ne puisse pas le revendre d’occasion, comme un jeu en boîte, chaque support ayant avantage et inconvénient.

  12. Mouais… Je crois me souvenir qu’à l’époque des jeux en boîte, ils étaient tout de même plus chers. Tu pouvaient pas choper un AAA à 45€ le jour de sa sortie, et 15€ six mois plus tard. Ne pas oublier de prendre en compte l’inflation également.

    J’ai souvenir d’un graph montrant l’évolution du prix moyen d’un JV sur 1-2 décennies : ça chutait bien. Regarde ta wishlist sur Steam et fais la moyenne des prix. Je ne serais pas étonné que tu sois entre 10 et 20€.

  13. Steam a commencé à évoluer dans le bon sens oui.

    En revanche (et même si du coup, c’est pas exactement leur problème pour le moment) si tu prends les jeux Switch, à la date de la sortie, c’est moins cher en physique qu’en démat très fréquemment, et en tout cas JAMAIS moins cher en démat… Je trouve ça affligeant perso…

  14. >

    Je suis pas convaincu par les versions numériques qui explosent d’un point de vue technique et audio le support physique. D’un côté c’est le son compressé et pas de l’autre, on n’a pas vraiment de contrôle sur le format de fichier audio qui va nous être fournit, voir même peut-être des formats propriétaires ou des blocages d’accès liés à un logiciel/une compagnie spécifique ?
    Personnellement j’en suis resté au CD et je fais les rip moi-même en FLAC pour toutes les musiques que j’écoute. Les vynils jamais touché, déjà parce que c’est cher (c’est probablement lié ai fait que c’est “revenu à la mode” là où avant c’était simplement le seul média existant) et parce qu’il me faudrait un équipement dédié pour. Alors que mon lecteur de blu-ray me sert aussi pour mes CDs du coup.

    Ps : Oui c’est assez fou, acheter le CD pour faire le rip soit-même et conserver le CD de côté (ça fera un backup physique xD)
    PS² : Mais c’est pas le sujet !!!!!

  15. >

    Dans ta logique le problème c’est que tu penses (où les gens qui pensent comme ça) que la moitié du prix du jeu c’était le coût physique du CD/DVD, de sa boite, de sa jaquette. Sauf que non, c’est sa création de A à Z, les coûts à amortir.
    Certains jeux coûtent plus cher mais bénéficie d’ajout de contenu au fil du temps (de là à juger la valeur de ce continue, je ne me prononcerais pas). Je parle des éditions ultimate qui sont dans les 90/100€, on te vend le jeu et son extension en quelques sortes. Après il y a le cas des versions collectors, ça a toujours existé et ça n’a pas de lien avec le prix de base du jeu.

    Le prix de base d’un jeu varie de 45€ à 60€ généralement (?), je n’ai pas l’impression que ça ai excessivement augmenté par rapport à avant. Pour moi ça a plutôt stagné plus ou moins.
    Il faudrait probablement tenir compte de l’inflation, mais quand on était encore au franc les jeux neufs dans les prix les plus bas de mémoire c’était dans les 300Fr, parfois un peu au-dessus, parfois un peu en dessous. En faisant la transformation en euro (et tenant compte de l’inflation ?) je pense qu’on est toujours dans un niveau proche.

  16. >

    Non, j’ai jamais dit ça.

    Je dis juste que ça me paraît logique qu’un truc avec une boîte, du stockage, des loyers et des vendeurs à payer soit plus cher qu’un truc dématérialisé.

    J’ai jamais parlé de 50% du prix.

    Je vois pas où mon raisonnement est faux.

    Alors du coup, expliquez-moi pourquoi on trouve (certes, pas sur PC de nos jours) des jeux dématérialisés PLUS CHER que des jeux physiques.

    C’est pas un troll, je me demande vraiment hein.

  17. J’avais déjà lu cet article, excellent au demeurant.

    J’avoue que là, on touche effectivement au subjectif : personnellement, je ne trouve pas que le démat soit plus pratique… Du coup, j’ai du mal à comprendre le prix plus élevé.
    Mais bon, je peux comprendre que la majorité des gens pensent l’inverse. Bon, on en reparlera quand une grande plateforme fera faillite et que tous leurs jeux seront perdus, mais pour le moment, je les comprends.

    Merci pour l’explication du coup !

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