Après Max Payne empruntant aux thrillers hardboiled et aux films d’action hong-kongais, Alan Wake basé sur les films d’horreur et les œuvres de Stephen King et Quantum Break qui prenait la forme d’un jeu/série TV, le studio Remedy est toujours aussi inspiré par le Septième Art. Son dernier jeu, Control, est un étrange mélange des travaux visuels de David Lynch et du scénario de X-files, le tout emballé dans un Third Person Shooter servant de vitrine technologique à Nvidia. Un projet étonnant qui, malheureusement, n’arrive pas vraiment à convaincre.

Twin Freaks

Si certains jeux se contentent d’une histoire-prétexte, ce n’est pas le cas de Control, qui est un jeu très bavard et majoritairement focalisé sur son scénario alambiqué. Dans sa quête pour retrouver son frère disparu dix-sept ans auparavant, Jesse Alden s’infiltre dans le Federal Bureau of Control, une agence gouvernementale surveillant et gérant les activités paranormales. Une fois sur place, elle découvre qu’une entité maléfique s’est emparée des lieux et possède les employés de l’agence. Suite à un imbroglio scénaristique, Jesse est désignée directrice du FBC par un comité extra-dimensionnel et doit alors résoudre cette situation de crise en utilisant un pistolet magique. Vous trouvez ça farfelu ? Attendez de savoir que le bâtiment dans lequel se trouve le FBC, nommé l’Ancienne Maison, peut se transformer selon sa propre volonté et qu’une autre émanation insaisissable accompagne notre héroïne dans son aventure, lui donnant conseils et pouvoirs. Et je ne vous parle pas du concierge finlandais doté de capacité surnaturelles comme lire dans les pensées, se téléporter spirituellement dans un fjord ou parler avec un accent que ne renierait pas Michel Leeb.

Soyons honnête : même si elle part dans tous les sens et aborde de nombreux thèmes, l’histoire est en réalité moins confuse qu’elle n’y parait. Elle n’est toutefois pas très intéressante et n’évolue pas vraiment pendant l’aventure, y compris lors du pseudo-twist de la séquence finale qui ne surprendra personne. Pas de quoi rester en haleine la dizaine d’heure que dure Control, d’autant plus que les dialogues sont eux aussi peu convaincants. La faute revient d’abord à l’horrible VF (nous vous conseillons de mettre directement le jeu en VO sous-titrée) et à l’absence de synchronisation labiale qui créent une sorte de malaise. Mais les écrivains de Remedy sont aussi responsables : les interlocuteurs passent leur temps à garder pour eux des informations essentielles pour faire planer le mystère et l’héroïne ne peut pas s’empêcher de couper chaque discussion avec ses propres réflexions en voix-off. Devoir préciser les pensées et les ressentis du personnage principal lors d’un dialogue est presque un aveu d’échec dans l’écriture de la part des développeurs et devient vite un gimmick agaçant pour le joueur.

Control regagne un peu d’intérêt scénaristique dans les nombreuses archives que l’héroïne peut ramasser lors de ses pérégrinations. Lieu de recherche sur le paranormal, le Bureau recèle en effet de dossiers, de fichiers audio et vidéo décrivant les opérations de ses agents. Inspirées par les récits de la Fondation SCP (un projet communautaire recueillant des histoires fantastiques écrites par des amateurs), les publications contiennent de nombreux témoignages d’objets et de situations étranges, à la fois tragiques et amusantes. Par ailleurs, il est possible de tomber sur des épisodes d’une série mettant en scène des marionnettes : ces vidéos possèdent une ambiance horrifique et malsaine assumée et sont assez plaisantes à regarder pour les amateurs du genre.

Elephant Man in the room

On ne va pas tourner autour du pot, Control est visuellement superbe. Malgré le motion blur omniprésent et impossible à désactiver, le jeu déborde d’effets magnifiques qui rendent honneur aux PC qui coûtent un rein : ombres et lumières dynamiques, effets de particules dans tous les sens, reflets sur de nombreuses surfaces, incrustation d’éléments vidéo en surimpression… Les modèles de personnages sont eux aussi très réussis, même si leurs animations semblent parfois risibles. Les décors recèlent de détails et d’objets qui s’envolent à la moindre utilisation de pouvoir, tandis que des morceaux de murs et de placo s’éparpillent lors des combats. Le moteur de destruction est d’ailleurs efficace et voir la zone de combat en ruine après un affrontement est très satisfaisant.

Malheureusement, la direction artistique n’est pas des plus fascinantes. Si le jeu offre tout de même régulièrement des plans somptueux superbement travaillés et mis en scène ainsi que des trouvailles visuelles perchées inspirées par David Lynch, on passera la plupart de son temps à traverser des couloirs gris, tristes et mornes. Entouré par du béton ciré, des tuyaux ou des bureaux vides de vie, l’ennui pointe le bout de son nez quand on nous demande de traverser telle ou telle zone grisâtre pour la troisième ou quatrième fois. On comprend bien la décision de créer une certaine dichotomie en insérant des éléments visuels surnaturels dans un lieu représentant la monotonie mais ça n’efface pas ce sentiment de lassitude lorsque l’on tombe à nouveau sur un couloir de maintenance. Notez que l’aspect “changement perpétuel et volonté propre” de l’Ancienne Maison n’est exploité que lors de scènes scriptées spécifiques, là où les développeurs auraient pu l’utiliser pour briser la platitude des décors.

Control étant offert en bundle avec les cartes RTX, c’est l’occasion parfaite pour tester cette fameuse technologie. Qu’on soit clair : avec ma 2060, difficile d’avoir un framerate dépassant les 45 FPS même en mettant les options RTX au minimum et les réglages classiques en moyen en 1920*1080. Il faudra alors passer en 720p et jouer avec le DLSS et le filtre Sharpening disponible dans l’overlay Nvidia afin d’atteindre les 60 FPS, ce qui permet d’activer les options RTX en élevé. Toutefois, de grosses baisses de framerate occasionnelles sont à prévoir. Sans surprise, les effets RTX sont donc très gourmands, mais ils sont ici parfaitement intégrés au jeu, notamment au niveau des réflexions et de la diffusion de la lumière. Pour voir ce que ça apporte, voici un screenshot avec les effets RTX en élevé et le même screenshot sans RTX. L’impact sur les performances est fâcheux mais l’atmosphère globale du jeu en est sublimée.

Eraserheadshot

Si Control ne manque pas d’ambitions scénaristiques et techniques, son gameplay est, lui, beaucoup plus sage. Il s’agit d’un TPS relativement classique, à quelques points près : ici pas de système de couverture automatique et notre héroïne utilisera alternativement armes à feu et pouvoirs surnaturels, lui permettant par exemple de projeter des éléments de décors sur les ennemis. De prime abord, les combats semblent plutôt dynamiques grâce aux effets visuels explosant dans tous les sens au moindre échange de tirs. Mais dans les faits, c’est une autre paire de manches. Non seulement les ennemis ont beaucoup de points de vie, donnant l’impression que l’on utilise des pistolets à bouchon, mais la moindre tentative d’adopter une tactique agressive est sévèrement punie par les adversaires. On se retrouve donc le plus souvent caché derrière un élément de décors solide pour tirer sur les têtes qui dépassent.

L’arsenal n’est d’ailleurs pas très étoffé. Il n’y a que quatre armes à utiliser en complément de votre seul pouvoir offensif, la projection d’objet. Ce dernier est d’une efficacité incroyable et, si vous avez la moindre difficulté en jeu, je vous conseille de l’améliorer en priorité. Les autres pouvoirs vont avoir des vertus plutôt défensives, qu’il s’agisse du dash, de l’armure psychique ou de la possession. Il faudra attendre la fin du jeu pour finalement avoir un véritable sentiment de puissance et un potentiel de destruction décuplé, le reste de l’aventure proposant de fait des combats plan-plan pouvant devenir un fatiguant jeu du chat et de la souris face aux ennemis ayant le plus de points de vie.

Les développeurs aiment à dire que la structure de Control s’inspire des Metroidvania : Jesse pourra en effet retourner librement dans les zones de l’Ancienne Maison qu’elle a déjà visité afin d’accéder à de nouvelles pièces (enfin si elle arrive à s’y retrouver en utilisant l’horrible carte intégrée). En réalité, si le jeu vous demandera plusieurs fois de faire des allers-retours ennuyeux dans des endroits explorés précédemment, le déroulé de l’aventure se fait de façon assez dirigiste. Il y a toutefois de nombreuses missions secondaires ainsi que des objectifs temporaires sans intérêt vous permettant de débloquer des récompenses en matériaux de fabrication et en points d’amélioration. En effet, Control propose également un système de compétences à déverrouiller ainsi que du crafting complètement accessoire permettant d’optimiser les armes et autres modificateurs. Le tout est assez succinct et donne l’impression d’avoir été mis là pour cocher une case dans le cahier des charges.

Bref, même si ce n’est pas complètement horrible, l’aspect visuel impactant aidant à faire passer la pilule, Control ne propose rien dans son gameplay qui ne donne envie de se relever la nuit. Les affrontements s’enchaînent dans des environnements froids sans qu’on ait réellement besoin d’y mettre beaucoup de sien… Puis on repart dans les couloirs tristounets de l’Ancienne Maison, en espérant atteindre bientôt la prochaine cutscene ou une nouvelle trouvaille de mise en scène. La musique (par Martin Stig Andersen, déjà responsable des musiques de Wolfenstein Youngblood) joue aussi dans le manque d’intérêt des affrontements et des phases de déplacement : celle-ci est purement minimaliste, composée uniquement de percussions et de quelques notes de synthé. Cependant, vers la fin du jeu, Control offre un vrai et court moment de gloire, mais je n’en dirais pas plus pour ne pas gâcher la surprise.

 

Sous contrôle

S’il ne cache pas ses ambitions de croiser cinématographie et jeu vidéo, Control n’est au final qu’un titre moyen et un peu prétentieux dans un écrin magnifique. Sa proposition ne suffira pas aux joueurs demandeurs de gameplay pointu et d’histoire poignante, mais pourrait éventuellement convenir à ceux qui veulent seulement faire fondre leur PC ainsi qu’aux fans d’aventures paranormales à la X-Files… à condition qu’ils le prennent pour ce qu’il est : une vitrine technologique avec quelques idées sympathiques.

Control est disponible en exclusivité sur EGS pour le prix de 59,99€, soit un peu moins que le coffret DVD David Lynch.

Test effectué sur la version commerciale du jeu.

7 Commentaires


  1. Ça ne donne pas envie. Même les screenshots donnent une impression de vide sur les environnements.

  2. Je suis plus sur la fin que le début, perso je me régale, le gameplay est typique de Remedy, super facile et rapide, les clins d’œils à leurs anciennes productions sont aussi de la partie.
    J’ai pas le RTX donc ranafout’
    Le scénario est correct, assez prenant finalement, surtout au début ou j’avais juste envie d’avoir des réponses.

    Faudra qu’on m’explique ce que ça a de prétentieux, Nofrag qui fait du télérama/inrock c’est rigolo.

  3. Ptain mais qu’est ce que vous etes blasé les gars de Nofrag… changez de hobby peut etre?

    Pour les gens un peu moins déprimés franchement le jeu est sympa et tres beau. L’univers est pas mal construit, on peut facilement passer du bon temps et rentrer dans l’histoire.

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