Sorti en accès anticipé le 15 mars dernier, Project Downfall est un FPS indépendant assez hardcore, à la fois rétro, halluciné et nerveux, fortement inspiré par Hotline Miami. Tirer son inspiration d’un titre culte n’est toutefois pas un gage de qualité, aussi nous vous proposons de découvrir ce que le FPS polonais a vraiment dans le ventre.

Cyberpunk 1994

Project Downfall se déroule dans un univers cyberpunk cradingue, rempli d’enseignes aux néons clignotants, parsemé de ruelles sombres occupées par des loubards mi-clodos mi-gangsters et surveillé par des policiers patibulaires au regard vide — une version à peine futuriste de Béziers, donc. Le jeu vous met dans la peau d’un type anonyme travaillant de jour dans un job plan-plan et passant ses nuits entre deux hallucinations sensorielles, à défoncer le crâne de vauriens du futur dans des boîtes de nuit pourries ou des HLM sordides. L’identité visuelle du jeu est très particulière : ses graphismes rétro mélangeant sprites en 2D, couleurs criardes et effets visuels modernes donnent l’impression d’être en plein trip sous acide. L’ambiance sonore, à base de musiques électro et de sons saturés et déformés, n’est pas en reste. On ne va pas se le cacher, tout ces éléments rappellent, voire hurlent, le nom de Hotline Miami. Et ce jusque dans les polices d’écriture utilisées… 

Mais la ressemblance ne s’arrête pas là. Project Downfall s’inspire du titre phare de la scène indé, même dans son gameplay. Le concept est identique, mais en FPS cette fois-ci : vous débarquez sur une map de taille réduite et vous devez tuer tout ce qui bouge afin de pouvoir passer au tableau suivant. Les ennemis ont une IA très limitée mais visent plutôt bien et font assez mal, suffisamment pour que vous mourriez en quelques coups. Heureusement, Project Downfall reprend aussi la mécanique Die & Retry de Hotline Miami, et une pression sur la touche entrée après un décès vous permettra de reprendre immédiatement au début du tableau. On retrouve aussi un système d’équipement similaire : si vous récupérez quelques armes dès le début du niveau, ces dernières n’ont pas forcément beaucoup de munitions, vous obligeant à ramasser celles de vos adversaires en pleine action. À la manière d’un puzzle-game, il faudra donc recommencer certains niveaux afin de connaître par cœur l’emplacement des armes et des ennemis, avant d’enchaîner les homicides dans un ballet meurtrier. Pour vous aider, vous avez également accès à des pilules de médicaments aux effets variés, comme ralentir le temps ou vous donner une force surhumaine. Sur le papier, le jeu est donc à la fois un hommage à un titre culte et une proposition de FPS hardcore dans un univers singulier.

Chute libre

Il y a un ennemi dans cette image, sauras-tu le retrouver ?

Malheureusement, aussi intéressants que soient son concept et sa réalisation, Project Downfall peine pour l’instant à convaincre totalement. La faute à des combats souvent brouillons, à la limite de l’illisible, et rendus hasardeux par une IA complètement abrutie. Si les graphismes sont très réussis dans leur ensemble, la gestion de la lumière et du brouillard gêne la visibilité au point que certains ennemis sont tout à fait invisibles, que ce soit parce qu’ils se trouvent dans l’obscurité la plus totale ou, au contraire, dans une source lumineuse aveuglante. De leur côté, par contre, vous êtes tout à fait repérable. Les effets visuels omniprésents (tirs, ressentis des dégâts, indications de score, physique des cadavres, etc.) viennent également rajouter une couche d’incompréhension au chaos provoqué, par exemple, par l’arrivée d’une horde d’assaillants dont la moitié sont insaisissables, car cachés dans l’ombre. Dans un jeu où la lecture de son environnement et la vitesse d’exécution sont primordiales, c’est problématique.

L’IA décérébrée n’arrange pas les choses. Une fois repéré par vos ennemis, ceux-ci ne vous lâcheront plus et se contenteront de foncer vers vous tête baissée tant qu’ils ne vous auront pas directement en ligne de mire. À aucun moment ils n’essayeront de se mettre à couvert ou de vous contourner, se contentant d’être de vulgaires cibles mouvantes. Pire, le pathfinding prendra parfois des décisions hasardeuses impossibles à prévoir, comme se bloquer dans le pas d’une porte ou se mettre étrangement à glisser le long d’une barrière. En prime, il y a un côté aléatoire dans la trajectoire des balles et dans les affrontements au corps-à-corps : si certaines armes sont dotées d’une précision mortelle, d’autres se contenteront de tirer partout sauf là où vous visez. Ce qui ne serait pas gênant dans un autre type de jeu l’est dans un Die & Retry où la moindre surprise peut s’avérer fatale et vous faire recommencer l’intégralité d’un tableau. Ajoutez à ça un level design pas forcément très clair sur les chemins à emprunter pour finir le niveau et des bugs de collision parfois pénibles, comme le fait de devoir sauter pour grimper un escalier sous peine de se retrouver immobilisé par les marches ou l’impossibilité de récupérer une arme car vous n’êtes pas dans le bon angle… Au final, vous obtenez des séquences de gameplay pouvant devenir pour le moins désagréables et même parfois rageantes. Vous pouvez découvrir ci-dessous 7 minutes de jeu enregistrées par nos soins :

Pourtant, Project Downfall a de véritables qualités et pourrait devenir au fil de son développement un titre indépendant sympathique. Sa réalisation jouant à fond la carte de la saturation est parfaitement adaptée à l’univers du jeu et crée une atmosphère poisseuse, presque angoissante, soutenue par la musique electro n’hésitant pas à s’énerver dans les phases d’action. Bref, tout ça s’accorde parfaitement avec le thème de la descente aux enfers sous narcotiques. Si la narration n’en est encore qu’au stade embryonnaire (les développeurs rajoutant des phases de dialogues et d’exposition au fil des mises à jour), le scénario semble aller dans le bon sens – rejoignant celui d’Hotline Miami où les hallucinations et la réalité se mélangent pour brouiller les pistes. Ce qu’il lui faut, c’est corriger les errements de son gameplay… Et ce ne sera pas une mince affaire.

 

Hotline Miamouif

Réalisation extravagante réussie mais gameplay raté : en l’état et à ce prix, il est difficile de conseiller Project Downfall. Certes ses propositions sont intéressantes mais le développement semble encore balbutiant – seuls 7 niveaux sur les 21 prévus sont disponibles, les zones de déplacements libres sont absentes, des mouvements spéciaux devraient être intégrés et la narration, censée être non-linéaire au final, n’est pas vraiment implémentée – et beaucoup de travail reste à accomplir avant d’en faire quelque chose de correct. Néanmoins, nous le garderons à l’œil, les développeurs – publiant des mises à jour toutes les deux semaines – peuvent encore corriger le tir et sortir un FPS efficace et sympathique.

 

Project Downfall est disponible en accès anticipé sur Steam pour le prix de 13,29 €.

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Rutabaga
Élevé au bon grain des FPS de l’âge d’or, si Rutabaga adore particulièrement TUER TUER TUER à coups de rocket launcher et autres akimbo de fusils à pompe, il n’est toutefois pas insensible à une bonne épopée solo bien scénarisée.

5 Commentaires


  1. Je n’aime pas les graphismes, c’est trop sale, ça donne l’impression d’un manque de maitrise de la part des devs.

    Sinon, ils devraient le sortir en VR, pour une fois, on ne serait pas gênés par l’effet de grille des casques…
    Sans compter qu’il ne doit pas être gourmand.

  2. Le style graphique/sonore est plus sympa que j’avais imaginé, en fait, mais les guns sont assez mous.

  3. Ça a quand même l’air un peu vide et les ennemis sont franchement dégueulasses et peu animés; ça fait pas très envie même si c’est vrai que globalement la DA a un petit qqch.

  4. Un Hotline Miami avec le gameplay d’un DOOM ou on incarne John Wick ? O_O
    Les génies !!!
    Sinon ouais,dommage pour le gameplay.

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