Suite directe de l’excellent HITMAN apparu en 2016, HITMAN 2 fut accouché dans la douleur. Après les mauvaises ventes du précédent volet, Square Enix abandonna le studio de développement IO Interactive alors en plein travail sur la deuxième saison. L’entreprise danoise n’eut d’autres choix que de se séparer d’une partie de son effectif et de changer le modèle économique du jeu, jusque là prévu pour être vendu par épisode. Ainsi, au lancement de ce nouvel opus, il faut garder en tête qu’HITMAN 2 n’est pas prévu pour révolutionner le concept et le gameplay que l’on connaît déjà : il s’agit, en réalité, de HITMAN saison 2.

Rendez-vous en terrain connu

Si vous avez déjà joué à HITMAN 2016, vous pouvez sauter cette partie : pour les autres, je vais vous en résumer le concept.

Hitman vous place dans la peau de l’Agent 47, un assassin chauve avec un code-barre tatoué sur la nuque. Agissant pour le compte d’une organisation secrète, il n’accepte toutefois que les contrats qu’il considère justes – comprendre par là qu’il ne tue que les corrompus, meurtriers, dictateurs et autres ordures criminelles que la société échoue à choper. Les différentes missions suivent le fil d’un scénario-prétexte qui, sans spoiler, ne brille ni par son originalité, ni par sa profondeur mais instille une ambiance particulière qui vous rappellera les blockbusters hollywoodiens d’espionnage comme les Jason Bourne et les Mission Impossible.

Le jeu est structuré comme un bac à sable de l’assassinat. Vous vous retrouvez dans de grandes maps remplies de PNJ dans lesquelles vos cibles vaquent à leurs occupations de façon plus ou moins scriptée. Dès lors, à vous d’observer patiemment leur parcours, d’exploiter au maximum les informations dont vous disposez et de trouver la méthode optimale pour vous en débarrasser : vous pouvez, par exemple, vous déguiser en serveur pour pouvoir empoisonner le cocktail spécial que vous commandera le patron de cette boîte ou encore vous contenter d’attirer votre cible et son escorte dans le hall afin de faire chuter un lustre qui les écrasera dans un regrettable accident. Les missions regorgent donc de possibilités d’assassinats, qu’elles soient environnementales ou directement mises en place par le joueur via l’équipement qu’il emporte avec lui. Un système de défi est là pour vous pousser à recommencer les mêmes cartes et à exploiter toutes les façons de tuer qu’offre le jeu, débloquant par la même occasion du nouveau matériel ou des points d’entrée spécifiques permettant de varier les plaisirs. Si toutefois vous vous retrouvez perdus dans toute cette liberté offerte ou tout simplement si vous préférez suivre une sorte de fil pré-établi pour les assassinats, le jeu met en place un système d’opportunités vous indiquant la marche à suivre pour piéger vos cibles de façon scriptée et scénarisée, ce qui vous permettra d’en apprendre plus sur l’intrigue ou sur la personnalité des morts en sursis.

J’irai mourir chez vous

HITMAN 2 reprend donc l’exacte même formule qui excellait dans le précédent volet des aventures de 47 : rien, ou presque n’a changé en ce qui concerne le coeur du jeu. Quelques ajouts bienvenus sont tout de même présents, tels des modifications d’interface, des objectifs inédits (essayer d’identifier sa cible dans une foule, récupérer un ensemble d’indices), la possibilité de se cacher dans un groupe de personnes ou dans la végétation, un système de picture in picture apparaissant lorsque vous êtes repéré par une caméra ainsi que de nouveaux déguisements et objets – dont l’incroyablement efficace et pratique mallette – et voilà ! Il est donc difficile de séparer HITMAN 2 de son prédécesseur car il en utilise les mécaniques quasiment à l’identique mais aussi parce que les développeurs ont fait en sorte que ces deux jeux ne forment au final qu’une seule et même aventure unifiée. Cela se traduit par un menu Campagne vous invitant à suivre le tutoriel du précédent opus ainsi que l’intégralité de sa campagne avant d’attaquer la nouvelle venue.

Bien sûr, HITMAN 2 apporte son lot de missions originales qui vous feront voyager à travers le monde : six nouvelles destinations vous sont proposées. Certains des niveaux sont larges et denses comme en Colombie, à Bombay ou à Miami. D’autres sont de taille réduite, tel celui se déroulant dans un pâté de maisons en banlieue américaine, le dernier se passant dans une (superbe) île mystérieuse ou encore la toute première mission prenant place dans un loft en Nouvelle-Zélande. Si les petits niveaux pourront laisser sur leur faim les amateurs de HITMAN, que ce soit en terme de surfaces exploitables ou en actions offertes, les plus grosses maps regorgent de PNJ, de zones distinctes à explorer et de possibilités pour se débarrasser de ses cibles. Ces niveaux étendus semblent d’ailleurs plus fournis, plus généreux que ce qui était proposé dans le précédent volet : que ce soit en fendant la foule d’un marché indien en quête d’une cible dont on ne connaît que vaguement l’apparence, en traversant les favelas latino-américains pour découvrir les secrets du dealer en chef local ou en se perdant dans les dédales d’un festival de supercars bourré de fans et de techniciens, la sauce prend à nouveau et donne envie de faire et refaire les mêmes missions afin de tout expérimenter. C’est dans ces environnements que le jeu excelle et développe tout son potentiel, rappelant et même surpassant les meilleurs moments de HITMAN 2016, Sapienza en tête.

En sus, ce nouvel épisode apporte deux modes multijoueurs totalement inédits. Il s’agit d’une véritable nouveauté pour la franchise qui n’avait jusque-là approché le jeu à plusieurs que via la création de contrats communautaires, comprenez par-là qu’un joueur partageait une mission créée par ses soins pour que d’autres y jouent. HITMAN 2 inaugure donc les modes Sniper Assassin et Ghost : le premier met en scène un duo de snipers devant abattre leurs cibles sans bouger de leurs perchoirs tandis que le second propose à deux joueurs de jouer l’un contre l’autre dans deux parties simultanées dans lesquelles il faut tuer le plus rapidement et discrètement possible des cibles choisies au hasard. Ces modes multijoueurs restent peu convaincants et ne vous tiendront pas longtemps en haleine au vu de leur contenu chiche (un niveau par mode pour l’instant) et de leur intérêt moyen. Il faut les voir comme des modes de jeu supplémentaires sympathiques mais sans grande profondeur.

Man vs bald

HITMAN 2 porte toutefois les stigmates de son développement houleux et du manque de moyens qui en a découlé : les premières victimes en sont les cinématiques entrecoupant chaque mission. Les élégantes vidéos en images de synthèse ont été ici remplacées par des images fixes sur lesquelles sont diffusées des voix-off, le tout ayant un rendu très cheap. Si l’on comprend le choix de ne pas investir plus de moyens dans ce qui n’est, finalement, qu’une petite confiserie cosmétique sans grande importance dans l’intérêt global du jeu, l’ambiance en prend un bon coup.

Mon expérience fut également entachée par un certain nombre de bugs, allant de la simple aberration d’animation ou objets soumis à une gravité d’outre-espace à ceux, plus fâcheux, m’empêchant trouver un objectif et de compléter une mission, bloquant un PNJ dans une boucle de dialogue infinie ou rendant complètement invisible une des cibles pourtant indiquée sur la mini-map. Il y a de fortes chances pour qu’un patch vienne corriger ces problèmes – néanmoins, il est de bon ton de prévenir qu’une partie de plus d’une heure peut malheureusement se retrouver à la benne suite à ces bugs.

Le dernier reproche que je ferai à ce HITMAN 2 concerne l’optimisation du jeu. Si le jeu affiche globalement plus de PNJ au mètre carré, davantage de végétation et des effets de lumière plus travaillés, il n’est que négligemment plus beau que son prédécesseur. Pire : il souffre de nombreux ralentissements là où HITMAN 2016 tournait comme un charme. Ainsi même en 1920*1080 sur un i7 7700K, d’une GTX 1060 6 Go et de 16 Go de Ram, il faut tripatouiller les options du jeu pour qu’il tourne convenablement à 60 FPS constants.

La juste mise à prix

Ces déconvenues mineures ne viennent pourtant pas gâcher la fête : s’il n’est pas parfait, HITMAN 2 est néanmoins un véritable plaisir à jouer, un grand laboratoire du meurtre où l’on finit par s’imposer soi-même des règles et à inventer des scénarios de mise à mort tous plus sadiques les uns que les autres. Si l’on arbore un sourire satisfait à faire la campagne pour la première fois (comptez une dizaine d’heures), c’est en expérimentant encore et encore ses niveaux qu’on savoure réellement toute l’envergure de l’excellente expérience HITMAN. Peu de jeux arrivent à égaler le sentiment de satisfaction que l’on ressent après avoir éliminé une cible en la noyant dans son propre vomi au nez et à la barbe de son escorte personnelle, satisfaction décuplée lorsque le tableau des scores vous félicite pour vos expérimentations.

Vient alors la question qui fâche : celle du prix. HITMAN 2 reprend la quasi-intégralité des mécaniques du précédent volet, auquel il rajoute deux modes multijoueurs sympathiques mais accessoires et six nouveaux niveaux. Il est vendu au tarif de 60€ pour l’édition standard, ce qui pourrait être considéré comme un prix élevé pour un pack de mission. Pourtant, l’expérience proposée par HITMAN 2 est tellement unique dans le jeu vidéo actuel et si généreuse en dépit des apparences que l’on ne peut que conseiller à tout amateur de simulateurs de meurtres d’y succomber.

 

Good work, 47

Je ne vais pas m’étendre d’avantage : si vous aimez un minimum les jeux d’infiltration à grande échelle ou tout simplement tuer des gens avec sadisme et créativité, HITMAN 2 est fait pour vous et vous devriez l’acheter. Profitez-en pour prendre HITMAN 2016 avec, les deux formant un tout cohérent.

 

HITMAN 2 sera disponible le 13 novembre sur Steam, PS4 et Xbox One. 

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