Call Of Cthulhu est un FPS d’exploration teinté d’aspects RPG développé par Cyanide Studio et édité par Focus Interactive. Cette première phrase est un bon résumé de cette nouvelle itération du Mythe en jeu vidéo. « FPS d’exploration » = pas beaucoup de phases de shoot, « teinté d’aspects RPG » = 7 stats et une aventure très linéaire. Enfin «  Cyanide Studio… Focus » = c’est un double A et non un titre triple A, présentant donc un manque de finitions certain. Malheureusement ces poncifs un peu faciles s’avèrent justes une fois le jeu lancé.

Le début de l’enquête

Vous êtes Edward Pierce, un détective privé alcoolique vétéran de guerre, qui manque un peu d’entrain à faire son boulot ces temps-ci. Ça tombe bien, le père d’une peintre renommée récemment décédée vient vous voir pour vous demander d’enquêter sur l’incendie qui a tué sa fille, ainsi que le mari et le fils de celle-ci. Vous voilà débarqué sur l’île de Darkwater, plus précisément sur le port, afin d’aller explorer un entrepôt appartenant aux défunts. C’est ici que le jeu démarre vraiment et c’est d’ailleurs le contenu de ce qu’on a déjà pu voir dans les vidéos promotionnelles du titre. La suite vous fera voyager de lieux clos en lieux clos donc savourez bien l’air marin tant que vous le pouvez.

 

Dès le début, l’amateur de l’œuvre de Lovecraft sera en terrain connu, une impression qui restera tout le long du jeu tant le soin apporté à la restitution de l’univers est voyant. Mais l’habitué du jeu de rôle papier de Chaosium Inc ne sera pas en reste, car on retrouve les compétences principales de celui-ci : la Force, l’Élocution, la Psychologie, Trouver Objet Caché, Investigation, Médecine et Occultisme. En les utilisant, le jeu lance un dé pour savoir si vous réussissez, il peut donc arriver d’échouer à un test pour lequel vous avez une stat haute. Vous êtes aussi pourvu d’un tableau de santé mentale dont l’utilité réelle reste à démontrer, même s’il sert aussi à stocker vos souvenirs cauchemardesques débloqués.

Enquêteur du dimanche

 

Pierce peut dialoguer avec des PNJ, trouver des objets et utiliser un genre de pouvoir de l’enquêteur givré qui vous permet de ne pas réfléchir vous-même afin d’assembler les éléments de l’enquête. Ce pouvoir vous oblige à trouver les indices dans un certain ordre et vous fait voir ce qu’il s’est passé et Pierce se chargera de faire les connexions pour vous. Passionnant me direz-vous, en effet. C’est dès l’introduction de ce « truc » que j’ai senti tentacules sous cocotier. Pourquoi nous coller cette basse imitation de gameplay, alors que Trouver Objet Caché change déjà les indices qu’on peut trouver ? Apparemment c’est pour éviter que le joueur ne rate des éléments importants et passe donc du temps à les chercher. De même, l’une des seules bonnes idées, cette fameuse compétence Trouver Objet Caché déterminant la présence d’éléments interactifs dans le décor, a été assistée dans certains lieux d’un marqueur apparaissant en bas à gauche de l’écran. Ce marqueur ne se valide pas tant que tous les objets n’ont pas été trouvés, si vous ne trouvez plus rien, que le marqueur n’est pas validé, c’est donc que votre TOC n’est pas assez élevé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est très agréable de lire et d’interagir avec les dialogues. Les compétences permettant d’afficher plus ou moins de choix et certaines réponses devant être donnée en temps limité donnant une impression de variété bienvenue.

Pierce est un détective privé qui n’utilise pas son arme, vous affronterez donc les événements armé de votre zippo porte-bonheur-qui-vous-rappelle-la-guerre et une lampe à huile de baleine. Il y a diverses phases d’infiltration, qui à l’exception de la toute première, peuvent toutes être rushées en courant sans que ça ne pose trop de problèmes (mention spéciale à la galerie d’art). Enfin, seuls deux ou trois passages contiendront des « énigmes », qui ne feront sans doute pas long feu, elles sont très faciles. Votre cerveau devrait être frais et dispo pour vous en charger vu que le reste du jeu ne le sollicitera pas outre mesure.

Cette enquête à Darkwater a un petit coté balade en train fantôme, le train avance, et on regarde le décor en étant assez peu impliqué.

Le Mythe

La construction du jeu est assez respectueuse des standards du Mythe, votre héros gagne en pouvoirs et en possibilités. À partir d’un moment, il entre cependant dans une spirale où le sentiment d’impuissance augmente et les choix possibles diminuent. Dans les derniers chapitres, l’inventaire et les notes ne sont même plus disponibles. Cela est donc plutôt un bon point. Sauf que l’ensemble de l’aventure dure moins de 9h, ce qui est court, trop court. Les mécanismes de gameplay trop obscurs pour que le joueur ait un peu la sensation de contrôler la situation.

La géographie de l’île de Darkwater est heu… inexistante, on se déplace d’un lieu à l’autre en téléportation deux ou trois fois, mais sinon on tombe dans les pommes et on se réveille dans un Xème lieu clos. Exit aussi les voyages dans le monde entier qui caractérisent parfois les parties du jeu de rôle papier, ainsi qu’un titre comme Eternal Darkness: Sanity’s Requiem, lui aussi inspiré par les écrits de Lovecraft.

L’ambiance est globalement au rendez-vous, tellement même que les situations sont prévisibles à tous les tournants. Le jeu fait l’emphase sur la destiné inamovible du héros, ce qui était sans doute une erreur pour un jeu censé être un jeu de rôle… Il faut aussi noter la présence d’un scientifique fou pratiquant des expériences sur des aliénés dans le sous-sol d’un hôpital, le jeu proposant alors des séquences d’hallucinations qui m’ont fortement rappelé The Evil Within en moins bien.

J’ai pu lire dans divers tests que seuls les aficionados arriveraient à suivre ce qu’il se passe tant les informations sur le fond du récit sont fragmentaires. Ce n’est pas mon avis, j’ai pensé en jouant qu’au contraire, quelqu’un qui n’avait pas tout le background en tête se ferait sans doute plus envoûter par l’histoire que moi. Le jeu ne fait absolument pas peur, n’est ni angoissant pour le joueur, ni très compliqué dans ses phases « actives » (les confrontations avec le Vagabond, la traversée du port pour rejoindre l’usine baleinière).

Call Of Cthulhu se renouvelle régulièrement avec divers artifices – dont des scènes où on incarne brièvement des personnages secondaires – mais on est vraiment pas loin du walking simulator à la Firewatch ou encore de jeux narratifs comme ceux de Quantic Dream (Heavy Rain, Beyond : Two Souls). Il est donc en réalité assez accessible et assisté.

Les trois fins que j’ai débloquées (sur les quatre possibles semble-t-il) sont fidèles au Mythe, donc ça ne se finit pas bien. Il y a de surcroît des cinématiques post-génériques (oui, oui…) permettant de préciser un peu les conséquences de l’histoire.

Focus + Cyanide égale…

En parlant du générique, celui-ci est exceptionnellement court, l’équipe de Cyanide étant composé de seulement une quarantaine de personnes. Cela explique une grande partie des défauts qu’on pourra trouver à ce Call Of Cthulhu : les graphismes datés, quoique charmeurs, le sound design quelconque pour un jeu d’horreur, la faiblesse de la plupart des animations et plus gênant l’ambition finalement très basse du titre. On voit l’envie de plaire aux fans du jeu de rôle, on voit l’envie de ne pas faire l’erreur de tomber dans les gun-fights comme l’avait fait Dark Corner Of The Earth en son temps. Mais on voit surtout que la promesse d’un FPS-RPG de qualité a été sacrifiée sur l’autel d’un manque de moyens flagrant en temps de développement ou en nombre de personnes impliquées. Peut-être pour sortir avant le The Sinking City de Frogwares

 

 

Le meilleur moyen de ne pas être déçu c’est de ne s’attendre à rien et c’était exactement mon cas avec ce Call of Cthulhu. Le jeu est assez moyen et, pour peu que l’on arrive à passer outre son manque d’envergure, il n’est pas foncièrement désagréable. Il ne s’agit finalement que d’un walking simulator un peu amélioré, dans lequel on ne s’ennuie pas si on se laisse porter par l’histoire et les dialogues sans trop y réfléchir. Si, par contre, vous cherchiez un RPG d’enquête ambitieux, passez votre chemin.

 

6 Commentaires


  1. Mon avis d’un autre topic :
    Techniquement dépassé, c’est un bon fpex, mais il a autant de rapport avec l’univers de Lovecraft que “le club des cinq et la secte des hommes-calamar”.
    Et le fov de base est à vomir, il n’est pas réglabe dans les options et on doit passer par une modif du engine.ini.

    Sinon je crois qu’il y a 4 fins, selon ses choix.
    Perform The Ritual, Perform The Counter-Ritual, Sacrifice Oneself et It’s Over

    Le plus gros mensonge du jeu est son nom.

  2. Tu as raison, je viens de finir mon second run et j’ai eu un choix de plus, je vais donc modifier le test en conséquence.

    “Le plus gros mensonge du jeu est son nom.”

    Je ne suis pas d’accord, ça ressemble juste à une partie bâclée du JDR papier. Une partie où le MJ aurait mal fait son travail (ça s’est vu…).

    @ Dublab : Merci, c’est corrigé.

  3. Merci pour le test j’ai un meilleur aperçu.
    L’ambiance à l’air bien.

    Doublon au début du test ” l’amateur de l’œuvre de l’œuvre de Lovecraft ”

    à quand une fonction :signaler un truc dans un article .

  4. C’est Call of Cthulhu et pas Chtulhu. Tu as fait la faute partout dans ton test, y compris le gros titre. 🙂

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