Ce mois-ci, pour reprendre ce qui fut la Suggestion de la Semaine, on va parler meurtre, sexe, cannibalisme et relations homosexuelles ! Parce qu’on aime le sang et la violence, mais aussi parce que le bouquin que je vais vous conseiller n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il faut certainement être un peu sociopathe pour apprécier ce livre (ce qui doit être mon cas), car l’auteur nous y offre ce qui constitue, à ma connaissance, l’une des plongées dans la psyché d’un serial-killer parmi les plus réalistes jamais écrites. Ceci dit, si vous êtes amateur de fantastique/horreur/trash et que vous ne savez pas quoi lire, procurez-vous ce chef-d’œuvre de perversion. Si vous avez le cœur accroché, vous ne le regretterez pas. J’ai découvert Le Corps Exquis par le conseil d’un ami, avec qui je partage la passion de lire et écrire des dégueulasseries. Dieu sait que j’en ai lu des choses bizarres, dans ma vie! Mais ce qui m’a intriguée dans le cas de ce livre, c’était surtout le fait qu’il avait réussi à donner envie de vomir à des gens. Et il ne m’a pas déçue… 

Le Corps Exquis est donc un ouvrage de Poppy Z. Brite (qu’il faut désormais appeler Billy Martin), un auteur américain de bouquins qui oscillent entre gothique, underground, fantastique et splatterpunk (en gros l’art et la manière de raconter les mœurs de gens pas tout à fait nets qui aiment pratiquer la violence sadique sans aucune justification). Sa bibliographie est aujourd’hui classée parmi celles des plus grands auteurs du genre, avec Stephen King et Lovecraft. Ses œuvres traitent de perversion, d’horreur sous beaucoup de formes, de sexe, souvent gay, et d’ultraviolence, souvent décrite avec une froideur chirurgicale. Le Corps Exquis est son livre le plus connu, et non sans raison. Très marquant par sa violence gore et sa froideur psychopathique, je ne connais personne que sa lecture a laissé indifférent. Moi la première. Même son auteur a fini par renier son travail, pour prendre sa retraite ! 

Poppy Z. Brite

 

Pour commencer, quelques citations d’avis de lecteurs tirées du site Babelio :

« J’ai failli vomir à chaque phrase. C’est insoutenable d’horreur, de torture, de cruauté, de sang et de boyaux… Le tout en description détaillées. »
« On se retrouve au milieu d’une histoire morbide et malsaine, éprouvante et violente. Les mots employés par l’auteur son crus, durs, dérangeants. Ils sont sales. »
« J’ai dû reposer le roman à plusieurs reprises, à la limite du haut-le-coeur. »
« Je ne peux pas dire que je n’ai ressenti aucun dégoût, ma lecture m’a bien arraché un ou deux beurk, mais rien ne m’a fait poser ce livre. Jusqu’à la dernière page j’ai vécu dans cette ambiance glauque, repoussant toujours plus loin mon seuil de tolérance. » 

Le Corps Exquis raconte en gros l’histoire d’amour d’un couple de tueurs en série homosexuels. Andrew Compton est un psychopathe nécrophile, et Jay Byrne est cannibale et nécrophage. Le premier est inspiré de Ted Bundy, un tueur en série américain qui violait, tuait, maquillait et démembrait des jeunes filles (pas forcément dans cet ordre) et le second de Jeffrey Dahmer, dont les hauts faits incluent le viol et démembrement de jeunes garçons, à partir desquels il se fabriquait des casse-croûtes.
Le récit commence avec l’évasion d’Andrew, incarcéré pour 23 meurtres. Dans le but de se reconstruire une nouvelle vie, il s’envole pour la Nouvelle Orléans des années 1990, pour atterrir dans le quartier du Vieux Carré en proie aux prémisses de l’épidémie du sida. Les deux tarés se rencontrent, s’aiment, et découvrent les joies de la vivisection humaine pratiquée à deux. 
On suit à côté le parcours de Tran et Luke, un second couple gay sulfureux (mais pas autant que le premier) qui deviendra bientôt la victime des hobbys un peu inavouables de nos deux protagonistes.

Ted Bundy / Jeffrey Dahmer

Pourquoi ce livre est-il si dérangeant ? Parce que Poppy/Billy choisit d’adopter un point de vue objectif quant à sa narration, entrant sans distinction morale dans la tête de Luke comme dans celle d’Andrew, dans l’intimité de Jay comme dans celle de Tran. On devient témoin de leurs angoisses, ambitions et autres pensées les plus secrètes, jusqu’à être amenés à s’identifier à des personnages capables des pires horreurs. D’autre part, qualifier l’histoire de malsaine, glauque, ou de dégueulasse serait un sacré euphémisme. Je parlais plus haut du côté chirurgical du style de l’auteur: en plus de raconter des scènes de meurtres particulièrement sadiques, il les dépeint avec une précision qui fait ressentir au lecteur la texture du sang qui gicle, le son d’un os qu’on brise, la couleur des tendons mis à nu, l’odeur de la mort, et autres colchiques dans les prés. Oh, et je vous ai parlé des scènes de sexe explicites ?

Pourquoi c’est génial ? Parce que la plongée dans la psyché de ces personnages atroces et fascinante, tant elle est bien écrite. Décrits par Poppy, les milieux marginaux deviennent criants de vie, l’horreur réaliste devient quasiment poétique, l’anatomie humaine devient dentelle, les monstres réalistes deviennent humains, la déviance et son appétit insatiable resplendissent magistralement. L’histoire entrecroise psychose et milieux underground, jazz Dixieland et culture gothique, cannibalisme et gastronomie (coucou Hannibal), pour nous repousser sans cesse dans nos retranchements. Poppy se charge pour nous d’exploser sans vergogne un sacré nombre de tabous que seul un sociopathe pourrait assumer : mort, sexe, drogues, meurtre, et déviance n’ont jamais été aussi jouissifs que sous sa plume, à mon sens. En bref, j’ai dévoré ce livre il y a 6 ans (déjà), et j’en ai un souvenir marqué au fer rouge !

Si vous êtes comme moi un peu pervers et que vous voulez vous procurer Le Corps Exquis, sachez cependant qu’il n’est plus édité et qu’il peut se négocier à 20€ en poche si vous l’achetez en librairie. Heureusement, beaucoup d’ignorants revendent leur exemplaire à cinq ou six euros sur internet. 

3 Commentaires


  1. Merci pour la suggestion, j’ai acheté Avance Rapide suite à la suggestion du dernier QuickLoad, du coup j’enchaînerai avec Le Corps Exquis juste après (mais ptèt pas à 20 balles par contre…)

  2. *ahem*, j’ai la version ebook, que j’ai accidentellement acheté et dans un élan de maladresse, il se peut que je l’ai upload malencontreusement sur mon compte MEGA.

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