Il existe des développeurs avec une drôle de vision dans les studios affiliés à Bethesda. Tenez, par exemple, chez Arkane Austin Studios ils ont décidé d’adapter un FPS avec un indien d’amérique et des portails de téléportation en le transformant en immersive sim retro-futuriste teintée d’horreur et d’uchronie. Pour Bethesda Softwork, un RPG tour-par-tour acide et violent devient un FPS avec des choix aseptisés et réducteurs. Quand à MachineGames, lorsque quelqu’un a demandé un concept pour le deuxième DLC de Wolfenstein 2, un FPS bourrin qui propose notamment de manipuler un fusil à pompe automatique dans chaque main, une personne a répondu “infiltration” et “discrétion”. Allez comprendre.

Encore une histoire de porc et de patates

La semaine dernière était publié le test du premier épisode des Freedom Chronicles, l’ensemble de DLC prévu pour Wolfenstein 2 : The New Colossus. Celui-ci nous mettait dans la peau de Joseph “Gunslinger Joe” Stallion et nous permettait de péter du SS à grands coups d’épaules, le tout dans des environnements fleurant fort le déjà vu : en gros, c’était pas terrible. Aujourd’hui, le second DLC est disponible, se voulant cette fois-ci plus subtil. La possibilité de faire preuve de plus de discrétion saura-t-elle titiller notre cerveau reptilien de joueur de FPS ? Pourrons-nous ressentir autant de plaisir avec un pistolet silencieux qu’avec un akimbo de sulfateuses ? Les testicules de nazis sont-ils capables de résister à la rencontre avec une lame parfaitement aiguisée ? C’est ce que nous allons tenter de découvrir dans ce test.

The Freedom Chronicles Épisode 2 : Les Carnets de l’Agent Silent Death

Ghost in the schnell  

La fameuse écriture saluée par la critique

Cet épisode 2 des Freedom Chronicles nous projette dans la peau de Jessica “Silent Death” Valliant qui forme avec son mari, Jack, le couple d’espions le plus glamour de l’univers Wolfenstein. Enfin, je devrais plutôt dire “qui formait” car le pauvre monsieur Valliant a été capturé et exécuté par les nazis lors de leur conquête des USA, ce qui a poussé l’agent Silent Death à prendre sa retraite au Brésil, l’occasion pour elle de se morfondre tout en se la collant sévère sur la plage à coup de mojitos et autres caïpirinhas… Jusqu’au jour où elle reçoit une mystérieuse enveloppe contenant les informations nécessaires pour assassiner les trois responsables de la mort de son bien-aimé, ce qui tombe bien car cela rentre parfaitement dans son domaine d’expertise. Voila pour le scénario raconté à nouveau sous la forme de comics vintages à peine animés et qui n’a, comme pour le DLC précédent, ni intérêt, ni profondeur, ni même la volonté de proposer autre chose qu’une vague excuse pour lier trois niveaux qui n’auraient sans ça rien à voir les uns avec les autres. Pour le pinacle narratif, on repassera une prochaine fois.

Comme je l’ai expliqué dans l’introduction du test, ce second DLC propose un gameplay radicalement différent du précédent : si dans Les Aventures de Gunslinger Joe nous incarnions une locomotive quasi-inarrêtable, dotée de nombreux points de vie et d’armure, capable d’exploser les murs et les allemands simplement en courant dessus, ici notre personnage est plus frêle mais aussi plus agile, profitant de ses attributs pour se glisser dans les conduits exigus et autres recoins inaccessibles pour d’autres. Exit donc le bourrinage décérébré, bienvenue à la planification et à l’observation : avec son faible nombre de PV et son absence d’armure, un assaut frontal est quasiment synonyme de mort pour l’agent Silent Death. Le joueur est alors obligé d’exploiter le level design adapté pour l’occasion en se faufilant à travers les divers conduits d’aération et autres cachettes, exécutant brutalement au couteau ses adversaires de la façon la plus efficace possible afin de pouvoir continuer son oeuvre sans déclencher l’alarme qui lui serait probablement fatale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le contorsionnisme, un art allemand

Étonnamment, j’ai trouvé cette orientation bien plus intéressante à jouer que le simple déferlement de violence de l’extension précédente : j’ai pris plus de plaisir à prendre mon temps pour observer le fonctionnement d’un tour de garde et pouvoir enchaîner les exécutions dans une chorégraphie de mort parfaitement orchestrée, le tout aidé par la faculté (un peu trop puissante à mon goût) de bullet time automatique, nous offrant la possibilité de réagir aisément en cas de repérage. Cela dit, tout n’est pas rose et le jeu n’est, semble-t-il, pas tout à fait adapté au concept d’infiltration. Outre les nazis dotés d’une IA complètement débile, mettant 20 secondes à s’apercevoir que le collègue de devant est l’heureux gagnant d’une trépanation surprise – quand ils ne se contentent pas de passer à côté des cadavres de camarades en lançant un “rien à signaler” – on constate que le système de repérage est complètement brumeux, tantôt les gardes nous repèrent à 100m dans le noir, tantôt ils nous fixent droit dans les yeux avant de retourner à leurs occupations comme si de rien n’était. Les nazis vont avoir régulièrement des réactions complètement erratiques et changeantes d’une partie sur l’autre, ce qui empêche parfois de prévoir un plan efficace mais ne complique pas vraiment les choses du fait de leur bêtise absolue. De manière générale, le DLC est beaucoup trop facile, même en difficulté supérieure et c’est vraiment dommage. Entre la stupidité des adversaires, la létalité de notre armement et la profusion de munitions – on peut d’ailleurs augmenter nos réserves en réussissant des “exploits” comme, par exemple, abattre une dizaine de soldats ennemis au lancer de couteau – on ne ressent jamais le moindre challenge.

Visuellement, le jeu reste très bon. S’il n’est pas une baffe graphique, du fait d’une direction artistique très portée sur le brut et le réalisme grisâtre, Wolfenstein 2 fait tout de même partie du haut du panier en terme de graphisme et ce DLC est de même facture, avec quelques scènes qui font vraiment plaisir aux yeux. Là où il pèche réellement c’est par son contenu : en effet, cet épisode est composé de trois niveaux, un tribunal, des studios de cinéma et une base lunaire, chacun se parcourant en un peu moins d’une demie-heure en prenant son temps, ce qui est franchement très léger. Cette très courte durée de vie est d’autant plus ridicule que les environnements sont, comme pour le premier DLC, du déjà-vu : ils étaient déjà présents pour la plupart dans le jeu de base, aménagés différemment. Je ne vois pas comment justifier le temps écoulé entre la sortie du jeu et celle de ce Freedom Chronicles #2 vu le peu de travail qu’on peut y trouver. Mention spéciale tout de même pour le studio de la Parangon (le miroir de la Paramount dans l’univers Wolfenstein) qui a le mérite d’être bourré de petits détails sympa, ajoutant de la profondeur au background global de cette uchronie : posters présentant des super-héros nazis, affiches de films à venir et plateaux de tournages détaillés. On y voit même une référence à l’excellente édition collector du jeu. Bref, à défaut d’être capable de fournir un contenu conséquent ou même acceptable pour ce tarif, les devs de MachineGames prouvent qu’ils ont bien travaillé leur univers.

Fainéant

Intéressant dans sa proposition de gameplay mais malheureusement beaucoup trop court et rechauffé pour être honnête à un tarif aussi élevé, il est difficile de conseiller Les Carnets de l’Agent Silent Death à d’autres personnes qu’aux fans de Wolfenstein 2 ayant trop d’argent. C’est dommage, car avec des environnements nouveaux et une durée de vie un peu plus conséquente, le DLC aurait été une bonne extension du jeu original. En l’état, c’est nein.

 

6 Commentaires


  1. En fait les DLC ne font qu’exploiter les “contraptions” qu’on trouve au fur et à mesure du jeu.

    Je comptais les faire parce que le jeu, sur lequel j’ai commencé à m’amuser assez tard, m’a laissé sur ma faim. Un poil déçu par les reviews que je vois un peu partout.

    Bon article également !

  2. Je me disais aussi que ces dlc étaient beaucoup trop cher pour le contenu proposé… Bref, à prendre en réduction.

  3. >

    Tout à fait ! Mais je n’en ai pas parlé pour ne pas gâcher une potentielle surprise sur la campagne solo, d’autant plus que pour ce second DLC la faiblesse de notre personnage accentue le côté infiltration, ce qui change radicalement le gameplay comparé à l’amélioration de Blazko (qui permet également de se faufiler dans des conduits et autres chemins détournés).

  4. “Les testicules de nazis sont-elles capables […]”

    Loin de moi d’être un SJW, mais… vraiment?

  5. J’ai adoré lire le test.

    Je suis en train de me faire The New Order vu que je viens de changer ma bécane, et disons je sais pas si c’est le fait qu’il soit de 2014 mais je m’attendais a un truc un peu plus beau et surtout moins “rigide”, punaise je joue avec une Zowie et en jeu j’ai l’impression d’avoir une vieille latence sur le viseur, horrible.

    Fan de l’univers Wolfenstein, je testerai bien sur ce nouvel opus. Quand les prix seront a mon avantages héhé !

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