Dans La Suggestion de la Semaine, on fourre notre bras au fond du tiroir de la rédaction pour vous conseiller des bidules et des machins susceptibles d’attiser votre curiosité et de vous donner de quoi avoir l’air intéressant devant vos amis à l’apéro.

Jeux, films, documentaires ou œuvres plus obscures, c’est ici qu’on pourra se permettre de parler d’autre chose que des FPS, en attendant la nouvelle version du site où on fera des vidéos commentées sur les jeux Nintendo et où Squeezie sera invité dans nos locaux pour inaugurer notre rachat par Bolloré®.


J’ai travaillé deux ans dans la restauration. Attention, pas le côté noble et classieux de la restauration, celui avec des petits napperons, des serveurs en costume et des émulsions de betterave à 32 euros. Noooooon. Le côté obscur. Celui où une cliente qui sort de H&M t’insulte parce que son Latte n’est pas assez vanillé pour ses papilles gustatives surdéveloppées, où les machines, les fours et les cafetières te percent les tympans toutes les 17 secondes et où ton patron te reproche de ne pas te donner à fond quand tu termines ta journée les mains en sang et le cerveau en compote. Le monde merveilleux de la restauration rapide.

C’est sans doute parce que je suis toujours hanté par cette sombre expérience que je prends un plaisir malsain à jouer à Cook, Serve, Delicious 2. Il faut croire que ça me manque, après tout.

[–SUITE–]
Le premier Cook, Serve, Delicious est sorti en 2013. C’était alors l’un des rares jeux de gestion/simulation qui s’aventurait, dans un esprit arcade et une certaine légèreté, dans le domaine de la restauration. Chubigans, le seul développeur du projet, s’était mis en tête de retranscrire en un jeu vidéo l’ambiance de travail en cuisine, de la préparation des plats à la gestion du restaurant en passant par la vaisselle et le récurage des chiottes. CSD était un projet indépendant somme toute assez modeste, mais très simple d’accès et diablement addictif. Trois ans après sa sortie, Chubigans continuait à sortir des patchs et à créer des Weekly Challenges. En résulte un certain succès et plusieurs centaines de milliers d’unités écoulées, qui lui permirent d’en développer une suite : Cook, Serve, Delicious 2.


Le principe est toujours le même : dans la peau d’un chef cuisinier à la tête de son restaurant, on enchaîne les journées de travail derrière les fourneaux pour servir un maximum de clients et faire un minimum d’erreurs. La préparation des plats se fait à la manière d’un QTE, en pressant successivement des boutons pour faire cuire, découper, frire ou n’importe quelle autre instruction dictée par la recette. C’est là toute la force du jeu, puisqu’il ne suffit que d’appuyer sur des boutons le plus rapidement possible, même un élève de CE1 peut prétendre être meilleur que toi.

Mais c’est après quelques minutes de jeu qu’on réalise dans quel enfer on a mis les pieds. Ce qui s’apparente de prime abord à un simple jeu d’adresse mignon devient un cauchemar quand les clients rappliquent, que les commandes s’accumulent à l’heure de pointe alors que la cacophonie de la cuisine s’installe dans nos oreilles. Il faut gérer la préparation des plats, la cuisson, faire attention aux clients qui demandent tous un plat différent, veiller à réduire le temps d’attente au minimum, faire la vaisselle, vider les poubelles, éloigner les souris… Le leitmotiv derrière le game design de CSD est de faire vivre au joueur l’enfer de la vie en cuisine, et le résultat est tellement réussi que j’en viens à me demander si Chubigans n’a pas lui-même été derrière les fourneaux.

Dans les niveaux les plus avancés du jeu, on en arrive parfois à devoir gérer 14 plats simultanément, certains d’entre eux nécessitant dix à quinze pressions de boutons avant même d’être enfournés. Tu viens de mettre une escalope sur le feu ? Pendant qu’elle cuit, occupe-toi de ces trois plateaux à desserts. Oh, t’es gentil, tu penseras aussi à nettoyer la machine à oranges. Ah non, attends, il faut préparer les lasagnes avant l’heure de pointe. Merde, t’as quand même pas oublié l’escalope ? Inéluctablement, le stress nous fait faire une erreur et la confusion s’installe. Cook, Serve, Delicious 2 est certainement le jeu le plus éprouvant auquel j’ai pu jouer, encore plus que ne pouvait l’être Overcooked dans le même registre. Regarder quelqu’un y jouer à haut niveau, c’est d’ailleurs très impressionnant. Mais c’est justement ce côté exigeant (et souvent punitif) qui renforce la satisfaction d’avoir réussi une journée parfaite ou d’avoir servi 92 clients d’affilée sans une fausse note. L’accomplissement d’un objectif y a une saveur toute particulière, parce qu’on sait qu’on a sué et donné de sa personne pour en arriver là.

Le deuxième volet est aussi beaucoup plus abouti que le jeu original, particulièrement avare en terme de contenu et un peu maigrichon techniquement. L’interface et les bruitages (enregistrés directement en cuisine pour ponctuer la bande-son jazzy de Jonathan Geer) ont été complètement retravaillés, pour un jeu beaucoup plus agréable sur le plan ergonomique. CSD2 permet de préparer des plats à l’avance, de décorer son restaurant et sa progression. Il faut changer son menu en fonction des jours, en choisissant parmi plus de 180 plats, entrées et boissons (contre 30 dans CSD1). A côté de son propre resto qui constitue un mode Bac à Sable, 350 niveaux dans 30 restaurants différents sont jouables, chacun avec une ambiance et des plats différents. Chubigans parle d’une cinquantaine d’heures de jeu et a déjà prévu de sortir plusieurs DLC gratuits. Et si vous avez besoin de mettre fin à toute relation amicale ou d’envoyer vos potes à l’asile, c’est aussi jouable en coopération locale jusqu’à quatre.

Cook, Serve, Delicious 2 est sorti il y a quelques jours après plus de trois ans d’incubation. Il a été reporté deux fois et comporte encore quelques bugs mineurs, qui seront résolus une fois que son développeur aura pris un peu de repos. Ou qu’il aura eu accès à de la très bonne amphétamine. Je ne peux que vous conseiller de l’acheter en l’état si la recette vous fait envie, ça ne coûte que 12,99€ sur Steam, un prix plus qu’honnête compte tenu du contenu déjà présent.

Quelques petits conseils cependant : préférez la manette, faites des pauses pour éviter l’ulcère ou l’accident vasculaire cérébral et méfiez-vous des lasagnes.

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Né dans la sueur des cybercafés des Hauts-De-France, Noddus a toujours vécu de drogues dures et d’eau tiède. Sa vie normale a pris fin le jour où il s’est aperçu que le PC familial pouvait faire tourner Quake III. Auparavant Blazingzboub, il a préféré renoncer à son passé honteux pour taper sa tête sur son clavier et se trouver une nouvelle identité : Noddus. C’est maintenant le renégat qui hante les couloirs de NoFrag, celui qui est toujours dans l’ombre, et dont on entend parfois les râles entre deux parties de Counter-Strike.