Au début on avait presque tous cru que Paladins, le dernier jeu de Hi-Rez, allait se casser la gueule comme l’avait fait Battleborn, incapable de résister à l’ogre Overwatch et ses millions de fans. Mais en fait non, Paladins fonctionne plutôt bien, et même si le fait qu’il soit free-to-play explique en partie son succès, ça ne peut pas être la seule raison. Alors que la comparaison avec Overwatch est évidente (certains parlent même de plagiat), Paladins a aussi le droit de vivre pour lui-même. Je vais profiter de cette bêta ouverte pour faire un petit récapitulatif de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas.

Paladins biclassé MOBA

C’est un FPS free-to-play multijoueur où deux équipes de cinq s’affrontent. Pour l’instant il y a deux modes différents, Payload qu’on connaît bien (il est à peu près semblable à celui de Team Fortress 2, avec une alternance des équipes) et Siège, un peu plus original. Ici, les belligérants essayent de prendre un point central commun. Une fois celui-ci récupéré par une des deux équipes, celle-ci doit pousser un chariot jusqu’au camp des autres. Vous gagnez un point si vous réussissez à capturer le premier objectif, un autre si vous arrivez à pousser votre wagon jusqu’au bout, mais aussi un point si vous empêchez l’équipe adverse de le faire. Le premier à quatre remporte la partie. Ce mode est assez intéressant et les parties sont souvent très tendues.

En ce qui concerne les personnages, vous pouvez choisir le vôtre parmi une petite vingtaine. Pas de doublon dans l’équipe, ce qui évite le toujours frustrant scénario du quatre snipers et vous. Chaque héros a cinq skills : un tir, trois capacités spéciales de base et une capacité ultime, qui est utilisable une fois sa jauge remplie. Les héros sont classés en Support, Dégâts, Tank et Flanker, les experts en contournement. Tout ceci est assez classique. Le jeu encourage fortement le teamplay et une équipe organisée détruira facilement une autre pleine de epikLoneWolf420. Si on doit résumer les mécanismes de Paladins en une phrase, on dira que c’est un MOBA en vue subjective, sans les mobs.

Du coup, la première fois qu’on y joue, on se dit d’abord que c’est très mou. Les armes n’ont aucun recul, les coups n’ont pas d’impact, on a l’impression de tirer sur des cibles en polystyrène. Le TTK (time to kill, le temps qu’il faut pour tuer un adversaire) est très long, le son des armes et capacités endort. Il y a un manque de feedback évident et sans l’indicateur de dégâts, pas de moyen de savoir si on se fait tirer dessus, ni même si nos coups font mouche. En somme, ici pas de sensations fortes ou d’impression de puissance, Paladins c’est pour les gentils enfants, pas les amateurs de meurtres simulés.

 

Les attraits du free to play

L’UI est laide, les menus ressemblent à ceux d’un jeu mobile de 2010 et tout l’habillage a un petit côté contrefaçon chinoise. Ça se ressent aussi dans le design des héros, qui manque de polish, on a l’impression de jouer avec les rejets du brainstorming d’un film de Pixar. Malgré tout, Paladins a du charme. C’est très subjectif, mais j’aime bien moi ce côté suranné, toutes ces textures plates, ce character design un peu naze, mais un peu attachant. Il y a même de franches réussites dans le lot, comme Bomb King, qui lance des bombes vivantes et qui est lui même une énorme bombe. Paladins c’est la version Lidl des biscuits Prince. On voit bien que c’est pas de la meilleure qualité, mais ça a ce goût de sucre industriel qui fait quand même plaisir.

C’est bien mignon ce laïus sur le charme du désuet, mais quand on parle de F2P, il faut aussi parler de modèle économique. Quand vous lancez le jeu, un petit tiers des héros sont disponibles. Pour débloquer les autres, il faut raquer. Pour ça deux façons : avec vos sous que vous avez eus en vendant votre corps, ou avec la monnaie du jeu, gagnée en jouant, en montant de niveau etc. En moyenne, j’ai réussi à acheter un nouveau héros tous les dix matchs, ce qui est très raisonnable comparé à la plupart des jeux utilisant le même système. Il y a aussi une tripotée de skins, que vous pouvez obtenir de la même façon que les héros, même si certains demandent de passer obligatoirement par la case vrai argent. À chaque fois que vous montez de niveau, vous avez le droit à un coffre, à l’intérieur, parfois un skin, mais souvent des cartes. Ces cartes, je vais y revenir après, vont vous permettre de personnaliser vos personnages. On peut aussi les acheter avec de la monnaie du jeu. En une ou deux heures vous avez de quoi prendre celles qui vous intéressent pour votre perso préféré. Le système de monétisation est vraiment très raisonnable, mais si vous n’avez pas envie d’attendre, pour 20 euros vous pouvez débloquer tous les héros et récupérer 20 coffres. Les développeurs ont fait dans le sensé, rien a redire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une histoire de faux jumeaux

Depuis le début , vous vous dites « C’est Overwatch en F2P », et sur beaucoup de points vous avez raison. Le système est le même, les modes de jeux se ressemblent. Pire encore, certains personnages semblent être des ersatz des héros du jeu de Blizzard. Androxus est par exemple un mélange de McCree et de Tracer, Viktor, c’est Soldier 76 avec une grenade, et Fernando c’est Reinhardt avec un lance-flamme à la place du marteau.

En ce qui concerne l’accusation de plagiat, je vous renvoie à cet article de Dr. Loser.
De toute façon, Paladins n’est pas un clone cheap d’Overwatch. Déjà, il n’y a pas de personnage avec visée automatique. À la place, ils ont décidé de faire des hitboxes monstrueuses. C’est un choix pas si con que ça. Le jeu est un jeu casual, on va pas se mentir, et comme Blizzard, Hi-Rez a voulu que tout le monde s’amuse. L’avantage d’avoir fait des hitboxes aussi grosses que des tractopelles pour les modèles des héros, c’est que c’est équilibré. Tout le monde est à la même enseigne, pas de problèmes avec des flèches de Hanzo qui transpercent les têtes en parcourant l’air autour, ici ça fait ça avec tout le monde, peu importe le héros, vous allez réussir à toucher en tirant à côté, vu que ce ne sont plus les projectiles qui ont une hitbox gigantesque, mais les personnages. C’est un choix de design qu’on peut regretter, dans ce monde où les gens qui sont nuls demandent aussi de gagner, mais dans ce contexte il est logique.

Autre différence avec Blizzard, pas mal d’armes sont à projectiles et non pas à hitscan. En clair, quand Grover l’arbre vous lance une hache, vous voyez la hache et vous pouvez l’éviter. Ça rajoute un aspect un peu plus pêchu aux combats, requiert un peu plus de skill et donne un plus gros impact aux compétences de mouvement. En parlant de mouvement, il y a des montures dans Paladins. Elles ne servent quasiment à rien, elles permettent de revenir sur le front plus rapidement et elles sont sans doute aussi là pour vendre des skins tro kool de cheval avec dé flam.

 

Ces petits riens qui changent tout

Paladins ressemble plus à un MOBA qu’à Overwatch. Déjà parce que vous allez jouer avec plein de Russes, mais aussi parce que son système est proche de DotA 2 ou LoL. Pendant la partie, vous gagnez des crédits, cet argent, que vous ne pouvez dépenser que pendant le match, vous permet d’acheter des items qui vont améliorer certaines statistiques : faire plus mal aux boucliers, réduire ses cooldowns, être mieux soigné, etc… Ça rajoute une partie stratégique certaine, on choisit ses objets selon ses adversaires ou les synergies de l’équipe. Ces items sont donc temporaires, ils s’achètent et sont actifs au cours d’une partie. J’’ai aussi parlé rapidement avant de cartes, que vous pouvez acheter avec l’or gagné en jouant.

Vous pouvez en choisir 5 (sur 16 disponibles) et elles sont là pour customiser en profondeur votre héros. Vous avez envie de réduire le cooldown de votre skill préféré, vous voulez plus de balles dans votre chargeur ou vous avez envie que telle compétence donne du vol de vie, c’est possible. Grâce à ce système vous pouvez personnaliser votre héros pour qu’il se joue de la façon que vous considérez la plus adéquate ou la plus amusante. Après attention, rien de trop énorme, la snipeuse restera une snipeuse et la tortue tank restera la tortue tank. En somme donc, deux façons de personnaliser votre héros : en cours de partie en achetant des items et par le bied de cartes qui vont définir un build, définissable dans les menus quand vous ne jouez pas.

J’ai arrêté de jouer à Overwatch parce que le jeu était devenu trop ennuyeux pour moi. Chaque match se ressemblait, avec l’équipe parfaite gravée dans la roche et ses points qui se prenaient, ses goulets d’étranglement qui se passaient uniquement à coup d’ultimes ou presque. Dans Paladins rien de tout ça. Au niveau de l’équilibrage des personnages, le jeu est encore en bêta et même si certains semblent être plus abusés que d’autres, ça peut encore évoluer. Mais surtout le plus important c’est que les capacités ultimes sont bien moins puissantes que dans le jeu de Blizzard. Ici, pas possible de se faire quatre ou cinq gars en appuyant sur un bouton, pas d’invincibilité pendant huit secondes, dans Paladins les ultimes ne sont que des skills un peu plus puissants, ils permettent de donner un coup de pouce à l’action sans que les parties ne tournent autour d’eux.

Autre choix intéressant, on ne peut pas changer de héros en cours de partie. Contrairement à Overwatch où le switch est un aspect fondamental du jeu, parce qu’il fonctionne avec un système de contres. En clair, dans Overwatch, chaque héros est classé dans un gigantesque jeu de pierre feuille ciseau où il est fort contre certains et faible contre d’autres. Pharah va battre Bastion facilement, mais le joueur de Bastion peut switcher et prendre Widowmaker, qui contre Pharah, etc. Dans Paladins on se sert des cartes achetées pendant la partie pour pallier aux situations défavorables.

 

Moins de polish, mais plus de liberté

Au final, Paladins est une très bonne alternative si vous vous ennuyez sur Overwatch, mais que vous aimez le principe. Encore faut-il accepter le fait que c’est un repaire de casu. Si vous voulez vous investir à fond dans un jeu qui demande précision et maîtrise du mouvement, mieux vaut jouer à autre chose, mais si le manque de nervosité et l’absence de challenge ne vous gênent pas, tentez le coup avec Paladins, il est moins dirigiste que le jeu de Blizzard et c’est gratos de toute façon.