A moins d’avoir passé les derniers jours à exterminer des rats sur Warhammer: End Times – Vermintide ou à patauger dans sa propre sueur devant les phases finales des Worlds de League of Legends (honte à vous), il paraît plus qu’improbable d’être passé à côté de la CrimeFest 2015 de Payday 2 et du bruit qu’elle aura généré.

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Non contents de s’être déjà forgés une réputation de vieux rapaces à coups de dizaines de DLC pas toujours très commodes, les joyeux gaillards de chez Overkill ont profité de la traditionnelle CrimeFest de Payday 2 (un festival de 10 jours d’annonces, de nouveautés et de hype autour du jeu) pour passer du stade de “parodieurs” à celui de “parodiés”. Je ne vais pas passer ma nuit à lister les décisions discutables et/ou malhonnêtes mises en avant ces derniers jours, déjà parce que vous êtes très certainement au fait de l’actualité, mais surtout parce que Payday 2 a eu suffisamment de mauvaise presse. Après une vingtaine d’articles, on commence à comprendre de quoi il est question.

Dès le premier jour de la fête à la saucisse de Payday 2, Overkill décide de frapper fort. Des micro-transactions, des caisses et des skins payants à la Counter-Strike : Global Offensive (la parodie est presque parfaite), sans pré-avis. Forcément, les joueurs s’insurgent et commence un véritable battage médiatique autour de ce nouveau système de paiements. Pendant ce temps, et alors que Payday 2 est jouable gratuitement sur Steam pendant une semaine, la CrimeFest continue avec des nouveaux masques, des braquages inédits, des braquages tirés de Payday : The Heist et quelques nouveautés bienvenues. Mention spéciale au dernier jour, qui clôture les festivités sur l’animation de saut, qui retire enfin le balai qui était resté coincé plus de deux ans dans l’arrière-train des personnages du jeu. Tout cela a pris fin il y a deux jours et pourtant, le petit goût amer subsiste. Presque 72 heures après, et j’ai toujours cette sensation de m’être mal essuyé les fesses.

C’est sûrement parce qu’en plus de nous l’avoir mise à l’envers avec les micro-transactions (deux ans après avoir annoncé que Payday 2 n’en contiendrait jamais), Almir est revenu chercher la communauté sur Reddit pour organiser un AMABIWAH (littéralement “Ask Me Anything But I Won’t Answer Honestly”). Inévitablement, quelqu’un lui demande s’il n’a pas trop forcé sur les hallucinogènes et espère avoir quelques explications à propos de tout ça. En retour, on notera quelques perles pondues par Almir dans ses réponses :

  • “Il est difficile de prendre aux sérieux les gens qui nous critiquent alors qu’ils ne jouent même pas au jeu.”
  • “Si on m’avait demandé à l’époque, j’aurais répondu qu’il était absolument hors de question que Payday 2 contienne un système comme celui qu’on a mis en place aujourd’hui.”
  • “D’un point de vue purement économique, on peut se rendre compte que la Black Market Update donne exactement les résultats auxquels on s’attendait.”
  • “Nous restons convaincus qu’il s’agit d’une très bonne nouveauté pour le jeu.”
  • “Passera-t-on free-to-play demain ? Non. Dans un an ? Je ne sais pas.”
  • “PAYDAY 3.”


On peut en rire autant qu’on veut, mais même si lui et ses collègues mettent l’éthique et le respect de leur fanbase au placard avec la Black Market Update, Almir réagit comme un entrepreneur classique. Depuis le lancement de Payday 2, Overkill (surtout depuis le partenariat avec 505 Games, en fait) suit une véritable politique d’expansion galvanisée aux hormones. DLC, mises à jour, événements, soldes… Overkill et 505 Games ont multiplié les manœuvres visant à élargir le champ d’action de leur jeu, et se sont pour cela progressivement éloignés de leur communauté, ce qui semble naturel lorsque celle-ci comprend plusieurs millions de personnes. Peu à peu, Payday 2 étendait son empire sur Steam et ses créateurs injectaient progressivement leur vision à long terme du projet au fil des mises à jour. C’est une transition normale, qu’ont vécu d’autres jeux du genre. Ils n’en sont pas morts pour autant.

Par la force des choses (et même s’ils tentent de faire bonne figure sur les réseaux sociaux et Reddit), les développeurs étaient donc de moins en moins bien perçus par leurs fans de la première heure, mais avaient de plus en plus de raisons de ne pas s’en soucier, le nombre de joueurs total augmentant considérablement. Plus le gâteau grossit, plus la part de “grincheux mécontents” se fait étouffer par la majorité silencieuse, qui se fiche de connaitre les aléas du développement et du marketing tant que les changements ne portent pas atteinte au core gameplay du jeu, celui pour lequel elle a dépensé 19,99€ sur Steam.


Source : SteamSpy

Reddit crie, mais les chiffres ne mentent pas : pour Overkill, l’opération est un succès. Même si Payday 2 a obtenu considérablement plus de Steam Reviews négatives ces derniers jours, la vague de mécontentement semble déjà réduite et l’audience du jeu a quant a elle monté en flèche grâce au week-end gratuit. Résultat des comptes : la communauté a eu du contenu supplémentaire, Payday 2 s’est bien vendu pendant la CrimeFest, a généré du chiffre et a fait parler de lui sur Internet. Même si c’est terriblement douloureux à constater pour un consommateur averti, toute publicité est bonne à prendre et Overkill avait bien calculé son coup. Avec une telle communauté derrière eux, ils ne risquaient pas grand chose.

Au final, la Black Market Update n’est que l’évolution logique de Payday 2, en attendant un éventuel passage au modèle free-to-play, déjà bien pressenti depuis qu’Almir ait affirmé “avoir besoin des micro-transactions pour continuer à faire le jeu”. Pourquoi Overkill chercherait à monétiser la partie interne de leur jeu si celui-ci est déjà payant de base ? Le mouvement est terriblement maladroit et vivement critiqué, mais le serait beaucoup moins si Payday 2 était déjà gratuit. Seulement, le gros épisode de “ras-le-bol” aurait certainement déjà eu lieu lors du passage au F2P. La communication n’a jamais été le fort du studio (et c’est peu dire), et assommer les joueurs dès le premier jour de la CrimeFest avec tout ça n’était certainement pas une idée de génie. Ajoutez à cela des bugs, des soucis d’équilibrage récurrents et une communauté qui réagit au quart de tour, le résultat ne se fera pas attendre.

Fans déçus, studios avares et tempêtes dans des verres d’eau : bienvenue sur Internet. La Terre ne va pas s’arrêter de tourner pour des micro-transactions et un peu comme le GamerGate ou n’importe quelle ânerie “crise”, tout le monde va passer à autre chose, jusqu’au prochain épisode similaire.

Mais après tout, on s’est quand même bien amusés, non ? Et puis ils ne sont pas si moches, ces nouveaux masques.

NOTE : Si vous n’arrivez plus à vous regarder dans le miroir depuis que cette infâme nouvelle version de Payday 2 est installée sur votre PC, envisagez un retour à la mise à jour 78, exempte de micro-transactions. Une petite communauté assez active s’est formée, et ça semble tourner plutôt bien en multijoueur.