Ouais, j’ai craqué et j’ai acheté Evolve. Le marketing a eu raison de moi, ses trailers super pompeux, son gameplay novateur, sa preview qui faisait envie… Bien que la raison me conseillait d’attendre, mon petit cœur de gamer me répétait dans le même temps “Mais vas-y achète-le, allez, juste pour voir”. Saloperie de tentation.

On ne va pas répéter ce que vous savez déjà sur le système de jeu, vous avez toutes les informations détaillées dans notre précédente preview. Ici, on va plutôt se concentrer sur le feeling global et l’évolution du gameplay dans le temps, après quelques dizaines d’heures de jeu.
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Sautez le chapitre ci-dessous si vous avez joué la bêta

Rappelons tout de même le principe de base : Evolve est un jeu à gameplay asymétrique, qui met en scène un groupe de quatre joueurs, les chasseurs, face un dernier joueur, le monstre. Le but étant pour les chasseurs de poursuivre le monstre et de le tuer, tandis que le monstre doit d’abord passer par une phase d’évolution avant de pouvoir s’attaquer aux chasseurs. Les chasseurs commencent au maximum de leurs capacités et possèdent chacun différents attributs en rapport avec leurs classes (Trappeur, Soigneur, Assaut ou Soutien) et sont donc pleinement opérationnels dès le début de la partie. En revanche, le monstre doit d’abord prendre des forces en parcourant la carte pour trouver des proies et s’ennuyer à remplir une “jauge d’évolution” qui lui permettra de passer jusqu’au niveau 3, seuil d’évolution maximum. Toute la subtilité de Evolve se concentre donc dans la traque du monstre, avant qu’il n’atteigne le niveau 3 et qu’il devienne ainsi extrêmement difficile à battre.

On s’amuse entre noobs

T’as de beaux pixels, tu sais
Le CryEngine fait toujours autant de merveilles et le jeu est très bien foutu (mis à part quelques animations d’un ridicule à mourir). Turtle Rock a également pensé aux configs moyennes et permet de jouer en qualité moindre avec des cartes graphiques et processeurs datant déjà de quelques années. A cela s’ajoute les réglages classique comme l’accélération de la souris ou la V-Sync (mais pas le FOV, dommage).

On peut donc décomposer une partie en deux temps : la traque et la confrontation directe. Et après un paquet d’heures de jeu, force est de constater que Turtle Rock a développé un titre qui se jouera de façon éphémère, tant l’intérêt à long terme du jeu… est justement inexistant.

Par contre Evolve est très fun quand on débute : tout le monde fait de la merde pendant la partie et les erreurs de chacun, chasseurs et monstre, amènent des situations très dynamiques qui font qu’on ne s’ennuie jamais. Par exemple, le monstre joue mal et court sur toute la carte sans couvrir ses traces en mode furtif, il fait peur aux oiseaux sur son passage, ce qui révèle donc sa position pendant un court instant, et s’enfuit lors d’escarmouches ratées – on repart alors sur une phase de traque.

Les chasseurs ne sont pas en reste : le Trappeur oublie de balancer “l’arène de combat” qui permet de piéger le monstre sur une surface d’environ un hectare, le Soigneur ne soigne pas ses potes, l’Assaut bourrine sans réfléchir, le Soutien ne sait pas trop quoi faire… A ce moment, les parties sont relativement équilibrées et dynamiques puisque personne ne sait trop comment contrôler son personnage.

Le teamplay des 1337s qui s’ennuient

Quelques doses de skill plus tard, les parties commencent à devenir un peu plus stratégiques et on comprend alors l’utilité de jouer en équipe : c’est évidemment la clé de voûte pour réussir à tuer le monstre. On se rend également compte que finalement, Evolve est un jeu qui privilégie avant tout le timing par rapport au skill pur : il s’agira pour les chasseurs d’utiliser au bon moment leurs différentes capacités, soit pour faire des dégâts au monstre, soit pour protéger les autres chasseurs. Il n’y pas vraiment de précision qui rentre en ligne de compte, vu que votre cible est un immeuble de cinq étages et qu’un coup de patte géante vous enverra simplement valser à quelques mètres sans préavis. Même constat pour le monstre : il lui suffira de spammer les cibles microscopiques et d’utiliser quelques capacités pouvant faire d’importants dégâts de zones.

Crocodile Dundee style

Melting-potes
On a souvent parlé de matchmaking un peu foireux à la sortie du jeu mais les soucis ont été corrigés depuis. Les parties se jouent toujours avec des personnes du même niveau, même si sur Evolve ça ne veut pas dire grand chose : un mec peut avoir maxé un perso et ne jouer qu’avec lui, puis basculer sur un nouveau chasseur qu’il n’a encore jamais testé. Le mieux étant comme toujours de jouer avec des potes via des parties privées et customisables.

Si la confrontation directe est généralement synonyme de stratégie “bas du front”, la phase de traque est déjà nettement plus intelligente, surtout lorsque les joueurs savent un minimum gérer leurs personnages. Il faudra être attentif aux traces laissées par le monstre afin d’anticiper l’endroit où il pourrait se trouver. Une carcasse d’animal ici ? On est sur le bon chemin. Une poignée d’oiseaux qui s’envolent là-bas ? Le monstre est dans cette direction. Couplé à la connaissance des cartes, il est possible de deviner la position du monstre et de l’affronter avant qu’il ait pu évoluer.

Mais encore une fois, cette phase a ses limites : dans une configuration où tous les joueurs savent très bien jouer, le monstre est quasi indétectable durant ses phases d’évolutions et arrive assez rapidement au niveau 3. S’en suit alors l’inévitable pour les chasseurs comme pour le monstre : foncer au camp de base et protéger l’objectif pour les uns, débouler et tout casser pour l’autre.

On retombe ainsi dans la phase de confrontation directe, mais cette fois avec un monstre de niveau 3 très difficile à battre étant donné la puissance de ses attaques et de ses capacités spéciales. Et à terme, toutes les parties finissent comme ça, à moins que tout le monde joue le jeu en continuant ces phases de cache-cache stratégiques (même avec un monstre de niveau 3) et en évitant cette confrontation ultime assez brouillonne.

Un jour sans fin

Bon élève
Globalement parlant, Evolve rencontre un petit succès : avec son concept encore assez peu exploité dans le jeu vidéo, il arrive à accrocher même les plus réticents pour leur faire passer un bon moment (court mais intense). La moyenne de 78 sur Metacritic parle d’elle-même, bien que sur Steam le jeu se fasse sensiblement déchirer, la faute à une politique agressive de DLC.

Il est donc dommage de constater que Turtle Rock n’ait pas anticipé cette évolution en proposant par exemple des mutators qui permettraient de changer quelques paramètres du jeu pour renouveler une expérience qui montre assez vite ses limites : retirer la limite de temps, permettre au monstre de récupérer de la vie, empêcher le rush final sur l’objectif, bloquer le monstre au niveau 2… Il y a certes des cartes spéciales avec des objectifs à réaliser, mais celles-ci sont tellement mal équilibrées qu’on leur préfère la chasse classique – mention spéciale au mode de jeu “Nid” quasi impossible à finir pour un monstre face à un groupe de chasseurs expérimentés.

On peut aussi penser au système d’expérience qui permet de débloquer d’autres personnages et monstres possédant des nouvelles capacités (8 chasseurs et 2 monstres, déblocables en un peu plus d’une dizaine d’heures) mais après le regain d’intérêt immédiat, on retombe très vite dans un schéma classique et… il faut l’avouer, assez répétitif.

Le mieux, si vous avez trop d’argent, c’est de tester le bousin. Vous pourrez trouver Evolve chez notre partenaire Amazon à 35 €.

Oui, mais en fait non.

Evolve est un jeu conçu pour durer quelques mois. Il est probable que dans moins d’un an, ceux qui l’ont acheté dès la sortie soient tous passés à autre chose. Intéressant dans son concept novateur qui avait été abordé dans Left 4 Dead avec ses combats contre le “tank”, il laisse finalement un arrière-goût de brûlé, comme un gâteau qu’on aurait cuit trop fort mais pas assez longtemps. Véritablement fun pour les débutants, le jeu montre malheureusement très vite ses limites, la faute à un gameplay qui n’arrive pas à se renouveler une fois que les joueurs maîtrisent ses rouages. Ceux qui aiment l’écrasante routine et les timings réglés au poil de cul seront comblés, alors que les autres rigoleront un bon moment avant de lâcher le jeu avec un “c’est dommage”. Au pire, vous pourrez toujours acheter les super DLC.