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Le jour où nous avons lancé Homefront pour la première fois, nous ne nous attendions pas à un miracle. Sur les forums, les joueurs décrivaient le FPS de Kaos Studios comme un petit trisomique fait par Frontlines dans le dos de Modern Warfare, et quant aux sites spécialisés, le message était clair : passez votre chemin, il n’y a rien à voir. Mais que voulez-vous, la passion du FPS aidant, nous avons tout de même voulu nous faire notre propre opinion sur la question. [–SUITE–]

Shua teste le solo

En février dernier, Kaos Studios profitait d’une interview pour clamer haut et fort que la série Call of Duty était “mal rythmée (…) à cause de l’action incessante qui avait trop rapidement tendance à fatiguer les joueurs”, et qu’ils avaient donc décidé d’agir différemment avec Homefront, en effectuant des pauses entre les combats, toutes les deux ou trois minutes. A l’époque, nous trouvions ça gonflé et inquiétant ; nous avions raison. Sérieusement les gars, qu’est ce qui vous est passé par la tête ?

Chiant comme la mort

Et l’histoire ? Le scénario à anticipation de Homefront aurait dû être son atout numéro 1, mais il ne m’a pas vraiment laissé de souvenir. Si j’ai bien compris, on doit voler et escorter trois camions-citernes pour alimenter l’armée et attaquer San Francisco. Je suis surement passé à côté de quelque chose, car c’est vraiment trop débile pour être ça.

Dans Homefront, le rythme est constamment haché par des portes à ouvrir ou des frigos à retourner. Il y a même des scènes où, forcé de garder votre arme baissée, vous êtes relégué au rôle d’observateur durant de longues minutes. On imagine que ces séquences sont là pour accentuer la narration et faire monter les larmes aux yeux du redneck républicain face à la cruauté de l’envahisseur coréen, mais me concernant, du fin fond de ma banlieue parisienne, ça ne m’émeut pas plus qu’une romanichelle et son nouveau né faisant la manche sur les marches du métro.

Composée de sept chapitres, la campagne solo de Homefront se termine en quatre heures sans proposer de réel challenge : il vous faut peu de balles pour mourir, mais les ennemis sont faibles et un peu cons. Vous lui trouverez certainement quelques bonnes idées si vous n’avez pas joué à un FPS guerrier depuis 2004, mais pour les habitués du genre, l’aventure n’est qu’une succession de mécaniques de gameplay déjà vues et revues, ponctuées par des maladresses de mise en scène. Vous ne commencerez à vous amuser que lors des deux derniers chapitres qui n’ont pourtant rien d’exceptionnel :

  • Le sixième se déroule à bord d’un hélico à piloter et ne vaut pas mieux que la mission Ascension de Crysis, mais après avoir passé plus de deux heures à attendre vos coéquipiers et à répéter sans cesse les mêmes actions, vous aurez l’impression de vivre un moment fort et intense.
  • Le septième et dernier chapitre est également le meilleur. Visuellement, la scène d’ouverture est la plus marquante du jeu. Par la suite, les développeurs vous accordent une vingtaine de minutes de gunfights ininterrompus durant lesquelles vous pouvez enchainer les frags par dizaine. Le contraste est tellement fort avec les précédents niveaux que l’on doit probablement buter autant de Coréens dans ce dernier chapitre que durant tout le reste de l’aventure.

Dans la plupart des FPS à gros budget, ces deux chapitres passeraient inaperçus, mais comparés à la médiocrité de la campagne solo de Homefront, il s’agit de petits bijoux qui réussiraient même à faire de l’ombre aux meilleures scènes de Sniper : Ghost Warrior.

Inutile d’en rajouter, vous avez compris que cette campagne n’a guère d’intérêt et ne mérite pas votre attention, à moins peut-être de trouver le jeu dans un bac Fnac à 5 ou 10€.

Dr.Loser teste le multi

Sans être un ratage total, le multi de HomeFront est un mélange sans âme de Call of Duty et Battlefield. Il propose deux modes de jeu : du TDM décérébré et de la capture de zones à tenir le plus longtemps possible. On peut y jouer à 32, mais on sent que les cartes ne sont pas conçues pour : elles ressemblent à de vastes étendues dans lesquelles les level designers auraient dispersé des éléments de décors sans chercher à donner une cohérence à l’architecture ou à orienter le gameplay autour de zones chaudes.

Le royaume des snipers

Les maps étant circulaires, vous trouverez des tonnes de snipers à leurs périphéries, et comme les planques sont réparties un peu n’importe comment, on se retrouve face à un paradoxe typique de la carte mal branlée : vous pouvez vous mettre à couvert partout, mais vous n’êtes jamais à l’abri, car l’ennemi peut être n’importe où. Dans ces conditions, il est très difficile de progresser, surtout quand vous avez 16 joueurs en face de vous et que les armes font aussi mal que dans les mods hardcore des autres FPS :

Une balle de snipe est généralement fatale. Sachant que le fusil de précision tire en semi-automatique, que les hitboxes sont énormes et que les projectiles ont une trajectoire rectiligne et voyagent à la vitesse de la lumière, il n’est pas étonnant qu’on se retrouve avec la moitié de snipers dans chaque équipe. Comme si ce n’était pas assez le bordel comme ça, les joueurs peuvent acheter des drones, des tanks, mais aussi des hélicoptères de combat qui spawnent dans le ciel, au beau milieu de la map, prêts à massacrer la piétaille impuissante.

Aucun teamplay

Le gameplay mal équilibré n’est pas la seule cause du bordel ambiant qui règne sur les serveurs : les classes n’ont strictement aucun outil pour coopérer : pas de medic pour vous relever, pas de support pour vous filer des munitions, pas d’ingénieur pour réparer votre tank… Dans ces conditions, les joueurs n’ont aucun intérêt à rester groupés et il n’y a donc aucun teamplay.

Finalement, oubliez ce que j’ai dit, le multi de HomeFront est un ratage total. Au mieux, vous vous y amuserez une dizaine d’heures, le temps de découvrir puis d’exploiter les failles du gameplay. Mais quand tous les joueurs auront atteint un bon niveau, le jeu ne sera plus qu’une usine à frustration où les snipers omnipotents régneront en maîtres sur les sept malheureuses maps multi qui tourneront en boucle.

Merci à polioman pour les screenshots.