Action Forms est le développeur Ukrainien à qui l’on doit Vivisector, un FPS tellement mauvais qu’on se demande s’il n’a pas été conçu spécialement pour un groupuscule de joueurs masochistes. Leur nouveau jeu se nomme Cryostasis et, comme toutes les bouses d’Europe de l’Est, il souffre d’un gameplay répétitif, d’un level design médiocre et d’une IA nullissime. Mais le pire reste son moteur 3D qui se permet de mettre à genoux des cartes graphiques à 400 euros alors que le jeu se déroule dans un navire dont la plus grande pièce ne doit pas mesurer plus de 30m de côté. Malgré ça, Gamekult lui colle un 7/10 et JeuxVideo.com un 8/10. Explications : [–SUITE–]

Cryostasis est un jeu d’aventure en vue subjective où les combats passent au second plan. Il se rapproche de titres comme Call of Cthulhu: Dark Corner Of The Earth, Penumbra ou Condemned. L’action se déroule dans un brise glace russe à propulsion nucléaire dont l’équipage a été décimé après s’être échoué sur la banquise. Mais décimé par quoi ? Et dans quelles conditions ? Vous débutez l’aventure sans le moindre indice. Tout l’intérêt du jeu consiste à découvrir petit à petit les origines de ce mystère en errant dans les coursives de ce gigantesque navire fantôme où règne un froid mortel.

Le gameplay est composé de trois éléments qui mériteraient tous d’être revus en profondeur. Les combats bénéficient d’armes au comportement satisfaisant, mais ils sont plombés par des ennemis abrutis, des mouvements lents, des situations répétitives et un framerate si bas que les développeurs n’osent à aucun moment vous opposer plus de deux ennemis à la fois : déjà avec un seul, le jeu rame tellement qu’il est presque impossible de viser. Que ce soit au corps à corps ou à distance, les combats de Cryostasis n’ont rien de plaisant et on ne peut les considérer autrement que comme un mal nécessaire pour progresser dans le jeu.

En dehors de ça, vous passez la plupart de votre temps à explorer le navire. Les cartes sont petites et les niveaux très linéaires : le gameplay consiste à appuyer sur un bouton, tourner une valve, ramasser une clef ou réaliser une autre fadaise dans le genre pour avancer. Le level design n’a donc rien de fabuleux et la plupart des actions nécessaires pour progresser sont sans intérêt. Le pire, ce sont les pièges qui vous prennent par surprise et vous tuent instantanément sans vous donner l’occasion de réagir. Ils sont rares, mais ils existent ce qui donne une idée du manque de talent des level-designers.

On notera tout de même une gestion innovante et intéressante de la santé : vos points de vie sont remplacés par une jauge représentant votre chaleur corporelle. Chaque blessure la fait chuter et elle descend lentement toute seule si vous n’êtes pas proche d’une source de chaleur. Ces dernières sont bien réparties dans les niveaux ce qui vous permet de vous réchauffer entre deux passages difficiles. Le système réussit à maintenir une pression constante sur le joueur qui ne sait jamais quand est-ce qu’il pourra se réchauffer tout en fournissant une explication plausible sur son état de santé.

La dernière composante du gameplay est liée aux pouvoirs paranormaux du héros : quand il croise un des membres décédés de l’équipage, il peut se projeter dans son corps quelques secondes avant sa mort afin de corriger les erreurs qui l’ont conduit au trépas. L’intérêt est double : en termes de jeu, ça vous permet de débloquer un passage et de progresser dans le niveau. De plus, vous revivez ainsi les derniers instants qui ont conduit l’équipage à sa perte ce qui révèle petit à petit le mystère qui englobe le jeu. C’est là l’atout majeur de Cryostasis.

Dans la plupart des FPS, l’histoire vous est racontée au travers de documents, de dialogues ou de scènes cinématiques : dans tous les cas, vous n’êtes que spectateur. Mais dans Cryostasis, grâce à la possibilité d’incarner les morts, vous devenez acteur de l’histoire. Le gameplay et le scénario sont donc intimement liés ce qui rend la narration plus fluide et surtout plus captivante. Portal avait réussi la même prouesse, mais c’est presque le seul exemple qui me vient en tête.

Malgré ce test déprimant, le scénario mystérieux de Cryostasis et la façon dont vous le découvrez suffisent à faire de Cryostasis un jeu qui vaille la peine d’être joué. Dommage que pour en profiter il faille supporter le gameplay médiocre et le moteur 3D catastrophique, car Cryostasis propose une histoire, une ambiance et de nombreux passages qui en font une expérience mémorable. On ne peut pas en dire autant des autres productions actuelles qui sont beaucoup mieux réalisées et plus agréables à jouer, mais qu’on oublie presque instantanément après les avoir terminées.

Cryostasis ne coûte que 35 euros et je pense qu’il les vaut, mais il faut se faire violence pour l’apprécier. Je ne regrette pas d’avoir fait l’effort, mais je doute que la majorité des joueurs réussissent à supporter d’y jouer plus d’un quart d’heure.

Screenshots tirés du test rédigé par Nooky.