Il ne faut pas croire que Grand Reporter est un métier rigolo. Surtout quand il s’agit de jeux vidéo. En général, lors d’une présentation presse, vous croisez des jeunes à la mine fatiguée qui passent plus de temps à squatter le bar et à se lamenter sur la médiocrité des jeux actuels qu’à s’éclater devant les machines prévues pour.

Left 4 Dead fait partie des exceptions qui confirment la règle. Lorsque j’ai pu y jouer, connectés en multiplayer sur une vingtaine de PC, les journalistes riaient, hurlaient et s’invectivaient d’un bout à l’autre de la LAN. En voyant tous ces Reporters blasés s’amuser en pleine présentation presse, je me suis dit à moi-même “jeune pd, il se passe quelque chose de vrai dans cette pièce”.[–SUITE–]

Un terrible virus transforme les êtres humains en Infected qui, tels des morts-vivants, n’ont qu’une idée en tête : CERVEAU ! En l’occurrence, votre cerveau. Vous êtes un groupe de 4 survivants cloisonnés dans une petite pièce. Devant vous, 4 medikits, quelques Uzis, un fusil à pompe et une pile de munitions étalés pêle-mêle sur une table. Derrière la porte blindée, la rue où grouillent les infectés. A l’autre bout de la ville, un toit où l’antenne radio vous permettrait d’appeler les secours. Francis, le biker tatoué, s’approche des armes et saisit le pompe. “Bon, on l’ouvre cette porte ou on s’encule ?” Zoey, voyant que personne ne semble chaud pour sortir, se dirige vers de la porte et fait sauter les verrous.

Tous les niveaux de L4D sont agencés de la même façon : vous débutez dans une salle remplie de matériel. Une fois la porte ouverte, vous et vos trois coéquipiers devez traverser une longue carte parfaitement linéaire jusqu’au prochain havre de paix où vous referez le plein de munitions. Les maps ne proposent pas de chemin alternatif, mais ça ne pose pas trop problème : le concept du jeu consiste à avancer rapidement pour ne pas se faire submerger, tout en restant prudents et groupés. Les infectés spawnent de façon aléatoire et les environnements sont assez ouverts pour que la menace puisse arriver de n’importe où. La moindre erreur se paye très cher, impossible de souffler, les 4 survivants sont constamment sous pression.

L4D est composé de 4 campagnes divisées elles-mêmes en 4 cartes que vous devriez boucler chacune en moins d’1/4 d’heure. Dans le mode de jeu auquel nous avons joué, si les survivants se font tous tuer, ils doivent recommencer toute la campagne. Au total, si vous réussissez chaque mission du premier coup, vous en avez donc pour 4 heures de gameplay en tant que survivants… Mais malheureusement pour nos 4 amis, tout le monde n’a pas survécu !

Si votre petite maman vous avait dit qu’un jour vous ramperiez sur un toit attendant patiemment qu’un type passe en dessous pour lui sauter dessus, le rouer de coups et lui mordre le visage pour lui arracher un lambeau de joue, vous ne l’auriez peut-être pas cru. Mais que voulez-vous, c’est la vie ! Vous, vos trois potes infectés et les légions de zombis qui vous accompagnent, vous avez peut-être des sales gueules, mais vous avez faim et vous êtes bien déterminés à bouffer le cul de Zoey, au sens littéral du terme.

Vous êtes un hunter. Ce n’est pas par choix que vous l’êtes devenu : en tant qu’infecté, vous vous faites descendre très rapidement et vous réapparaissez chaque fois dans une classe attribuée au hasard. Vous êtes très rapide, vous régénérez vos blessures et vous êtes capable de bondir sur quatre mètres pour plaquer vos proies au sol. Votre tactique : rester planqué, attendre le bon moment, fuir si vous êtes découvert, cibler un type isolé, lui sauter dessus et le massacrer avant que ses potes ne viennent lui porter secours. Si vous avez déjà joué au mod The Hidden pour Half-Life 2, vous devriez vite retrouver vos marques. Le Hunter nécessite une très bonne intelligence de jeu et beaucoup de skill pour réussir votre bond sur une cible en mouvement armée d’un M16.

Votre pote le Boomer est un peu moins subtil, mais tout aussi efficace. Son truc à lui, c’est de débouler au milieu d’un groupe et d’attendre qu’on lui tire dessus, ne serait-ce qu’une balle, pour exploser dans une gerbe d’acide. Pour convaincre les survivants de le shooter, il vomit jusqu’à trois mètres pour aveugler ses ennemis et les ruiner au corps à corps. Le Boomer est à l’aise dans les environnements urbains où il peut surprendre ses adversaires, mais totalement inefficace en extérieur où sa lenteur et sa corpulence en font une cible facile. La tâche du Boomer consiste essentiellement à trouver un bon coin pour se poser et attendre qu’on passe à proximité pour foncer au corps à corps. Avec son attaque kamikaze, ce n’est pas une classe très jouissive à jouer, mais elle peut infliger des dégâts monstrueux.

Le Tank n’est pas beaucoup plus subtil, mais jouissif, il l’est ! Cette montagne de muscles peut encaisser plusieurs chargeurs de fusil mitrailleur et il est capable de massacrer au corps à corps un groupe entier de survivants. Le problème du Tank, c’est qu’il est à peine plus rapide qu’un humain marchant à reculons et qu’il ne tient pas longtemps sous le feu de 4 adversaires. Le Tank est de loin l’infecté le plus puissant, c’est souvent lui qui fait la différence entre la victoire ou la défaite, mais il est loin d’être simple à jouer. La meilleure tactique consiste à attaquer dans des endroits étroits et à se servir de votre cible comme d’un bouclier en la maintenant entre vous et les autres survivants. Votre objectif : rester en vie le plus longtemps possible tout en portant un maximum de coups. Le problème, c’est que le Tank est un berserker et que si vous n’attaquez pas rapidement, vous perdez son contrôle.

Restent le Smoker et la Witch qui n’étaient pas intégrés dans la version que j’ai pu essayer. Le Smoker lâche des nuages de gaz pour se camoufler et enroule sa longue langue autour du cou d’un survivant pour l’isoler du groupe. La Witch, qui sera toujours contrôlée par l’IA, se contente de gémir dans un coin sombre jusqu’à ce qu’on l’éclaire ou qu’on lui tire dessus : elle se transforme alors en une furie aussi puissante qu’un Tank et aussi rapide qu’un Hunter. Ils ont dû s’inspirer de ma femme lorsqu’elle a ses règles.

Les infectés sont tous très fragiles. Même le Tank peut mordre la poussière en une dizaine de secondes s’il attaque de front les 4 survivants. Leurs attaques sont puissantes, mais impossible de les placer face à un groupe de 4 gars. Par exemple, un Hunter qui plaque une cible au sol la tuera petit à petit sans qu’elle ne puisse rien faire. Par contre, si un deuxième survivant se pointe et le dégage tout de suite, le Hunter ne causera quasiment aucun dégât. Les infectés sont donc obligés d’attendre que la meute de zombis dirigée par l’ordinateur cause la panique chez les survivants, puis profiter de la confusion pour attaquer tous en même temps.

Le rôle des 4 infectés est très complexe à jouer car il nécessite du teamplay et de la finesse, mais quel bonheur de réussir une action d’éclat et de frustrer les quatre survivants en les faisant perdre ! Celui des survivants est déjà un peu plus simple : il leur suffit de rester constamment groupés, de couvrir tous les fronts, de bien viser, d’éviter de se tirer dessus entre eux et de gérer leurs munitions et leurs medikits. La tâche la plus difficile consiste à ce que le groupe surveille constamment les environs sur 360 degrés : croyez-le ou non, mais le gars chargé de couvrir vos arrières se laisse facilement distraire lorsqu’une trentaine d’infectés chargent ses copains auxquels il tourne le dos. Si les survivants parviennent à conserver leur sang-froid et réussissent à combattre en restant collés les uns aux autres, rien ne devrait les arrêter… Sauf peut-être un Tank, un Boomer embusqué ou une Witch. La moindre erreur se paye très cher, impossible de souffler, les 4 survivants sont constamment sous pression, mais ça, je vous l’ai déjà dit.

Les survivants, comme leur nom l’indique, ne sont pas censés mourir. Mais imaginons que Zoey vienne à décéder : dans ce cas, elle devra patienter quelques minutes que le reste du groupe se fasse démolir, ou que ses potes passent à proximité d’une pièce ou elle est détenue en captivité.

Par contre, les infectés se font régulièrement massacrer. Pour respawner, ils doivent attendre que les survivants avancent à travers le niveau. Dès qu’ils ont franchi une ligne imaginaire (mais bien visible lorsque vous êtes en mode spectateur et que vous attendez de réapparaitre), le jeu vous attribue une classe de personnage au hasard et vous choisissez où vous respawnez : dans le dos ou face aux survivants, peu importe, tant que ce n’est pas trop proche d’eux.

Le rythme de jeu est très soutenu : au cours d’une mission d’1/4h, les survivants abattent chacun une centaine de zombis et les joueurs infectés ont le temps de réapparaitre une bonne dizaine de fois. L4D réussit à imposer un gameplay où la situation n’est jamais gagnée d’avance. Le jeu s’appuie sur une IA qui choisit à la volée le nombre et le type d’infectés qui respawnent. Si les Survivants s’en tirent trop bien, l’IA leur enverra des grosses vagues de zombis, voire un Tank pour les garder sous pression. L’action reste toujours très intense et la survie des humains ne tient jamais qu’à un fil.

A première vue, L4D pourrait passer pour le FPS de coop ultime. Tellement ultime qu’on peut jouer en coop contre d’autres joueurs qui incarnent les infectés. Le problème, c’est que ça reste du coop dans le sens où vous ne jouez pas dans des arènes, mais sur des longs niveaux linéaires qui s’enchainent pour former des campagnes, elles-mêmes linéaires. Le risque, c’est qu’il est possible qu’on se lasse rapidement de refaire tout le temps les mêmes cartes. Il faut espérer que la diversité d’action de chaque infecté enrichisse suffisamment le gameplay pour éviter qu’il devienne répétitif.

Le même problème se pose pour l’arsenal des survivants : toutes les armes se ressemblent. Il y a d’un côté le shotgun et de l’autre les mitrailleuses. Le fusil de précision n’est pas très efficace et les grenades sont si peu nombreuses que vous en oublierez jusqu’à l’existence. Là encore, il y a un risque pour qu’après quelques dizaines d’heures, on ait l’impression d’avoir fait le tour de toutes les possibilités offertes par les survivants.

Autre souci : le jeu est assez beau avec des graphismes cohérents, une chouette palette de couleurs et des animations absolument splendides, mais les environnements manquent cruellement de vie. Moteur Source oblige, il n’y a quasiment aucun éclairage dynamique et tout semble bien plat. Il n’y a pas assez de sons d’ambiance, de brouillard, de passages vraiment très sombres et d’objets interactifs. On a trop souvent l’impression de visiter un décor de cinéma en carton.

Enfin, L4D demande tellement de teamplay qu’on peut craindre qu’il ne perde de son charme lorsqu’il n’est pas joué en LAN.

Plaisir garanti ?

VALVe espère que L4D deviendra le Counter Strike du jeu en coop. De nombreux problèmes pourraient faire qu’il n’en ait pas la longévité, qu’on se lasse trop vite de la répétitivité du gameplay et de la linéarité des niveaux. Mais ce que je peux vous affirmer après y avoir joué quelques heures, c’est qu’avant de vous ennuyer, vous allez vraiment vous éclater. Là-dessus, les Grands Reporters les plus blasés sont unanimes !

Left 4 Dead est développé par VALVe et Turtle Rock. Le portage sur X360 est assuré par Certain Affinity et on se demande bien comment les survivants pourront défendre leurs peaux au gamepad fasse à des hordes de zombis aussi rapides. Le prix du jeu et sa date de sortie n’ont pas encore été définis. Au mieux, L4D sortira en septembre 2008 pour 30 euros. Au pire, il faudra débourser 50 euros en 2009. Avec VALVe, on ne sait jamais !

Regardez-les ! Si ça ne sont pas des joueurs qui s’amusent…