A ma droite, Call of Cthulhu Dark Corners Of The Earth, un FPS qui aura demandé plus de cinq ans de développement. Résultat : Headfirst ferme, le jeu est bradé à cinq euros sur Xbox et sort sur PC sans aucun soutien marketing.

A ma gauche, Condemned : Criminal Origins. Du boulot de pro bouclé en temps et en heure par Monolith. Il s’agissait d’un des meilleurs titres disponibles à la sortie de la XBox 360. Sega a assuré sur la promo et au final le jeu totalise une bonne demi-douzaine de previews rien que sur Gamespot.

Au centre, Dr.Loser, trentenaire passionné de FPS totalement blasé attendant désespérément un jeu capable d’éveiller son intérêt. Alors, Condemned ou Cthulhu ?[–SUITE–]


Call of Cthulhu


Condemned

Il était une fois l’horreur

Le scénario de Cthulhu est inspiré de plusieurs nouvelles de Lovecraft. Pour ceux qui connaissent un peu le “mythe”, c’est un véritable plaisir d’enquêter à Innsmouth, combattre les Profonds, affronter les adorateurs de Dagon, croiser La Grande Race, voyager dans L’Abîme Du Temps et se retrouver emprisonné dans l’asile d’Arkham. L’histoire se déroule dans les années 20 : vous incarnez Jack Walters, un détective dont l’enquête dérape rapidement vers le surnaturel…

Si vous avez vu Se7en ou SAW, vous savez de quoi parle Condemned : Un tueur en série totalement barge se lance dans une vague de meurtres tous plus tordus les uns que les autres et commence à s’en prendre à vous, l’inspecteur Ethan Thomas. Il fait nuit, vous errez dans des bâtiments délabrés, des maniaques vous sautent à la gorge sans raison et vos anciens collègues s’imaginent que vous êtes le meurtrier. Rapidement, vous vous retrouvez seul au monde…


Captain Obvious à la rescousse !

To be or to see, that’s the question !

Il existe une différence fondamentale entre les deux jeux : Condemned a tendance à montrer la folie et l’horreur tandis que Cthulhu tente de vous la faire vivre. Pour Jack Walters (Cthulhu), un cadavre mutilé suffit à lui faire perdre son sang froid. Même l’altitude lui donne des vertiges et trouble sa vision. Quand la situation s’aggrave, le voilà qui commence à délirer : il marmonne dans sa barbe, son coeur s’accélère, il remet en doute ce qu’il a devant lui et finit par chialer. Sa vue devient alors complètement floue et instable : vous ne pouvez que fuir ou vous blottir dans un coin et observer vos pieds en attendant que ça passe. Au bout du compte, vous finissez par ressentir la détresse et l’impuissance de votre personnage… Impressionnant, à condition de rentrer dans le jeu.

Dans Condemned, malgré les cinglés difformes qui lui tombent dessus à chaque coin de rue, Ethan Thomas n’hésite jamais un seul instant à se rendre dans le repère d’un tueur en série. Il a beau se retrouver dans la merde jusqu’au cou, il ne se décourage pas, rien ne semble l’atteindre. Le voilà donc seul contre une meute d’aliénés, une barre de fer dans la main, prêt à en découdre !


Ce n’est pas vraiment la même ambiance

Spectateur ou acteur ?

On retrouve le même phénomène au niveau du gameplay. La plupart des niveaux de Cthulhu proposent une grande liberté d’action. Vous devez fouiller des documents, explorer, examiner les tableaux, revenir en arrière, chercher un passage secret et ainsi de suite. Il est facile de se retrouver bloqué, sans aucune idée de ce que vous êtes censés faire. De nombreuses cartes sont construites comme des jeux d’aventure et, tout comme dans une saloperie de point’n click, il vous arrivera sans doute de tenter d’utiliser chacun des objets de votre inventaire sur un élément du décor en espérant qu’il se passe quelque chose. La composante aventure est tellement présente qu’il faudra attendre la troisième heure de jeu avant de trouver une arme et de pouvoir commencer à se battre.

A contrario, Condemned vous prend constamment par la main et fait de vous un spectateur. Si vous êtes censé ouvrir une porte, il sera indiqué en toute lettre quel objet utiliser. Les niveaux étant très linéaires, il suffit en général d’explorer la pièce suivante et de dégommer un ou deux ennemis pour trouver l’outil qui vous permettra de débloquer le passage. Si vous espériez faire joujou avec les outils de la police scientifique, vous allez vite déchanter. Relever des empreintes ? Prélever de l’ADN ? Oui, c’est possible, mais ça n’a strictement aucun intérêt. Exemple : vous entrez dans une pièce et découvrez un cadavre. En bas de l’écran, un message vous indique de sortir votre lampe UV. Vous pressez la touche “ACTION” et il ne vous reste plus qu’à chercher un peu partout. Si vous vous éloignez de la scène de meurtre, une barrière invisible vous retiendra jusqu’à ce que vous ayez découvert les indices. Quel gâchis… C’est d’autant plus désespérant qu’il existe un (1) unique niveau où vous êtes libre d’explorer librement toute une maison et de fouiller où bon vous semble. C’est probablement le meilleur passage de tout Condemned et on se demande bien pourquoi le jeu n’a pas été entièrement conçu de cette façon.


La recherche d’indices n’a malheureusement aucun intérêt

Para bellum !

Que ce soit en ce qui concerne l’IA des ennemis, les sensations de tir ou le rythme des combats, y a pas photo : La partie FPS de Cthulhu n’a quasiment aucun intérêt. Généralement, les ennemis sont lents et résistants et vous vous contentez donc de les spammer en attendant qu’ils tombent au sol. Non, franchement il n’y a pas grand chose de sympa à dire sur les gunfights… Par contre, le jeu propose quelques scènes intéressantes où vous devez fuir en fermant les portes derrières vous et en évitant de trop regarder en arrière pour ne pas sombrer dans la folie. Comme il est impossible de sauvegarder, l’échec devient vite frustrant, mais la réussite n’en est que plus jouissive. Il faut juste être un peu maso et aimer en chier pour apprécier ces passages.

Dans Condemned, étant donné la rareté des munitions, vous êtes obligé de vous rapprocher du danger pour combattre au corps à corps. Forcément, c’est bien plus flippant que d’abattre les monstres au fusil à trente mètres de distance ! L’action est rapide, violente et on a vraiment l’impression de donner les coups ou de les recevoir. Vos adversaires réussissent parfois à vous surprendre : ils vous tendent des embuscades, se battent entre eux, fuient, ramassent des objets pour vous tabasser avec, tout ça renforce le dynamique. Le seul problème, c’est que ce type de combat est très limité. En effet, jamais vous ne rencontrerez plus de trois adversaires, les armes sont toutes similaires et il devient vite répétitif (et trop facile) de se débarrasser de vos agresseurs.


Condemned

Souvenir, souvenir…

J’ai achevé ces deux FPS il y a un mois et Cthulhu m’a bien plus marqué. Je me rappelle encore avec émotion le moment où un flic m’obligea à retourner dans les sous terrains d’un bâtiment alors que je venais tout juste de m’en échapper, plus mort que vivant. Un monstre contre lequel je ne peux RIEN faire a failli m’étriper et ce policier veut que j’y retourne ? J’avoue que j’avais du mal à y croire. A côté de ça, le scénario est excellent (je suis fan de Lovecraft) et la difficulté suffisamment frustrante pour qu’une fois le jeu terminé vous ressentiez un sentiment d’accomplissement.

De Condemned, je ne me souviens guère que des graphismes et de l’ambiance hors du commun. Contrairement à FEAR, développé aussi par Monolith, les niveaux ont de la personnalité et c’est un plaisir de découvrir l’univers visuel. Je n’ai eu aucune difficulté à arriver au bout des 7h de jeu, mais à la fin la lassitude commençait vraiment à se faire ressentir et j’avais hâte d’en terminer.

Who is teh win ?

Call of Cthulhu Dark Corners Of The Earth est un jeu bourré d’ambitions… et de défauts. Il serait facile, et pas forcément injustifié, de le descendre en flamme : les combats sont nuls, la fin est ridicule et chiante, certaines énigmes sont tordues et débiles et techniquement, il n’y a pas d’effet next gen à la con. Condemned, c’est tout l’inverse : la réalisation technique est parfaite, on avance régulièrement, mais le gameplay est très lisse et finit par lasser. Alors, lequel choisir ? Les deux se valent. J’ai préféré Call of Cthulhu, mais si je devais conseiller l’un des titres à un inconnu, je prendrais moins de risque en lui disant de choisir Condemned.

Call of Cthulhu (SPOILER !)

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