En ce beau mercredi 16 novembre, il est 20h et nous nous demandons dans quel monde nous vivons : le personnel de l’UGC George V nous annonce que la séance pour DOOM est complète. Complète ? pour ce machin ? Allons bon. Deux heures et quelques verres plus tard, nous comprenons pourquoi : la salle doit accueillir une cinquantaine de sièges à tout casser. Mais place à l’art, il est temps de parler de DOOM, la nouvelle œuvre cinématographique d’Andrzej Bartkowiak.[–SUITE–]

DOOM le film est l’adaptation vilement commerciale d’un jeu vidéo développé dans un but totalement humanitaire par une petite SSII texane. Ce statut d’adaptation vidéoludique, qui plus est par un réalisateur de seconde zone ayant déjà commis des films de renommée mondiale comme Cradle 2 the Grave ou Roméo Must Die, ne pouvait engendrer qu’une vulgaire série B. Et tel est le cas. Cependant, en plus d’être une série B qui se prend au sérieux, DOOM est aussi un grave drame psychologique, un film de sport ainsi qu’une heureuse comédie familiale (interdite aux moins de douze ans, tout de même, on ne rigole pas avec ces choses-là). Et tout ça pour le prix d’un simple ticket de cinéma !

Passons sur le scénario inepte, passons sur le casting politiquement correct (un asiatique qui place trois phrases avant de se faire décapiter, quelques blacks dont un qui est censé être drôle et des blancs stéréotypés : le débutant trouillard mais moralement intègre, le dealer qui s’habille comme un mac, le chrétien intégriste et le héros torturé), passons sur le côté très cheap du film pour arriver à ce qui est son essence même : sa présentation de la dialectique relationnelle de l’être humain (ne vous inquiétez pas, moi non plus je ne comprends pas ce que j’écris).


Sergent et le Dr.Loser discutent avec Maïa

Dissolution de la cellule familiale

Quand John, le héros torturé, retrouve sur Mars sa sœur Samantha après une brouille de dix ans consécutive à la mort de leurs parents, il n’est pas à la fête. Heureusement, les démon du docteur Carmack et la science (Satan !) auront raison de ces vieilles querelles et nos deux héros se réuniront de nouveau, se payant même le luxe et le miracle d’être les seuls survivants du carnage (c’est moins sûr pour la carrière des acteurs concernés). John en profitera d’ailleurs pour abattre son Sergent, brave figure paternelle, en terminant ainsi avec son adolescence et le complexe d’Œdipe que la mort de ses parents avait frustré.

À sa décharge, on notera que Sarge, un temps héros du film, devient à la fin le méchant. C’est la facette « drame psychologique » de DOOM, qui montre comment une figure d’autorité paternaliste, compatissante avec ses soldats, se transforme rapidement en brute sanguinaire assoiffée de pouvoir et ne supportant pas la contradiction, jusqu’à devenir au final le boss de fin de film. Ce subtil anti-héros est interprété avec grâce par The Rock, qui mouille la chemise durant tout le film. Pensez donc, il arrive même à faire craquer ses gants rien qu’en serrant les poings !

Le Buster Keaton de notre siècle

On ne parlera probablement jamais assez de l’exceptionnelle performance de The Rock dans DOOM, performance qui le propulse aisément au rang de nouveau Buster Keaton, capable de provoquer la plus franche hilarité d’un simple froncement de sourcils. On regrettera tout de même que sa palette d’expressions faciales se limite à cette seule possibilité, aussi fabuleuse soit-elle. Mais si on a The Rock dans un film, ce n’est pas pour le voir cligner des yeux, qu’il a en permanence à la limite de l’exorbitation. Non, c’est pour voir des torses nus et tatoués, pour voir des combats virils… bref du catch ! Ca n’a rien à voir avec DOOM et ça tombe bien, on aura droit à deux combats à mains nues dans le film.

Le premier, façon sado-maso, met au prise l’un des soldats de The Rock avec des chaînes, un crochet, du cuir, des murs électrifiés et un Hellknight. Non, ça n’est pas Saw, et ça donne un combat ridicule aux allures de barbecue géant, avec des brochettes de Hellknight et du soldat en compote. Le second combat, c’est la fin du film, et c’est le gentil héros transformé en super héros contre le méchant Sarge transformé en super démon. Tous deux sont d’une intelligence de combat exemplaire et n’hésiteront pas à se placer en terrain découvert ou à trimballer des accessoires discrets, comme par exemple une porte en métal.

« Je sais qu’il y a du bon en toi »

Normalement, vous en savez déjà assez sur le film pour que je vous raconte la base du scénario sans que vous vous écrouliez de rire : les démons qui envahissent Mars sont en fait des humains ayant subi une mutation génétique : le docteur Carmack (si si) a testé un 24e chromosome, qui transforme les uns en super héros et les autres en vilains démons (qui peuvent infecter les autres humains). Samantha, la sœur de John, fera au cours du film cette pertinente hypothèse scientifique : « les démons choisissent qui ils veulent infecter. C’est peut-être génétique. Il y a dix pour cent du génome humain qui n’est pas décodé, d’après certains scientifiques ça correspondrait à l’âme. »

Notez que le chrétien intégriste du film se scarifie des croix sur les avant-bras quand il blasphème ; surtout, une fois transformé en zombie, il se suicidera après avoir fait le signe de la croix pour éviter de se transformer en démon (ce n’était donc pas un cœur pur comme le bon John). Ouep, c’est gravos.

Une adaptation cinématographique qui cristallise à merveille la convergence des tendances artistiques mondiales actuelles

Bon, bin, avec tout ça, c’est qu’on arrive à la fin du film, quand même. Il serait temps de réveiller le spectateur. Alors pourquoi ne pas passer la caméra en vue subjective et mettre du rockfm à fond, hein ? Ah ben tiens, c’est précisément ce que fait Andrzej. Tout d’un coup, les monstres affluent : alors que durant les 90 précédentes minutes on en avait à peine entrevu une petite demi-douzaine (et dans le noir), les quatre minutes du passage en vue subjective offrent au spectateur affligé la possibilité de fragger une bonne vingtaine de zombies, imps et autres hellknights, qui foncent tous vers le héros alors qu’ils avaient passé le reste du film à le fuir. Allez comprendre. J’imagine que la production s’est rendue compte sur la fin qu’elle avait dépensé à peine 5% de son budget monstres et caoutchouc. En tout cas, cette séquence en vue subjective se termine par un passage bien brouillon à base de pinky et de tronçonneuse, et c’est finalement le seul passage d’action à peu près potable dans tout le film.

Et à part ça ? Ben pas grand chose. Le film est mou, pas mal chiant, la musique est pénible, on rigole parce que c’est cheap (les monstres en latex dont on ne voit le plus souvent que les mains… mais au secours), parce que c’est prévisible (« oh tiens des toilettes glauques avec des bruits bizarres, si j’allais y faire caca tout seul ? ») et parce qu’ils jouent tous mal. On se moque devant le design général (en 2046, les PSP seront plus grosses que des Game Gear et les téléphones portables auront un écran digital identique aux calculettes des années 80) et les clins d’œil involontairement marrants (il y a un bidon explosif, évidemment). On se marre, finalement, mais au second degré. Car DOOM n’a rien, absolument rien, d’un bon film. Pour tout dire, on ne sait même plus vraiment si c’est un film ou juste une grosse blague. Seule consolation : le film fait un flop énorme aux USA, ce qui devrait faire cesser rapidement le projet de suite de DOOM ainsi que celui d’une adaptation de Quake au ciné.


Et maintenant, les avis de Maïa…

« Qu’est-ce que c’est que ce truc? Nouvelle adaptation d’un jeu vidéo, nouvelle catastrophe presque absolue. Pire que Mortal Kombat, pire que Street fighter, Andrzej Bartkowiak a commis un des films d’action les moins trépidants de la décennie. Faut le faire, quand même… Série B aux habits de série B, sans envergure et animée d’intentions purement mercantiles, ce Doom est une niaiserie balourde pour les grands gaillards peu regardants sur ce qui fait l’essence même d’un bon film. Le film d’Andrezej Bartowiak relève essentiellement du produit dérivé. Une longue séquence, durant laquelle le spectateur se trouve en position de mitrailler les monstres qui surgissent, démontre par l’absurde que le cinéma n’a rien à voir avec ce que l’on appelle l’interactivité. »
Ce n’est pas moi qui suis méchante mais les critiques presse d’où sont tirées ces petites phrases. Doom n’a plu à aucun journaliste français : je m’en voudrais de casser cette belle unanimité.
Ultime précision à l’attention de ceux qui, comme moi, auraient tendance à croire au Père Noël : non, ce n’est pas drôle, même pas au quatrième degré, et non, les 260 secondes de vue subjective ne valent pas 8 euros. Vous aimez les FPS ? Restez chez vous.

… et du Dr.Loser !

Doom 3 manque de répliques vraiment stupides et de scènes ridicules pour devenir un film culte. Le meilleur passage du film est évidemment celui en vue subjective qui mélange le très nul (les monstres qui surgissent comme dans un train fantôme) au très divertissant (le combat à la tronçonneuse contre pinky). Pour couronner le tout, il n’y a pas de véritable héros et les monstres sont beaucoup trop rares : tout le contraire du jeu vidéo. A voir avec quelques grammes d’alcool dans le sang, pour votre culture générale.

Quelques images de notre belle épopée :