Jusqu’ici, Gearbox Software s’était contenté de jouer les larbins en développant des extensions (Blue Shift, Condition Zero) et des portages (Halo PC, Half-Life PS2).

Rien de bien glorifiant, mais à force d’accumuler des sous, Randy Pitchford a fini par réaliser son rêve : débuter une toute nouvelle licence, créer un jeu original, enfin l’occasion de faire quelque chose de neuf ! Il a donc choisi de sortir un FPS sur la Seconde Guerre mondiale. [–SUITE–]

C’est pas beau, mais c’est pas grave

Toi qui viens de claquer 3 000 euros pour jouer uniquement avec des graphismes TAFés et te masturber devant ton score 3Dmark, passe ton chemin. Brothers in Arms utilise la version 2.5 du moteur Unreal, il a été développé afin de tourner sur Xbox, le moteur physique Karma n’est pas du tout exploité, il n’y a pas d’éclairages dynamiques et les textures sont bien baveuses quand on colle son nez dessus. Quoiqu’il en soit, BiA n’est pas hideux et l’abus de bloom lui donne même un petit cachet. Bref, la réalisation technique est largement suffisante pour en faire un bon jeu… à condition que le gameplay tienne la route.

Plus réaliste, tu meurs… d’ennui

L’argument massue de Randy Pitchford face à la concurrence tient en deux mots : réalisme historique. Soyons honnête, le réalisme historique, tout le monde s’en tape, mais j’imagine que les quelques cinglés qui spamment les forums en se plaignant que les croix gammées des uniformes nazis ne sont pas de la bonne taille ont fini par faire croire à nos amis développeurs que l’authenticité était devenue un facteur primordial pour juger de la qualité d’un jeu.

Pour les joueurs sains d’esprit qui trouvent plus rigolo de voir les douilles s’éjecter par la gauche que de ne rien voir du tout, le réalisme de Brothers in Arms est plus un handicap qu’autre chose. Au lieu de débarquer sur Omaha Beach, de traîner vos guêtres à Stalingrad puis de fanfaronner sur les ruines de Berlin, vous devrez vous contenter d’être parachuté en Normandie, de crapahuter une dizaine de kilomètres en prenant d’assaut une église, une grange, un tas de fumier et game over.

Les batailles se déroulent dans des villages où vous affronterez une poignée de soldats entre trois bottes de foin et une carcasse de vache. Je n’ai rien contre, mais ça devient rapidement lassant de voir toujours les mêmes paysages. Brothers in Arms propose bien des missions d’assaut, de snipe et de défense de périmètre, mais on est tout de même bien content que ça se termine après huit heures de jeu un peu trop répétitives. Nous aurions préféré que Gearbox s’inspire de Call of Duty et nous propose trois mini campagnes différentes, mais le coût de développement n’aurait sans doute pas été le même.

Le pire dans tout ça, c’est que les maniaques du réalisme ne manqueront pas d’arguments pour flamer le père Pitchford : on ne peut ni ramper ni se pencher et ça fait tout de même un peu tache de voir ses hommes ressusciter entre deux missions.

Comment les Américains ont gagné la guerre

Contrairement aux MoH et autres CoD, BiA est plus qu’un long film interactif où des événements scriptés s’enchaînent les uns derrière les autres. La mission type commence par le briefing de votre boss qui vous demande de capturer un objectif. Vous marchez quelques secondes, tournez au coin d’une rue et OMFG !!! DES BOCHES ! Une chance qu’ils ne vous aient pas entendu alors que le colonel beuglait son speech à moins de trente mètres de leur position ! Plutôt que de m’embrouiller dans une description incompréhensible du gameplay, voici un petit croquis pour vous expliquer comment ça se joue :

Vingt mètres devant vous, deux groupes d’Allemands à couvert vous prennent pour cible. Heureusement, la charrette en bois qui traîne à droite de la rue constitue un abri parfaitement fiable face à la MG42 qui vous arrose en continu !

En cliquant avec le bouton de droite sur l’ennemi, vous demandez à votre première équipe de faire un tir de suppression sur les positions allemandes : ils sortent la tête par-dessus la charrette et ouvrent le feu avec leurs mitraillettes. Une grosse icône située au-dessus des ennemis vous fait savoir que leur moral est en chute libre. Bien qu’ils soient planqués derrière des sacs de sables et possèdent une MG42, les boches se mettent à couvert et cessent de tirer. Vous profitez de l’accalmie pour vous faufiler à gauche accompagné de votre seconde équipe…

Rho, pas de chances, les Allemands vous attendaient là aussi. En cliquant devant les arbustes, vous ordonnez à votre première équipe de se mettre à couvert. Vous cliquez ensuite sur les Allemands pour demander un tir de suppression. Les boches cessent le feu, vous vous faufilez à gauche…

Haha, les chleus sont à votre merci : vous avez réussi votre manoeuvre de contournement ! Les malheureux ne vous ont pas vu arriver et sont tellement morts de trouille qu’ils n’arrivent pas à vous ajuster. Vous les massacrez à la Thomson et, d’un pressement de touche, vous demandez à votre seconde équipe de vous rejoindre…

Arrivé sur le flanc de l’ennemi, vous constatez que ce dernier est parfaitement indemne malgré les quelques milliers de balles que votre première équipe leur a tirées dessus. A l’aide de votre premier squad, vous balayez la menace fasciste…

Tous vos hommes se regroupent, vous avancez vers l’objectif, tournez au coin d’une rue et OMFG !!! DES BOCHES !! Une chance qu’ils n’aient pas entendu la fusillade qui vient de se dérouler à moins de trente mètres de leur position ! A vous de jouer : que faites-vous ?

  1. Vous lancez une grenade derrière la palissade.
  2. Vous épaulez votre fusil et tirez sur les Allemands.
  3. Vous ordonnez à votre première équipe de faire un tir de support sur les chleus puis vous les contournez.
  • Vous avez répondu 1 : votre grenade s’élève en dessinant une parabole aléatoire et tombe à cinq mètres de l’ennemi. *Bang!* Vous venez de perdre votre unique grenade.
  • Vous avez répondu 2 : l’iron sight s’affiche à l’écran et bouge dans tous les sens à cause des allemands qui vous tirent dessus : impossible de viser. Rapidement, vos hommes se mettent aussi à tirer et les boches se mettent à couvert. Vous venez de perdre un chargeur.
  • Vous avez répondu 3 : Une terrible fusillade commence. Quelques centaines de balles sont échangées quasiment à bout portant mais personne n’est blessé. Les Allemands finissent par se planquer derrière un abri constitué de rosiers et de planches de balsa de 2mm d’épaisseur. Vous les contournez et vous leur refaites les fesses. Bien joué mon Lieutenant !

Con comme une IA de FPS

Les hardcore gamers ne manqueront pas de vous le faire remarquer : vos hommes et les soldats adverses n’ont de cesse d’adopter des comportements suicidaires et stupides. Ils se laissent contourner sans broncher, ils se jettent sous le feu des mitrailleuse lourdes, ils restent comme des cons derrière un mur sans tirer et ainsi de suite. Rien à voir avec l’intelligence qu’on pourrait attendre d’un vrai soldat. Mais comparons ce qui est comparable : si l’IA de BiA n’est pas à la hauteur d’un cerveau de militaire, elle est bien supérieure à celle d’un FPS moyen et suffisamment élevée pour créer des situations intéressantes. Ainsi, quand vous l’ordonnez, vos gars se débrouillent pour aller d’un point A à un point B en restant à peu prêt à couvert et ne restent jamais debout sans rien faire quand ils se font tirer dessus. De leur côté, les ennemis font ce qu’ils peuvent pour ne pas trop s’exposer et vous garder dans leur ligne de visée.

Finalement, le plus gros défaut de BiA vient de l’immobilité des allemands : s’ils possédaient eux aussi quelques chefs leur ordonnant de bouger pour vous contourner, le jeu aurait été infiniment plus dynamique et peut-être même aurions-nous eu envie d’y rejouer.

Original mais peut mieux faire

L’intérêt et l’originalité de Brothers in Arms viennent essentiellement de l’interface de commandement simple mais efficace qui vous permet en quelques clicks de réaliser des mouvements tactiques. Tout le jeu est bâti autour de ce concept : les armes sont imprécises, les ennemis bien planqués, les tirs de couverture efficaces, vous êtes donc obligé d’exécuter des manoeuvres de contournement. Bien que BiA soit répétitif et un peu trop simpliste, au moins offre-t-il une expérience de jeu unique et rien que pour ça, Gearbox mérite un bon point et une image de M. Banane.

Concernant le mode multi joueur qui se joue à deux contre deux avec plein de bots, nous vous offrirons peut-être un mini-test une fois que nous l’aurons essayé plus longtemps.

Après avoir lu ce test, vous vous dites heureusement qu’il existe de vrais Journalistes Professionnels :


A méditer…