Je l’avais rencontrée je sais plus où, je sais plus à quelle occasion. Elle m’avait ramenée chez elle, la soirée devenait très très chaude. Je ne me suis douté de rien quand elle m’a dit qu’elle avait un truc à me montrer en s’approchant de mon cou. Ensuite, plus rien. Je me suis réveillé, trop naze pour être surpris, au moment où on m’extirpait un pieux du coeur, sur une scène où un type en trench-coat expliquait que ce que ma meuf avait fait était mal et qu’on devait la punir.

Après ça je suis sorti dans la rue, un mec m’a alpagué, me racontant que j’étais devenu une créature de la nuit, et que mon baptême du feu serait de survivre dans les rues de Santa Monica.

[–SUITE–]

Des PNJ très… réussis.

Vous êtes donc un jeune vampire qui doit faire ses preuves. Avant de commencer quoi que ce soit, vous devez constituer votre personnage soit en répondant à un questionnaire, soit manuellement à travers une fiche où vous allez choisir la race de votre avatar (parmi les sept disponibles), ce qui vous donnera certains bonus et certains malus (par exemple, ayant choisi un Ventrue, je suis doué de domination, force d’âme et présence, par contre je ne peux pratiquement me nourrir que de sang noble), ainsi que son sexe, ce qui influera sur le comportement des PNJ vis-à-vis de vous. Ensuite, vous aurez un certain nombre de points à dépenser parmi les disciplines (dépendantes de la race) et capacités de votre perso (parmi lesquelles on compte informatique, astuce, force…), qui influent sur vos aptitudes (piratage, crochetage…).

Source molle
Première constatation en arrivant dans la planque de Santa Monica : on est déçu par les graphismes. Oh ce n’est pas laid, hein, mais pour du Source engine on aurait voulu de l’excellent. Alors oui, c’est détaillé, y’a pas mal de trucs qui traînent dans la cuisine, y’a de jolis effets de déformations sur la vitre, mais les textures n’ont rien d’extraordinaire et ça, ça fait toute la différence avec Half-Life 2. Cette impression de passer à côté de quelque chose de fabuleux est amplifiée quand on descend dans la rue, où le jeu a même le culot de ramer sur une bonne config (P4 3Ghz, 1024 de DDR 3200 et Radeon 9800 Pro 128 Mo). Heureusement, le level design rattrape le coup grâce à la diversité des niveaux et l’ambiance que ceux-ci dégagent.


Non, reviens Jeanette!

La plupart des PNJ a bénéficié d’un soin très poussé autant par leur aspect que par leurs mimiques et animations. On se souviendra longtemps de Velvet ou de Jeanette. Le moteur physique, lui, est assez mal implémenté (il n’est pas rare qu’on reste bloqué à cause d’un truc qui traîne par terre) et peu exploité. Pour ce qui est du son, les bruitages sont sympathiques mais pas transcendants, par contre la musique est parfaitement adaptée et chatouille agréablement l’oreille.

Riche de Gameplay
Le jeu en lui-même est un mélange FPS/TPS/RPG qui ressemble beaucoup à Deus Ex premier du nom : on évolue dans un milieu urbain (Los Angeles, divisée en quartiers entre lesquels on se ballade en taxi), il y a une ligne directrice et beaucoup de petites missions annexes qui permettent d’acquérir de l’expérience et de gonfler les stats. Mais là où on pouvait finir Deus Ex avec n’importe quel personnage sans trop lutter, Vampire nécessite lui une attention toute particulière aussi bien dans la création du personnage que dans son évolution si on ne veut pas que l’aventure ne se transforme en calvaire. Par exemple, avec mon perso qui n’avait pas beaucoup de skill aux flingues et pas de magie offensive à distance ou Célerité (une sorte de bullet-time que certaines races maîtrisent), j’ai vraiment lutté pendant une mission où on est pratiquement obligé de tuer à distance, mais à côté de ça les missions plus discrètes ont été maîtrisées. A ce sujet, un indicateur de furtivité vous indique d’une part l’attention que vous portent les ennemis, d’autre part la luminosité dans laquelle vous vous trouvez.


Silent kill sanglant sur mon jumeau.

Les missions, justement, sont assez variées, on oscille entre les missions hack & slash assez bourrines et les missions d’infiltration pure et dure, où on n’a même pas le droit de tuer qui que ce soit, en passant par quelques-unes bien flippantes (l’hôtel restera dans les annales). Certaines d’entre elles vous seront confiées lors de dialogues, d’autres vous seront envoyées dans votre boîte e-mail, que vous pouvez consulter sur votre PC situé dans votre planque. Tout comme dans Deus Ex, le joueur a l’impression de mener l’histoire assez librement, que ses choix influent vraiment le déroulement du scénario mais, tout comme dans Deus Ex, ce n’est qu’illusion. Cette impression est amplifiée par les dialogues que l’ont peut, si l’on est assez adroit, orienter dans la direction souhaitée. Ainsi, en étant une bête en Séduction vous pouvez charmer ces dames (et certains de ces messieurs) pour obtenir leurs faveurs et plus si affinités (Oui, on peut s’en goinfrer quelques-unes).


On ze dance floor

On peut acheter des flingues/vêtements de protection/poches de sang/objets magiques chez des revendeurs plus ou moins officieux. Il y a pas mal d’armes, du simple couteau au lance-flammes en passant par le katana, mais finalement assez peu d’objets magiques et seulement trois ou quatre vêtements de protection différents. Les poches de sang rechargent votre jauge de… sang qui vous permet d’invoquer des sorts, la barre d’energie vitale, elle, se recharge toute seule. Vous pouvez bien évidemment vous nourrir des humains tant que vous respectez deux règles: d’une part vous ne devez pas vous faire voir quand vous buvez du sang, sinon vous perdez un point de mascarade (le secret de l’existence des vampires), ce qui a tendance a agacer vos supérieurs et la police. D’autre part vous ne devez pas tuer votre victime, sinon vous perdez un point d’humanité, ce qui fait grandir la bête qui est en vous et augmente les risques de passer en Frénésie (votre personnage devient incontrôlable). Bien évidemment, lorsque vous vous nourrissez lors d’un combat, ni la Mascarade ni votre Humanité de sont affectés. Les combats sont au début assez maladroits mais deviennent un peu plus intéressants avec l’augmentation de vos stats et l’acquisition de nouveaux joujous. Il est alors facile de nettoyer un bar façon Kill Bill avec le sabre ou de multiplier les silent kills.


“Tu vas rire, de là-haut je vois ta maison.”

Pour finir cette description, on peut dire que le ton du jeu est résolument adulte. Des mails “Enlarge your Penis” aux dialogues politiquement incorrects en passant par certaines missions glauquissimes et bien évidemment une composante sexuelle omniprésente, on comprend facilement pourquoi le jeu est déconseillé aux mineurs. Ca faisait bien longtemps qu’on avait pas eu un FPS aussi mature sur PC.

Côtés sombres
Vous l’avez compris, Vampire est un jeu exceptionnel, très riche et très adulte. Hélas, il a d’énormes défauts qui assombrissent le tableau, à commencer par les bugs. Du simple bug de script qui nécessite un reload pour être corrigé au retour Windows lors du chargement d’une map qu’on doit effectuer en passant par la console, le jeu est pourri par les bugs. C’est tout simplement honteux de sortir un jeu aussi mal fini que ça. On ne peut pas jeter toutes les pierres sur Troika, car on retrouve aussi des bugs hérités du Source Engine, comme le bégaiement ou les baisses soudaines de performance.


Qu’est-ce que tu fous là, toi?

Dans le même trip, l’IA est une des plus connes que j’ai vues. Le pathfinding est lamentable, tout simplement. Il arrive que vous vous trouviez juste devant un ennemi et qu’il ne vous voit pas. C’est bien simple, les deux derniers niveaux, j’ai pu les torcher sans me faire voir, pourtant avec une aptitude de furtivité pas au top. Il m’arrivait régulièrement de tuer un gars qui ne m’avait pas vu juste sous le nez de son pote sans que celui-ci ne sourcille.

Malgré l’impression donnée au joueur de prendre les commandes du scénario, le jeu montre parfois un peu trop son dirigisme, par exemple dans une des dernières missions on doit se rendre à l’autre bout d’un quartier de la ville où soudainement toutes les bouches d’égout/portes auparavant accessibles se trouvent vérouillées.

Alors?
Alors, Vampire : Bloodlines est un jeu très original, prenant, adulte, long (j’ai au moins 35 heures de jeu à mon actif, et j’ai pas fait toutes les quêtes), qui fait beaucoup penser à Deus Ex 1. Un jeu aussi complet ne méritait sûrement pas de sortir avec autant de bugs et une IA aussi lamentable. Un petit conseil si vous hésitez à vous lancer : attendez le patch qui ne devrait plus tarder à se pointer.

L’avis de Ttask :


Heu… Vous prenez les vampires?

Vampire : Bloodlines m’a laissé une impression assez mitigée : d’un côté son ambiance extrêmement réussie et envoutante m’a scotché à l’écran mais du côté du gameplay le jeu ne va clairement pas assez loin. L’aspect RPG n’est pas assez développé pour qu’on puisse intégrer cette suite au genre, mais l’aspect FPS non plus. Les combats sont bien trop lents et imprécis pour rivaliser avec toutes les sorties de cette année. Par ailleurs, les armes sont dans l’ensemble inintéressantes et pendant toute la longue aventure je ne me suis servi que de quatre flingues.

On peut également regretter la trop grande linéarité du jeu au niveau scénaristique. Même avec la meilleure volonté du monde, vous ne pourrez vous détacher de la quête principale alors que les possibilités très variées offertes lors des dialogues laissent espérer le contraire. C’est extrêmement frustrant, bien que les nombreuses missions secondaires masquent un peu ce sentiment. Dans un FPS a proprement parler, ça n’aurait pas été dramatique, mais pour un jeu où le principal intérêt se trouve dans l’ambiance, c’est vraiment dommage.

Malgré tout, Vampire : Bloodlines reste un assez bon jeu dont le principal problème (avec l’incroyable nombre de bugs) est d’avoir le cul entre trois chaises : l’aventure, le RPG et le FPS sans jamais aller assez loin dans ces directions.

Notes : Ce test a été réalisé avec la version commerciale du jeu non patchée et est la suite directe de ce test. Un grand merci à flypoo pour sa super BD.