C’est difficile d’aimer les walking simulators. Ce n’est pas forcément un drame si leur gameplay est limité, c’est juste que la plupart du temps ils n’arrivent même pas à utiliser ces quelques bribes d’interactions pour raconter une histoire décente, alors que bon, c’est censé être leur point fort. Heureusement pour Observer, je sais passer outre mes préjugés négatifs. Et en plus, j’ai tendance à me laisser berner par mes aprioris positifs. De la science-fiction polonaise cradingue ? J’achète !

Cyberpunk à chiens

Plutôt que de vous assommer avec de l’exposition et de l’Histoire, retenez simplement qu’Observer c’est Blade Runner avec des tripes, des néons pétés, des augmentations cybernétiques qui filent la peste et des hologrammes qui glitchent. On y joue Daniel Lazarski (doublé par Rutger Hauer), un observer, sorte de super détective qui peut interroger directement le cerveau des gens en se branchant sur un implant neuronal. Notre héros va rapidement se retrouver dans un immeuble en quarantaine, coincé là alors qu’il est venu chercher son fils, perdu de vue depuis longtemps. Pas de bol, à la place de sa progéniture il trouve un corps décapité et notre cyberflic ne sait pas si la tête manquante appartient à l’héritier ou non. Du coup, il se motive un peu et commence une enquête.

Observer est un walking simulator++, il y a plus à faire que simplement avancer et lire ou écouter. Le jeu n’est pas linéaire et il y a un peu de challenge, mais au final les interactions restent très limitées. Les principales mécaniques sont liées à des filtres visuels permettant à Daniel de scanner les éléments électroniques ou organiques, à la recherche d’indices. Toute la réflexion se fait automatiquement, on ne joue pas l’enquêteur, on guide ses pas. Il y a quand même quelques phases d’infiltration, quelques énigmes très simples et pas mal de dialogues.

Le jeu est découpé en deux, il y a d’un côté le monde réel, l’enquête à proprement parler, où vous devez parler aux gens de l’immeuble (à travers un système de visiophonie installé sur chacune des portes d’entrée), chercher des indices ou trouver comment accéder à certains endroits. De l’autre côté il y a les interrogations cérébrales. Daniel ne se contente pas de regarder souvenirs et pensées comme des petits clips mignonnets, il revit les instants passés et ceux-ci, une fois martyrisés par la psyché humaine, sont loin d’avoir la clarté ou la logique de l’expérience du présent.

 

Une dose d’anti-bioniques

Vous vous souvenez d’Adam Jensen des derniers Deus Ex, celui qui n’avait pas demandé ses implants cybernétiques ? Le pauvre chou, on lui avait imposé une force surhumaine, des lunettes de soleil rétractables, des lames dans les manches et tout ça en améliorant son look. Dans Observer, les implants ne sont pas si agréables. Le concierge a la moitié de la surface de son épiderme remplacée par ce qui ressemble à un ballon flasque, le héros a le bras qui grouille de fils, chaque interrogation nécessite d’enfoncer bien profond dans le crâne une sorte de pince vicieuse et toutes ces améliorations cradingues risquent de filer une maladie très contagieuse, appelée nanophage, qui bouffe ce qu’il reste d’organique aux contaminés.

C’est dans ces choses violentes, son body horror, l’impression de dépression universelle, son ambiance en général qu’Observer est une réussite. Les gens de Bloober Team ont créé un monde cloaque où câbles, drogues, briques, déchets et paranoïa se mélangent, éclairés par les flaques blanches des néons défectueux. Rien n’est glamour et tout luit, comme de la viande technologique badigeonnée sur les murs. Le jeu ressemble au pire cauchemar d’un maniaque du câble management s’il était réalisé par David Cronenberg.

Et ça c’est quand on est dans le vrai monde. Les interrogations en rajoutent une couche avec des hurlements robotiques et des bugs dans tous les sens. Inspirées du glitch art, ces séquences n’ont pas de limite architecturale, pas de logique, c’est tonitruant, stroboscopique, on en prend plein la gueule et on ressort de chacune d’elles épuisé. Parce que là où les autres jeux se seraient contenté de quelques flashs monstrueux, dans Observer ces moments durent longtemps, histoire d’avoir le cerveau comme abasourdi par le flux constant d’artefacts graphiques, meurtres soniques et autres violences sensorielles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces séquences n’ont pas de limite architecturale, pas de logique, c’est tonitruant, stroboscopique.

 

 

 

 

 

 

 

Walking Texas Ranger

Et heureusement qu’Observer fait fort dans l’atmosphère parce que le reste est pas mal à la ramasse. Les séquences d’infiltration sont chiantes, les éléments d’enquête limités et les interactions trop centrées sur l’histoire pour être vraiment intéressantes. Malgré les dialogues avec les locataires de l’immeuble et les quelques éléments de background retrouvé en fouillant les ordinateurs, la béchamel n’arrive pas à épaissir et le jeu fait plus train fantôme que véritable expérience interactive. La faute au rapport toujours très passif qu’on a avec l’environnement du jeu. Si certaines idées viennent relever le tout, comme ce moment où le cerveau d’un interrogé est protégé par un firewall, Observer utilise mal son côté jeu vidéo, comme si toutes les mécaniques avaient été rajoutées après.

Surtout que l’histoire, en plus de ne pas être très folichonne, est vraiment racontée n’importe comment. Ce n’est pas que c’est cryptique (ça l’est, mais les symboles sont assez clairs à mon avis pour qu’on puisse comprendre ce qu’on veut nous dire), mais tout est expliqué pendant la dernière demi-heure, dans un déluge de raisonnements stupides et de résolutions à base de « mais pourquoi tous ces meurtres au final ». Pire encore, les quelques influences qu’a le joueur sur ce qui se passe se limitent à des choix dignes de Mass Effect 3 ou de Life Is Strange : une question, deux réponses possibles, deux fins. À noter que deux petites quêtes secondaires ajoutent un peu de sel dans la sauce du jeu, même si leur conclusion est elle aussi bancale.

 

Un plat qui manque de gras

Tout ceci est très négatif, mais l’habillage d’Observer réussit à le tenir à bout de bras. Au final, mes regrets sont liés à des manquements, pas forcément à des problèmes. Observer aurait pu être plus, mais il n’est qu’un walking simulator deluxe. Avec un peu d’effort il aurait pu être un formidable jeu d’aventure, mais il reste une expérience forte et j’ai même envie de dire indispensable si vous aimez le cyberpunk et que les screenshots qui émaillent l’article vous plaisent.

 

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Docteur en philosophie et arrogant personnage cultivé, il use de mots compliqués que seul ton grand-père qui s’endort devant des Chiffres et des Lettres connaît. Pedrodactyl dit à qui veut l’entendre qu’il est un joueur asocial et solitaire de S.T.A.L.K.E.R. ou DOOM mais il ne trompe personne, on sait tous qu’il cherche à passer pro sur Paladins.