Non, c’est pas un pur FPS. Oui, ça se joue seulement sur Gamecube. Mais c’est bien, alors remballe tes étiquettes. Même toi, maniaque de CS qui détestes les jeux d’aventure/action/horreur, tu aimeras Resident Evil 4 pour ses passages (à peine 99% du temps) où on snipe des cheveux de zombie grâce à une lunette à visée laser et correction électronique de trajectoire – si tu n’aimes pas, il reste la grenade, le couteau et un tas de machins douloureux.
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C’est l’histoire d’un mec, il sauve le monde…

Un scénario qui tient sur un cure-dent, mais en même temps pas crédible et éculé : c’est le pari réussi de Capcom pour ce 4e opus de Resident Evil. Dès les deux premières minutes de jeu, on sait que l’intérêt ne sera pas dans le concept mais dans la réalisation. Dès la troisième minute… on est en train de se demander où les concepteurs ont acheté leur moquette. Pour résumer : toi, Leon, beau gosse non-fumeur et bien coiffé, tu dois retrouver la fille du président américain. Qui l’a enlevée ? Ben Laden, Hitler… Judas ? Non, des Européens. Mais encore ? Des Européens.

Etant donnée la surpuissance militaire des porte-avions français (ponts trop courts, pertes d’hélices, etc…), on comprend le drame vécu par les Etats-Unis. Qui George Bush va-t-il envoyer pour retrouver sa progéniture ? Le gouverneur de Californie, Clint Eastwood, Jésus-Christ ? Non. Pour sauver Ashley et ses oreilles décollées, tu vas être tout seul. Logique.

De l’action, mais du tourisme aussi.

Bref, te voilà abandonné avec un pistolet et un fusil à pompe en Europe. Toi qui t’attends à affronter des commandos type GIGN, passe ton chemin : l’Européen se bat à la hache et à la torche enflammée. Il cultive ses champs au purin. Il s’habille comme au XIXe siècle. Il vit dans des cabanes en bois. Comment des sexagénaires armés de rateaux ont-ils fait pour enlever la fille du président de la plus grande puissance mondiale ? On ne saura pas, mais Ben Laden n’en dort plus la nuit… et toi, plus jamais tu ne regarderas un rateau de la même manière.

Assez rapidement, des panneaux te font comprendre que tu es en Espagne – ce qui n’est pas évident, vu qu’on reconnaît vachement bien Treplice-Sdranov en Moldavie. Mais bon, tant pis : en Europe on vit dans des châteaux avec ponts-levis, on se bat à mains nues ou à coups de noyaux de cerise, et le moindre mendiant se ballade avec des lingots d’or massif (l’euro ? connais pas). Bah oui, le bouseux est plus flippant que le drone. Rien ne te sera d’ailleurs épargné du folklore européen gothokitsch : aliens, bêtes du Loch Ness, golems, serpents, pièges à loup rouillés, méchants typés Raspoutine, loups hurlants, cracheurs de feu (?), églises menaçantes, orages spectaculaires… Bref, tu l’auras compris : Resident Evil 4, c’est un remake des Visiteurs mais sans Christian Clavier.

Au pire ça plaira à votre copine…

Le point fort du jeu, c’est évidemment le physique de Leon. Qu’est-il devenu depuis les événements de Raccoon City, six ans plus tôt ? Bah on fait aller, ma bonne dame : mannequinat, stylisme, gymnastique rythmique et sportive, comédie (Alerte à Malibu, épisode 54) et évidemment coiffure. Bref, c’est pas qu’il soit maniéré, mais… mais putain, si, grave. Pour sa capacité à se rouler dans la boue sans déranger son brushing, Leon a remporté tous les championnats américains de Mèche-Romantique-Sur-L’Oeil… hmmm… son blouson Chanel overtexturé… j’adore.

Leon n’est pas le seul à être beau : le jeu tout entier l’est. Cinématiques nombreuses, détails du décor crédibles, paysans acnéiques… tout est pensé pour une immersion totale, et ça marche. Est-ce qu’on a peur ? Pas de quoi mouiller son pantalon. Mais pas de quoi fanfaronner non plus, d’autant plus que Leon a la mort facile. Noyé, broyé, bouffé, décapité… Il y a rarement une seconde chance.

Question gameplay, Resident Evil 4 poutre.

Le système est original, logique et facile à prendre en main. L’artillerie est variée, du lance-roquettes au mini-Uzi, et ce d’autant plus qu’on peut upgrader toutes les armes auprès d’une sorte de moine itinérant. Evidemment, comme les ennemis sont un peu crétins, des fusils trop précis pourraient vite enlever tout intérêt au jeu… et bah non, même pas. La gestion de la respiration de Leon empêche de headshoter systématiquement à 400 mètres, les temps de rechargement des armes de snipe forcent à alterner les plaisirs, les munitions sont toujours un peu trop rares, et les méchants un peu trop vicieux. Bref, c’est bien foutu. Et au pire, il reste des mini-quêtes pour s’occuper entre deux steaks hachés.

Mais question intelligence, on repassera.

Le point faible de l’ensemble, outre un classicisme total et revendiqué, c’est la linéarité. Tu veux escalader une bosse de 20 centimètres, alors que tu sautes de 15 mètres sans te péter la cheville ? Et bah non. Tu veux aller à gauche plutôt qu’à droite ? Pas moyen. Ami joueur, laisse ton QI à l’entrée. Les énigmes sont à la portée de ton chien, les répliques du héros sont d’une prétention très agaçante, et les missions de protection avec Ashley virent rapidement à la crise de nerfs («pourquoiiii elle est si conne, pourquoiiii ? »). Mais ce côté ultra-directif, passe encore. Le pire est atteint par les indices abandonnés dans des endroits secrets – genre, le dessus d’une table entourée de néons fluos. Textes choisis : « la fille du président, qui est cachée dans la grange au nord de l’église, est retenue derrière la troisième porte à gauche qui s’ouvre avec la clef protégée par les deux zombies » ou encore « comme vous le savez, un Américain est arrivé, n’oubliez pas d’essayer de le tuer avec vos rateaux préalablement affûtés, et faites attention à ce qu’il ne vise pas votre tête parce que ça vous tuerait en un coup. »

Difficile pourtant d’en vouloir aux concepteurs : la naïveté de Resident Evil 4 lui donne un charme indéniable. Le scénario n’est qu’un prétexte, et alors ? On s’en fout, on est là pour tuer. Et de ce côté là, c’est réussi. Que demande le peuple ? Que ce test s’arrête enfin ? Bon, ok.

La Gamecube c’est bien. Si si.
Totalement débile mais addictif, Resident Evil 4 plaira aux consoleux dans mon genre. Et plus encore aux consoleuses.

On a regretté :
– de pouvoir tuer tous les animaux de la ferme sauf les vaches (même avec une 4817mm entre les deux yeux),
– les méchants trop bêtes,
– le manque d’amour et d’amitié sur Terre.

On a aimé :
– La subversion politique, quand le méchant t’explique que l’Espagne, grâce à la foi, va renverser les Etats-Unis qui croient diriger le monde,
– Les fesses de Leon quand il saute des barrières,
– La durée de vie du jeu : 40 heures (ceci est une évalutation personnelle. Les autres sites disent 15 ou 20 : moi je dis 40 et j’assume.)